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Supertramp

Supertramp

Supertramp

par Arnold le 14 novembre 2006

4,5

sorti en août 1970 (A&M Records)

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On ne présente plus Supertramp et ses succès des années 70. On ne présente plus non plus ce son caractéristique naviguant aux frontières de ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui du Rock FM. Mais avant de se faire connaître grace au très bon Crime Of The Century, Supertramp a d’abord peiné à se faire un nom et a même failli disparaître avant ce rebond qui les rendit célèbres.

En 1969, Rick Davies donnait un concert à Munich avec son groupe de l’époque nommé The Joint. Dans l’assemblée, un millionaire suédois répondant au nom de Stanley August Miesagæs (Sam) est conquis par la prestation du groupe. Il décide de financer la formation quelque temps. Quand il coupe les vannes, le groupe se dissout. Toutefois, impressionné par les talents de Rick Davies, Sam lui propose alors de le financer si celui-ci monte un nouveau groupe. Saisissant l’opportunité, Davies fait aussitôt paraitre une annonce dans le Melody Maker pour trouver des musiciens.

Poussé par sa mère à répondre à cette annonce intriguante intitulée « Genuine Opportunity », Roger Hodgson rencontre alors Davies. Lors de l’audition, Davies est séduit par sa voix et l’engage aussitôt. Le duo de choc du groupe est né. Deux nouveaux musciens les rejoignent : Richard Palmer (guitariste) et Robert Millar (batteur). La formation prend le nom de Daddy avant de changer définitivement pour Supertramp en hommage à William Henry Davies auteur de Autobiography Of A Supertramp. Très vite, la formation signe un contrat avec A&M Records grâce à Sam.

Débute alors l’enregistrement de son tout premier album, dont Supertramp est éponyme, qui sort en août 1970. Les musiques sont signées Davies/Hodgson pour la plupart alors que les paroles sont écrites par Palmer. La pochette, que certains trouveront hideuse et d’autres « intéressante », représente une espèce de tête de rose... L’album est plutôt bien accueilli par les critiques mais rencontre en revanche un véritable bide commercial. Lors d’un concert à Paris l’année suivante, le groupe jouera devant quatorze pélos.

Pourtant la musique de cet album vaut le coup d’y prêter attention. Cela n’a effectivement strictement rien à voir avec ce que fera le groupe plus tard. De toute façon, la formation n’est pas la même, elle aura le temps de changer deux fois avant de sortir Crime Of The Century et de décoller. Avec Supertramp, il s’agit ici d’une musique planante, légèremement psychédélique, bien loin des tubes qui feront la réputation du groupe quelques années plus tard. En pleine vague progressive, l’album s’inscrit parfaitement dans l’époque. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela qu’il eut du mal à percer.

L’ambiance est relativement mélancolique. Dès Surely qui ouvre et ferme l’album, le ton est annoncé : « Only if lied could I love you/Nothing of our lives could we share ». Après Surely, les choses serieuses commencent. Cet album contient quelques perles qui valent vraiment le détour. Les mélodies sont magnifiques et brillament orchestrées, la voix de Hodgson s’adapte parfaitement et ajoute une touche de délicatesse supplémentaire. On remarquera notamment Words Unspoken, Aubade (And I’m Not Like Other Birds Of Prey), ou Shadow Song qui sont de véritables petites perles. Juste avant la conclusion avec la deuxième partie de Surely, l’album prend fin sur une touche épique avec un Try Again que ne renierait pas un amateur de King Crimson.

Là où l’album est à son apogée, c’est sur Maybe I’m A Beggar. Ce titre commence tranquillement avec Hodgson jouant une petite mélodie à la flûte sur laquelle viennent progressivement s’ajouter l’orgue et la guitare puis le silence se fait. Seules une petite ligne d’orgue à peine audible et la basse accompagnent Palmer qui, une fois n’est pas coutume, pose sa voix chaude et fragile sur les couplets alors que Hodgson, plus assuré, se charge des refrains. L’association des deux voix apporte un petit quelque chose en plus de vraiment exaltant. Après le premier refrain, la musique reprend avec des intonations jazzy, puis part dans un délire où se mèlent à merveille guitares et orgues.

Mais voilà, l’album est un échec commercial. Suite à cette déconfiture, la moitié du groupe met les bouts. Robert Millar s’en va et Richard Palmer va rejoindre King Crimson en tant que parolier [1]. Davies et Hodgson engageront de nouveaux musiciens avec qui ils enregistreront un album sans intérêt Indelebily Stamped dont seule la pochette montrant une poitrine de femme tatouée fera sensation, mais dans le scandale. Sam qui a dépensé beaucoup pour le groupe mais sans résultat probant décide de jeter l’éponge et ne le soutient plus, provocant alors sa dissolution. Rick Davies et Roger Hodgson décident de remonter le groupe deux ans plus tard avec une nouvelle formation. Cette fois ci, c’est la bonne. Le groupe sort Crime Of The Century qui est d’emblée un succès, et qui restera pour beaucoup le premier album de Supertramp jetant ainsi les deux opus précédents aux oubliettes. Même si Indelebily Stamped ne mérite pas franchement le détour, en ce qui concerne Supertramp, il est vraiment regrettable qu’il ne soit pas plus reconnu tant il est de bonne qualité.



[1Il rejoindra Rick Davies sur le dernier album en date de Supertramp (Slow Motion) où il co-signe Goldrush.

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Tracklisting :
 
1. Surely (0’31")
2. It’s A Long Road (5’34")
3. Aubade (And I’m Not Like Other Birds Of Prey) (5’17")
4. Words Unspoken (3’59")
5. Maybe I’m A Beggar (6’43")
6. Home Again (1’14")
7. Nothing To Show (4’53")
8. Shadow Song (4’24")
9. Try Again (12’02")
10. Surely (3’09")
 
Durée totale : 47’46"