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Sunday At Devil Dirt

Sunday At Devil Dirt

Isobel Campbell & Mark Lanegan

par Thibault le 8 juillet 2008

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Paru le 13 mai 2008 (V2 Records)

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Les revoilà donc. Deux ans après un premier album plutôt honnête, le duo formé par l’Ecossaise Isobel Campbell et l’américain Mark Lanegan nous présente leur nouveau bébé, Sunday At Devil Dirt de son petit nom. Le processus créatif reste le même que sur l’album précédent, la miss compose la musique et écrit les textes et le sieur Lanegan l’accompagne au chant. On peut supposer qu’il a eu son mot à dire (quand même), mais on espère sincèrement qu’il n’a rien dit, ou mieux encore, qu’il a été menacé, martyrisé et enchaîné dans un coin du studio, en attendant sa délivrance. Pourquoi ? Parce que cet album est ce que l’on appelle un beau plantage. Télérama lui a donné trois F sur quatre, c’est dire si c’est un plantage. Les aficionados (dont je fais partie) de Mark Lanegan voudraient bien clamer qu’il n’y est pour rien, que non, ce n’est pas lui qui chante là-dessus, qu’il n’avait pas le choix ou même qu’il avait une mauvaise grippe (pour pousser la mauvaise foi jusqu’au bout). Mais rien à faire, son nom est inscrit sur la pochette, bien en vue à côté de celui de la fautive.

Car voilà tout le problème, il est vite repéré, il s’agit d’Isobel Campbell. Qui d’autre ? C’est bien elle qui compose et écrit les morceaux, c’est donc elle la responsable. Elle nous sert un folk minimaliste impersonnel, lisse, basé sur quelques arpèges de guitare sèche et des cordes toutes en retenue. Chouette alors. Bon, j’exagère un peu, cet album n’est pas imbuvable, mais il est l’image même de la paresse et de la mollesse musicale. Il écorche rarement les oreilles (non, trop lisse), mais il fait bailler et surtout il fait soupirer. Quel gâchis, pense-t-on. Il y a pourtant quelques trouvailles pas inintéressantes sur ce disque, mais très peu de chansons, hélas. On trouve des bouts de guitare, des bouts de basse, des bouts de cordes, des bouts de… euh non, c’est tout. A partir de ces pistes-là, on pouvait creuser, arranger, étoffer, retravailler - bref composer. Mais non. Car en plus de l’écriture et de la composition, la miss Campbell a voulu aussi se charger de la production, toute seule comme une grande, parce qu’elle peut le faire si elle le veut. Chouette alors. Et donc il n’y a personne pour cadrer la demoiselle, lui dire quand il faudrait envisager les choses de façon différente, quand il faudrait corriger le tir, ce genre de choses.

Mais Mark Lanegan, me direz vous ? Certes il ne compose pas, il n’écrit pas, mais il est là, tout de même, il ne serait pas à blâmer à lui aussi, un tout petit peu ? J’aurai aimé vous dire que non, qu’il a bel et bien été enchaîné contre la table de mixage, mais cela réduirait à néant le peu de crédibilité de cette chronique, et quand même, j’ai une éthique. Donc notre homme attend sagement dans son coin que la miss l’appelle, se place devant le micro, chante, et repart s’amuser et regarder les matchs de baseball avec son pote Greg Dulli chez les Gutter Twins. Il parvient parfois à rattraper les dégâts, ainsi son timbre de voix profond et habité fait que The Raven, Come On Over (Turn Me On) (reprise très polie du Feeling Good de Nina Simone) ou Salvation s’en tirent plutôt bien au final, rien d’essentiel bien sur, mais des chansons convenables. Mais comme il a décidé lui aussi d’être un gros paresseux, il minaude et gazouille d’une voix coincée la plupart du temps. Et dans ces cas là cela donne des Keep Me In Mind Sweetheart (rien que le titre… en plus de ne pas savoir boucler une chanson Campbell est doté d’un songwriting niais…) ou des Something To Believe totalement insipides. On peine à croire que c’est le même homme qui chantait en solo des Carry Home ou des On Jesus’ Program bouleversants. [1] De leur côté les cordes vocales de la miss ne sont pas elles non plus mises à mal, quand elle ne chuchote pas dans l’ombre de Lanegan, il lui arrive de miauler de façon inoffensive sur quelques titres, dont le naufrage Shot Gun Blues, pathétique tentative de blues à la steel guitar.

La critique peut sembler dure, sévère, mais le fait est que ce disque est véritablement un disque de feignasses. Probablement composé et écrit sur un coin de table entre deux tasses de verveines. Un parfait exemple de folk édulcoré, que l’on offrira à sa mère pour qu’elle le range à côté du dernier Norah Jones. Son seul mérite est qu’il nous donne envie d’écouter Songs Of Love And Hate de Leonard Cohen, ou tiens, encore mieux, les albums solos de Mark Lanegan.



[1disponibles sur son magnifique album I’ll Take Care Of You.

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Tracklisting :
 
1. Seafaring Song (3’32")
2. The Raven (4’59")
3. Salvation (3’19")
4. Who Build The Road (2’55")
5. Come On Over (Turn Me On) (4’41")
6. Back Burner (6’36")
7. The Flame That Burns (3’38")
8. Shot Gun Blues (3’52")
9. Keep Me In Mind Sweetheart (2’35")
10. Something To Believe (3’33")
11. Trouble (4’49")
12. Sally Don’t You Cry (2’44")
 
Durée totale : 47’19"