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Superunknown Generation

Superunknown Generation

Le rock au top de sa forme

par Thibault le 7 novembre 2011

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C’est un constat régulièrement partagé : les années 2000 n’ont vu émerger que peu de têtes d’affiches fédératrices. L’heure n’est pas aux grands courants emblématiques, on parle davantage de niches, l’omniprésence des références au passé encourage des revivals plus ou moins pertinents, et, au final, très peu de groupes nés dans les années 2000 s’installent durablement au sommet de l’affiche. Obsédé par l’éventualité de sa fin et par les mouvements générationnels qui donnent l’impression d’être éternellement jeune, le petit monde du rock n’en finit pas de spéculer sur les raisons de ce qui semble être une anomalie ou un manque au regard de son histoire.

Déjà mort en 1956, puis tous les cinq ans, puis avec Kurt Cobain, le rock se demande donc ce qui cloche. Et ces moments d’intense 90’sploitation qui capitalise sur le prétendu dernier-âge-d’or-du-rock-qui-est-mort-en-1994 (les fonds de tiroir après les 60’s, les 70’s et les 80’s... A quand le revival du revival ?), on ne peut pas vraiment échapper au phénomène. Ainsi, au détour d’un article de Slate, on tombe sur ces paragraphes, qu’on a déjà lus et vus ici et là d’une manière ou d’une autre :

Si l’on fixe le décollage d’Internet en tant que force principale de la culture dominante au début du XXIe siècle (au moment où la large bande passante a permis l’explosion des partages de fichiers, du blogging, etc), il est frappant de constater que la décennie qui a suivi se caractérise par l’absence de personnalité marquant l’époque. Ce n’est pas qu’il ne s’est rien passé… mais plutôt que tant de petites choses se sont produites, remue-ménage de micro-tendances et de petits créneaux qui ont tous fait l’objet de recherches et de débats, qu’aucun n’a jamais réussi à dominer et à définir l’époque.

Cet échec est lié à l’érosion de la fonction filtrante des médias et à leur incapacité croissante à canaliser et à synchroniser le goût populaire autour d’artistes ou de phénomènes précis. Internet œuvre contre la convergence et le consensus : la profusion de médias destinés à un public ciblé (les blogs, webradios, et les innombrables supports d’analyse et d’opinions) et la manière toujours plus rapide dont les nouvelles et les buzz se répandent signifient qu’il est de plus en plus difficile pour un phénomène culturel de dominer le spectre entier de l’économie de l’attention. Le système numérique triomphant a troublé notre appréhension du temps dédié à la culture.

Il est intéressant de constater que souvent les médias n’appréhendent cette évolution qu’à travers le filtre… médiatique ! Comme si quelque chose ne pouvait pas leur échapper. Ici, c’est Internet qui serait en partie responsable de cette évolution contemporaine du paysage musical. Or, on constate par ailleurs qu’Internet n’a pas du tout eu cet impact « contre la convergence et le consensus » avec le cinéma, par exemple. Sans compter tous les musiciens dits de « variété internationale » qui rassemblent toujours des millions de personnes et qui se diffusent aussi avec Internet. Cette question du support médiatique et de son rôle dans la diffusion de la culture aujourd’hui est à nuancer, il est très difficile de cerner le rôle qu’a réellement joué Internet dans la promotion de la musique. C’est peut être une facilité de songer immédiatement à Internet quand on évoque la tournure qu’a pris le rock aujourd’hui.

Il faut se focaliser sur les musiciens qui en jouent. Qu’ont-ils de différents de leurs aînés ? Qu’est-ce qui différencie fondamentalement les « dinosaures » 60’s-70’s de ceux qui ont pris leur suite ? Une génération en particulier est très révélatrice car elle témoigne d’un basculement. Il s’agit de celle née grosso modo entre 1965 et 1975, c’est-à-dire les enfants de ceux qui avaient vingt ans dans les sixties, de la génération McCartney, Stones, etc. Contrairement à leurs parents qui pouvaient être en conflit avec leurs propres parents, pour qui la découverte du rock avait une forme d’émancipation dans un contexte social bien précis, ceux-ci font leur éducation musicale de manière beaucoup plus calme. De même, contrairement aux punks nés plus tôt, ils ne marqueront que très peu d’opposition ou de défiance vis-à-vis des « dinosaures » du rock.

Cette génération née autour du début des années 70 écoute les disques familiaux et ceux des copains sans la pression qu’il pouvait y avoir dans les années 50/60. L’enfance de ces futurs musiciens est bercée par le rock et par d’autres styles de musique, et leur adolescence coïncide à peu près avec les années 80. En somme, le moment où ils se mettent à plonger dans les albums emblématiques de Bowie, de Dylan ou de Pink Floyd et à les comprendre correspond au moment où... ceux-ci se mettent à faire n’importe quoi.

Cette génération goute des disques qui s’avèrent fondamentaux, tout en assistant à la décadence de ceux qui les ont réalisés. On écoute Led Zeppelin et AC/DC tout en voyant que les membres de ces groupes meurent comme des imbéciles. Exile on Main St tourne à la maison, mais Mick Jagger a de plus en plus l’air d’une andouille dans ses pantalons fluos. On aime Ziggy Stardust et le Genesis de papa, mais on voit bien que Bowie et Phil Collins sombrent peu à peu dans le ridicule. Contrairement aux fans des années soixante qui se projetaient dans Jim Morrison ou dans Lennon dans une appréciation très mimétique, ici la découverte de la musique est plus terre à terre. Très vite, cette génération est confrontée à l’envers du décor : les rock-stars fatiguent, le showbizz n’a pas grand intérêt, le vernis du glamour s’écaille et la conquête du monde à coups de mélodies ne mène nulle part. Lennon fanfaronnait en se disant plus célèbre que le Christ, mais il meurt dans des conditions tragiques après avoir traversé une décennie difficile. Voilà qui donne de quoi réfléchir à un gamin qui adore les Beatles.

De plus, les années 80 voient l’émergence d’une culture de l’indépendance. Si cette génération n’a pas forcément l’attitude arrogante qui consiste à se persuader d’être un puriste en enregistrant dans sa cave avec trois bouts de ficelle, elle s’approprie l’héritage du post punk. Le post punk, c’est le pied à l’étrier et la mise en confiance, avec l’idée que chacun peut s’essayer à une musique ambitieuse et même conceptuelle. Et quand cette génération plutôt décomplexée se lance dans la création à partir du milieu des années 80, elle jouit de la démocratisation du matériel (se procurer de bons instruments dans les années soixante était une gageure, ça ne l’est plus) et de structures indépendantes qui ne sont plus balbutiantes et qui forment un réseau de clubs, de labels et de studios où chacun se serre les coudes.

Cette génération, c’est celle d’Eddie Vedder, de Damon Albarn, de Trent Reznor, de Maynard James Keenan, de Jeff Tweedy, de Tom Morello, de Jeff Buckley, de Josh Homme, de Mike Patton, de Chris Cornell, de PJ Harvey, de Jonny Greenwood, de Jerry Cantrell, de Devin Townsend, de Billy Corgan et tant d’autres. Leurs formations débarquent au début des années 90 et profitent de l’intérêt des majors qui tentent de se redonner du tonus en signant des groupes comme R.E.M. ou Sonic Youth. Les majors sont d’ailleurs dans une stratégie qui relève tantôt de l’opportunisme pur et dur, tantôt de la réelle prise de risque (promouvoir un groupe comme Nine Inch Nails n’est pas une partie de plaisir !). Elles disposent d’un système très rodé, où MTV joue un rôle primordial, système qui est une opportunité à saisir pour ces musiciens.

Ceux-ci se lancent dans des actions d’entrisme. Ils défilent sur les plateaux de télévision, se prêtent au jeu de la promo et tirent profit d’une très large exposition médiatique tout en étant conscients que devenir une rock star à la Keith Richards ne mène nulle part. Il apparaît très vite un phénomène de recul progressif et volontaire, accéléré par le suicide de Kurt Cobain qui vient rappeler une bonne fois pour toutes que l’élévation au rang de symbole n’est pas viable. Ainsi, quelqu’un comme Trent Reznor, qui avait tout pour devenir un christ-industriel-de-la-génération-X avec The Downward Spiral (1994), se retire du devant de la scène et met au placard son décorum gothique. Pearl Jam refuse de livrer des clips à MTV et bataille pour baisser le prix des places de concerts. Par respect de son public qui ne veut pas voir un junkie vaciller sur scène, Alice in Chains arrête les concerts. Le jeune chanteur Devin Townsend, convoité par énormément de groupes suite à ses performances très remarquées chez le guitar hero Steve Vaï, renonce à une carrière toute tracée et préfère s’enfermer dans son nouveau label, spécialement consacré à sa musique. PJ Harvey toise avec défiance le cirque médiatique qui veut faire d’elle un sex-symbol people et se consacre à sa musique. Le contraste avec, au hasard, Courtney Love, est éloquent.

Plusieurs artistes majeurs livrent des albums qui sont des commentaires plus ou moins explicites de leur rapport à la notoriété. Damon Albarn tente de s’éloigner de la guéguerre avec Oasis et enregistre un disque au nom évocateur : The Great Escape (1995). Soundgarden chante des paroles apocalyptiques et narquoises avec Black Hole Sun et balance un album en forme de camouflet cryptique : Superunknown (1994). Les membres de Faith No More, passés maîtres dans l’art de la raillerie, enfoncent le clou sur King For A Day… Fool For A Lifetime (1995). Un bras d’honneur dans lequel les chansons Star A.D. et Just A Man taillent un costard sur mesure aux divas et escrocs de l’industrie de l’Entertainment. Ænima (1996) de Tool se permet de violentes charges envers les mêmes encravatés (la chanson Ænema) mais aussi envers une partie du... public ! Dans Hooker With A Penis, Maynard James Keenan envoie bouler tous les ayatollahs du milieu indé, les distributeurs de bons points garants de l’Art Véritable.

I, met a boy, wearing Vans, 501s,
BCG’s, nipple rings,
New tattoos that claim that he
Was OGT,
back in ’92,
from the first EP.
 
And in between
Sips of Coke
He told me that
He thought
We were sellin’ out,
Layin’ down,
Suckin’ up
To the man.
 
Well now I’ve got some
Advice for you, little buddy.
Before you point your finger
You should know that
I’m the man,
 
And if I’m the man,
 
Then you’re the man, and
He’s the man as well so you can
Point that fuckin’ finger up your ass.
 
All you know about me is what I’ve sold you,
Dumb fuck.
I sold out long before you ever even heard my name.
 
I sold my soul to make a record,
Dip shit,
And then you bought one.

Le message est clair : le groupe n’a envie ni de balayer la scène de clubs miteux ni de faire de beaux sourires à la une des magazines les plus faisandés. Parallèlement, plusieurs groupes imposent à des œuvres invendables à de grands labels. En moins de deux ans, Warner se retrouve avec Disco Volante (1995) de Mr Bungle et Zaireeka (1997) des Flaming Lips sur les bras, sans savoir quoi en faire. En 1998, Pearl Jam accepte d’offrir un nouveau clip à MTV. Ce sera le fuck de Do The Evolution. Le réquisitoire le plus violent est signé Trent Reznor. En 1999, il compose un pamphlet avec Starfuckers, Inc, chanson dont les paroles et le clip (où le morceau est titré Starsuckers, Inc) passent au napalm la vulgarité du showbiz et des rock-stars.

Et si Radiohead pratique une musique « moins rock » avec Kid A, le geste reste fort. LE groupe de la fin des années 90 propose un album qui fait date et qui montre sa réticence à l’idée de s’orienter vers une carrière à la U2. Il est amusant de constater l’ironie de la situation. Avec la mort de Cobain, dernière grande figure fédératrice (contre son gré), beaucoup de commentateurs déclarent le déclin du rock, voir son décès, alors qu’il n’y a jamais eu autant de prises de positions qui témoignent d’une volonté quasi générale des musiciens de contrôler leurs arts et leurs carrières ! Logiquement, à la suite de cette génération arrive celle des Arcade Fire, White Stripes, BRMC, Muse, Arctic Monkeys, My Morning Jacket, Black Keys, System of a Down, Mastodon… Autant dire qu’à l’examen des évènements, le « retour du rock » en 2001-2002 apparait encore davantage comme une construction artificielle et médiatique, et pas du tout comme un phénomène aux racines profondes.

En deux décennies, le rapport des musiciens à l’ambition, aussi bien sur les plans humains qu’artistiques, s’est transformé. Et évidemment, le public a évolué en même temps puisqu’il fait partie de la même génération. Ceci étant, il existe toujours des musiciens qui fantasment sur le sex drug rock’n’roll, qui se rêvent en Stones et Aerosmith, mais ils passent souvent pour des cons. Des personnages comme Liam Gallagher, Axl Rose ou Anthony Kiedis ne font plus rêver que quelques couillons, ils sont des anomalies, des queues de comète qui s’accrochent à leurs lubies. Ce sont au mieux des amuseurs publics. Amy Winehouse ou Pete Doherty sont des imbéciles qui n’excitent que le lectorat pré pubère de R&F et deux misérables tabloïds anglais, pas des musiciens respectés par leurs pairs et par le public. Les derniers musiciens à croire dur comme fer au succès planétaire et aux paillettes du showbiz sont les Kings of Leon… Les Kings of Leon ! Quatre parvenus auto-satisfaits, aux chansons médiocres et plus vulgaires qu’un fond de Jack Daniel’s mélangé à de la glace.

Même les pigeons les trouvent ridicules.

On s’interroge donc dans quelle mesure cette mise en retrait des musiciens est une bonne chose pour le rock. Il n’y a pas d’énormes phénomènes, de singles rock qui plafonnent dans les charts, mais il y a du rock, et il s’exprime dans des structures solides. Il y a un public fidèle, une situation économique en transformation mais viable et Internet permet des innovations ainsi qu’un rapport plus proche entre les musiciens et leurs fans. Pour les premiers, la situation est confortable puisqu’elle permet de créer dans des conditions plus sereines (matériel de plus en plus accessible, moins de soucis d’images à gérer, moins d’excitation autour des groupes). Pour les seconds, elle est tout aussi agréable, puisque le fait qu’il n’y ait justement pas de formations écrasantes peut pousser chacun à faire ses propres découvertes, tout en ayant quelques têtes d’affiches fortes en guise de points de repères. Au final, c’est la musique qui y gagne le plus : elle est créée dans de bonnes conditions, et elle est appréciée de manière peut être moins filtrée (par des évènements ou idoles) qu’auparavant.

Une évolution un peu en décalage d’autant plus appréciable quand on regarde ce qu’est le rock dans les grands médias. Celui du Grand Journal et des fringues The Kooples, des groupes d’électro-rock qui ne font ni de l’électro ni du rock, toute cette myriade d’anonymes (et non pas d’inconnus, nuance) qui nous les gonfle. Quand on voit que l’un des derniers tubes planétaires du rock, Seven Nation Army, est complètement dépossédé de son sens, on se dit que l’heure n’est vraiment plus aux idoles et qu’il vaut mieux poursuivre dans cette voie d’artisanat rock bien tranquille dans son coin.



Vos commentaires

  • Le 7 novembre 2011 à 20:00, par Indalecio En réponse à : Superunknown Generation

    Les 90’s comme la première décennie de ce millénaire ont en effet manqué d’un grand virtuose - j’entends par là un génie fédérateur qui inspirerait bien d’autres que les suivistes -, et la démocratisation d’internet fut en effet salutaire. Je pouvais déjà pas supporter de voir Oasis & cie poser sur des photos de promo avec des anoraks gris alors l’électro rock que tu pourfends, alors l’electro rock du grand journal que tu as le bon goût de pourfendre...
  • Le 8 novembre 2011 à 00:27, par Olivier En réponse à : Superunknown Generation

    Effectivement, l’article est très intéressant ! Je me demande souvent aussi où sont passés les grandes rockstars. Aujourd’hui, LA star c’est Guetta, ou bien Will.I.Am des Black Eyed Peas, mais en aucun cas un groupe de rock. Je rêve d’un putain de groupe qui débarquerait de nulle part avec un paquet d’hymnes fédérateurs comme Oasis en 1994. Avec des gros riffs, des gros solos...
  • Le 8 novembre 2011 à 09:46, par Ben En réponse à : Superunknown Generation

    Excellent article ! Félicitations ça fait plaisir à lire !
  • Le 9 novembre 2011 à 03:20, par Oh ! Deborah En réponse à : Superunknown Generation

    Concernant les groupes fédérateurs comme Nirvana (ou Oasis en Angleterre)j’étais déjà trop jeune pour les engouements qu’ils ont suscités et j’ai l’impression qu’on est habitué à ces « niches musicales » qui sont à l’image de notre société, et qu’on a plus besoin de s’identifier à un mouvement commun, au contraire. Internet pousse totalement à cette individualisme et au fait de vivre une musique de façon indépendante. Quand bien même on partage des choses virtuellement, ça n’a rien à voir avec le fonctionnement d’autrefois. On voit bien jusque dans les années 90 que le manque d’informations poussait à la solidarité des fans qui s’échangeaient des infos et des produits, parfois à travers le monde. Il n’y a plus ce besoin de rassemblement.
  • Le 9 novembre 2011 à 08:38, par Parano En réponse à : Superunknown Generation

    C’est vrai qu’Internet c’est l’immédiateté et la profusion, ce qui ne facilite pas l’émergence. Pourtant, il y a encore des stars types lady gaga, ou justin bieder. On pense ce qu’on veut de leur musique, mais ils fédèrent. Le pb du rock c’est qu’il ne produit plus rien d’enthousiasmant, ni sur le fond, ni dans la forme, et que son public se tourne (à juste titre) vers le passé. On attend toujours le talent qui balayera l’ancien monde...
  • Le 9 novembre 2011 à 09:21, par Emmanuel Chirache En réponse à : Superunknown Generation

    Je suis d’accord avec Parano, je ne trouve pas du tout que le rock se porte bien actuellement. Bien sûr, un fan de rock trouve toujours ici ou là son bonheur dans les années 2000, mais on est loin du niveau, en qualité et en quantité, des décennies précédentes. Il est aisé de constater la différence avec la profusion de groupes brillants dans les années 60,70, et même 80 et 90. A l’époque, j’ai l’impression que les artistes faisaient preuve de davantage d’audace, et je continue de découvrir d’anciennes pépites jour après jour.

    Aujourd’hui, il manque pour moi un enthousiasme, la sensation de marquer l’histoire de la musique, de défricher des territoires. Il manque de l’ambition aussi. Thibault peut railler les Kings of Leon, un de ses passe-temps favoris, n’empêche qu’à leurs débuts ils ont fait des chansons bien supérieures à ce qu’on peut entendre généralement. Et leur ambition de conquérir le monde, ça ne me dérange pas, au contraire. Je pense qu’il faut des groupes qui assument ce statut, et je trouve qu’une formation comme Arcade Fire a pris une dimension intéressante, à la fois d’un point de vue artistique et symbolique.

    Quant à l’explication qui voudrait que le rock « anonyme » actuel, qui refuse le star-system, trouve son origine dans les leaders des 90s, j’ai du mal à y croire. A mon sens, c’est le public qui crée l’icône, on ne s’auto-proclame pas mythe ! C’est ce qui est arrivé à Cobain, et le chanteur est devenu un symbole malgré lui. Idem à un degré moindre pour Vedder, Reznor, Marylin Manson, Oasis, RATM ou les Red Hot. Même si un type comme Manson avait la prétention mégalo de fasciner les foules, ça n’aurait jamais marché si le public n’avait pas suivi, ne s’était pas identifié à ce freak qui provoquait l’Amérique avec des morceaux de rock efficaces. Si Amy Winehouse est devenu plus ou moins « mythique », c’est également un processus qui s’est fait dans son dos, en quelque sorte. On ne peut pas dire une énormité comme celle que tu dis à son propos Thibault ! Public et artistes respectaient et aimaient Amy Winehouse, c’est un fait, que ça te plaise ou non.

    Bref, je comprends d’autant moins la thèse de cet article que Thibault écoute à peine 6 ou 7 groupes des années 2000, souvent du metal d’ailleurs.

  • Le 9 novembre 2011 à 13:01, par Oh ! Deborah En réponse à : Superunknown Generation

    Je trouve aussi que le rock se porte moyen en ce moment, j’ai plus de mal à faire des découvertes géniales contrairement aux trouvailles que je fais régulièrement, issues des autres décennies, mais c’est peut-être un parti prix, je ne sais pas. Après, dire que les années 2000 sont merdiques par rapport aux autres, je sais pas non plus. La première moitié de la décennie me semble supérieure à l’horrible fin des années 90, je trouve. Ensuite, c’est vrai qu’il manque clairement cette sensation de marquer l’histoire comme tu dis, et je pense aussi que ça relève plus du public, fragmenté et dispersé vers différents sous-genres, que d’un problème d’ambition.
  • Le 9 novembre 2011 à 13:26, par Emmanuel Chirache En réponse à : Superunknown Generation

    Deb’, je te rejoins sur l’aspect subjectif : je me demande si c’est une question de génération, en gros est-ce que j’aimerais plus les années 2000 si j’avais eu 15 ans en 2003 par exemple ? Il me semble aussi que cette décennie plaît plus aux gens qui aiment le rock indie, un certain type de folk, ou alors le metal, qui se porte toujours plus ou moins bien. Mais pour moi ça manque de spontanéité, d’énergie, de titres dansants, de swing. Il y a du rock, mais pas assez de roll.

    Et d’un autre côté, je suis persuadé qu’il existe dans les années 2000 plein de choses méconnues ou inconnues à découvrir, que beaucoup de bons groupes n’ont pas encore eu le retentissement qu’ils auraient mérité. Le problème c’est que je trouve difficile de les découvrir ex nihilo, alors que je n’ai aucun souci pour dégoter un morceau génial et inconnu de 1959, 1964 ou 1979 !

  • Le 9 novembre 2011 à 15:09, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    Héhé, ça me fait un peu rire de voir les trentenaires Manu et Parano dire que le rock se porte mal, que tout fout le camp... On dirait des fans de Pink Floyd en 79 qui expliquent aux fans des Clash que ça n’ira jamais quelque part cette histoire. Vous vieillissez !

    Blague à part, je pense vraiment que c’est l’obsession du rock pour le « mouvement » et pour les « générations » qui induit en erreur sur les années 2000. Tous les mouvements sont plus ou moins artificiels, tiens le grunge, c’était des groupes plutôt différents mais réunis dans les médias et par le public.

    Aujourd’hui les groupes ne sont pas sur le devant de la scène, ce qui est lié à des difficultés pour émerger mais aussi à ce que je pointe dans l’article, les musiciens n’ont pas forcément envie de devenir des Stones ! Manu, tu dis que c’est le public qui fait le mythe, c’est en partie vrai, mais tu fais bien plus facilement un mythe palpable d’un Elvis, d’un Freddie Mercury ou d’un Lennon qui recherchent un statut iconique ! C’est beaucoup plus dur avec un Damon Albarn qui va dire « en fait c’est pas moi qui joue, c’est un groupe virtuel ». Et même si Eddie Vedder est devenu une sorte de symbole, tu compares les Who et Pearl Jam à 20 ans de carrière, c’est pas le même ragout ! L’attitude n’est pas la même, et le public rock ne recherche plus forcément les mêmes choses qu’auparavant. Manson, ça a été un feu de paille, aujourd’hui il se fait virer de son label comme un clodo.

    Et je ne suis pas opposé aux ambitions de « marquer l’histoire », seulement il faut être lucide. Nirvana a marqué l’histoire, mais Cobain ne l’a pas supporté. Aujourd’hui, pour marquer l’histoire, il faut être dans les grands médias. Il y a du rock dans les grands médias, tiens, pas plus tard que ce matin j’ai vu une affiche « Noël Rock’Mode » pour une grande enseigne avec Iggy Pop en Père Noël. Super cool, non ? Ça me semble pas une mauvaise idée de se tenir à l’écart de ces conneries, d’autant plus qu’on peut toujours toucher un large public, et là je te rejoins, les récompenses données à Arcade Fire et aux Black Keys aux Grammy Awards l’an passé en témoignent ! Il faut savoir se vendre ou se faire vendre, c’est dur à tenir car la marge de manœuvre est étroite. Je pense que peu de musiciens sont à l’aise avec ça et arrivent à concilier exigence artistique et volonté ultra fédératrice. C’est pas avec leurs deux premiers albums sympatoches que les Kings of Leon sont devenus des stars, c’est avec « Use Somebody ». Ça craint un peu.

    En fait, tout ça me fait penser à ce que disaient les Inspector Cluzo sur le rock français. Quand ils sont aux USA, tout le monde leur demande pourquoi il n’y a pas de rock en France et ils répondent qu’il y a des centaines de groupes excellents, seulement personne ne les connait ! Et c’est vrai, il y a plein de bons groupes en France ! Dans les années 80, tout le monde disait que le rock était mort, dégueulassé par les synthés. Aujourd’hui, personne ne peut soutenir ça au regard des faits. Personnellement, plus je vais de découverte en découverte, de fil en aiguille, plus je trouve mon compte dans la musique actuelle. C’est pas du tout cuit, mais c’est intéressant d’une certaine manière. Au final, contrairement à ce que dit Manu, j’ai autant de groupes des années 2000 que des précédentes dans mes cds et sur mon disque dur. Voir même beaucoup plus ces derniers temps, je découvre beaucoup de choses qui sont de vraies claques ! (et pas que du metal, loin de là) (mais de toute façon aujourd’hui le metal est à la croisée de différents styles)

    Après, c’est sur qu’il faut pas trop attendre de nouveaux « Jumpin’ Jack Flash » ou du rock’n’roll dansant (mais ceci dit, il n’y en avait pas davantage dans les années 80 et 90 !), mais on aura d’autres choses excitantes !

    La situation me semble vraiment saine. On vit dans une époque où tout est disponible, où d’excellents albums sortent chaque année, sans trop subir de rock-stars à la con tout en ayant des gros groupes qui en imposent, moi ça me va ! En somme on pourrait dire qu’il y a toujours des excellents guitaristes, mais qu’il n’y a plus de guitar heroes. Pour moi, ce n’est pas forcément un mal.

  • Le 9 novembre 2011 à 15:50, par Parano En réponse à : Superunknown Generation

    Ah, le conflit des générations ! les anciens contre les modernes ! Pink Floyd vs Clash ! Mon propos (et celui de Manu je pense) n’est pas de dire que le nouveau rock est nul. Je fais plutôt le constat qu’il n’y a RIEN DE NEUF chez les rockers. Si un nouveau Clash (enfin, l’équivalent hein, entendons nous bien) sortait de terre, je serais le premier à lui baiser les pieds.
  • Le 9 novembre 2011 à 16:47, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    Il y a plein de choses neuves ! Tiens, je vais encore faire mon monomaniaque, mais « Era Vulgaris » de QOTSA, c’est quasiment du jamais entendu. « Demon Days » de Gorillaz, ou « Yoshimi » des Flamings Lips, pareil, c’est très novateur. On peut trouver des tas d’exemples. Ils ne sautent pas à la figure, mais ils sont bien là, dans un coin.

    Même un groupe improbable et souvent foireux comme Muse fait du neuf. Une chanson comme « Knight of Cydonia », je pense pas que ça a été fait avant, ou alors faut me dire par qui !

  • Le 9 novembre 2011 à 20:15, par Parano En réponse à : Superunknown Generation

    Tu te rends compte j’espère que tous les groupes que tu cites sont nés dans les 90’s... ce qui tempère sacrément ton argumentation. Ou alors faut aussi parler de U2, ou même Wire, qui sont encore actifs... Parlons plutôt des groupes dont les membres ont moins de 30 ans.
  • Le 9 novembre 2011 à 23:48, par Phil En réponse à : Superunknown Generation

    Ca manque d’originalité ? que ça ne se renouvelle plus ? Il n’y a plus de nouvelles stars qui remplissent les stades ?

    Mais pourquoi se faire chier à inventer un nouveau style alors qu’on a 5 décennies de rock à portée de clic et que tous les albums cultes sont réédités tous les 5 ans, et que tous les groupes se reforment ?

  • Le 10 novembre 2011 à 00:12, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    La musique de QOTSA date des années 2000, à l’exception du premier album. Peu importe si le musicien est né à telle époque, c’est ce qu’il fait en ce moment qui importe. De plus, c’est normal de ne pas forcément faire de la musique très novatrice à ses débuts, c’est avec l’expérience que cela vient. Tu as plein de groupes qui n’ont sorti qu’un ou deux albums alors que les membres ont plus de 30 ans. Ce n’est pas un critère. Ce qui compte, c’est le résultat.
  • Le 10 novembre 2011 à 09:48, par Emmanuel Chirache En réponse à : Superunknown Generation

    L’histoire du rock est aussi remplie de groupes qui ont fait de grandes choses à leurs débuts. Mais ce n’est pas le propos. Ce qui me sidère, c’est de voir par exemple dans les commentaires de vidéos Youtube sur la musique des années précédentes (des années 50 à 90) autant de gens, souvent très jeunes, se plaindre qu’aujourd’hui la musique n’est plus comme ça. Combien de fois j’ai lu un commentaire disant « cette chanson est géniale, la musique d’aujourd’hui c’est de la merde ! » ou « pourquoi plus personne ne fait de la musique comme ça ? »

    Alors certes, c’est un prisme déformant, beaucoup d’autres gens s’en foutent et se contentent de ce qui existe. Mais je pense que de tels commentaires écrits par des types de 15-20 ans auraient été impensables en 1967 ou en 1978 ! C’est assez unique de voir autant de gens dépités par la musique de leur époque.

  • Le 10 novembre 2011 à 09:51, par Emmanuel Chirache En réponse à : Superunknown Generation

    Je précise que je m’en fous qu’il y ait ou non des stars qui remplissent les stades. Une grande partie des artistes des années 50, 60, 70 et 80 que j’écoute ne remplissaient pas les stades. Je veux juste de la bonne musique, des bonnes chansons, un point c’est tout, un point c’est toi.
  • Le 10 novembre 2011 à 11:11, par Béatrice En réponse à : Superunknown Generation

    J’avais 15 ans en 2003 et j’ai jamais eu de problème à trouver mon compte dans la musique des années 2000. C’est vrai que je ne me pose pas la question de l’âge exact du musicien et de son groupe avant de décider si c’est de la bonne vraiment nouvelle musique ou juste de la nouvelle vieille bonne musique et à vrai dire je m’en fous complètement de savoir si une décennie est plus créative qu’une autre, puisque de toute façon c’est bien connu que la meilleure décennie c’est celle où on avait 18 ans. D’ailleurs ce n’est pas non plus la question que se pose Thibault, il réhabilite juste les 00s en disant que ce n’est pas parce que le paysage est plus fragmenté et les carrières moins linéaires qu’il est moins novateur ou intéressant. Sans avoir fait de statistiques à partir des commentaires youtube (ne serait-ce parce que je n’écoute pas de musique sur youtube), je n’ai jamais eu l’impression de faire partie d’une génération dépitée par la musique de son époque même si évidemment elle n’a pas le même rapport à cette musique que les précédentes. Par contre j’ai toujours trouvé que sur Inside on aimait bien dire ça, et à mon avis c’est rien d’autre que l’indémodable « c’est plus c’que c’était d’mon temps ma bonne dame ! » que je ressortirai sûrement à mon tour dans 10 ans.
  • Le 10 novembre 2011 à 14:22, par Emmanuel Chirache En réponse à : Superunknown Generation

    Personne ne se pose la question de l’âge du musicien en entendant une bonne chanson, ce n’est pas du tout le propos ici, en tout cas pas le mien. Il ne me paraît pas choquant d’établir des comparaisons entre périodes et de constater qu’il en existe de plus ou moins fastes. Certains historiens de l’art le font pour la peinture, la littérature, le cinéma, etc. Pourquoi la musique ne serait-elle pas soumise à des cycles ? je n’affirme rien, je soumets juste une hypothèse.

    Je ne doute pas une seconde que beaucoup de gens ont adoré cette décennie, mais je répète que les commentaires Youtube sont souvent très éloquents sur le dédain de certaines personnes vis-à-vis de la musique de leur génération. A mon avis, c’est un fait relativement nouveau. Par ailleurs, si je m’intéresse à ça, c’est que j’aime la musique et que je regrette de devoir me tourner souvent vers le passé pour en découvrir une de qualité. Et ce n’est pas faute de jeter une oreille aux nouveautés, obscures ou fameuses. Sans vouloir me balancer des fleurs, je crois même avoir défendu sur le webzine un bon paquet de groupes actuels (Agent Side Grinder, Archie Bronson Outfit, Austra, Lost Sounds, John Butler Trio, Bjorn Berge, Ratatat, Cheveu...), ce qui m’a parfois valu les attaques en règle de Thibault !

    D’où, je le répète, mon grand étonnement quant à cette « réhabilitation » des années 2000 de sa part. En effet, on ne peut pas dire que Thibault soit, dans la pratique, un grand défenseur des artistes issus de la décennie ! la quasi totalité des groupes datant des 00’s qu’il défend sur Inside proviennent tous du même giron ou presque : Mastodon/Baroness d’un côté, Patton/Josh Homme de l’autre. Sorti de ça, je ne vois pas beaucoup de nouveautés vraiment inédites dont Thibault ferait l’apologie. Ce n’est pas un reproche du tout, hein, c’est juste l’impression d’un décalage entre le propos et les faits.

  • Le 10 novembre 2011 à 14:36, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    Bah oui, je ne parle que des artistes dont je connais très bien l’œuvre. ^^ J’aimerai beaucoup écrire sur d’autres musiciens, mais je ne le fais que quand j’estime avoir quelque chose d’intéressant à proposer.

    En ce qui concerne les cycles et cie, pourquoi pas à condition de trouver des explications claires. Pour moi, s’il y a un effet générationnel à pointer, c’est le rapport à la notoriété qui a évolué, ce que j’ai pointé dans l’article.

    Si tu veux de la nouveauté toute fraiche qui va te faire vaciller parce que tu n’auras jamais entendu un truc comme ça (mais alors vraiment jamais !), « Deconstruction » de Devin Townsend Project, ça devrait te convaincre. 70 minutes de folie furieuse qui défient l’entendement (mais ça swing pô).

  • Le 10 novembre 2011 à 15:21, par Oh ! Deborah En réponse à : Superunknown Generation

    Je pense aussi qu’il est possible de faire des comparaisons entre les périodes qui ont tendance à changer en terme de quantité dans la qualité, de prolifération de groupes de qualité (ce qui ne change rien au fait que chaque instant de la vie donne naissance à un artiste génial dans son coin), on voit bien cette prolifération à la fin des années 60, puis à la fin des années 70, même si cette dernière était plus souterraine mais tout aussi novatrice et symbolique.

    En vous lisant, je mélange des trucs et ai l’impression que personne n’a la même idée de ce qui manque réellement à notre époque. Si j’ai bien suivi, pour Parano, il manquerait quelque chose de neuf, novateur (il y a pourtant pas mal de groupes alternatifs ces dernières années, peut-être qu’ils ne sont pas assez fédérateurs ?) et pour Emmanuel, il manquerait simplement de rock’n’roll (énergie, chansons) mais pas forcément à stades (c’est pourtant exactement ce qu’il y a eu en 2001->2004 avec le Revival). Quoi qu’il se passe, le syndrôme du « c’était mieux avant » semble éternel... Pour ma part, c’est encore pire, à 13ans, j’étais déjà dégoutée par la musique de l’époque (RnB, néo-métal) !

    Je crois que quand on pense au « c’était mieux avant », on veut juste dire que les grands groupes populaires (quand on pense à Led Zep, aux Doors ou Nirvana) étaient mieux avant, et que c’est à eux qu’on pense, symboliquement, quand on pense à la société dans laquelle ils s’inscrivent. On pense donc aux groupes représentatifs, de façace, mais bien sûr pas à tout ce qui se passe derrière. Aujourd’hui, quand on pense à notre époque, on pense à Lady gogole, donc forcément, ça pose le truc. La musique n’a pas baissé en terme de qualité dans l’absolu, c’est simplement que le rock n’a plus sa place sur le podium, mais finalement à l’heure qu’il est, c’est peut-être pas un mal. Je ne déteste pas l’époque actuelle, au moins, elle a le mérite d’être claire. Je recherche toujours aussi un peu les deux (groupes novateurs et groupes rock’n’roll, et les deux à la fois c’est le summum, des anti-Muse, quoi) mais il est certain qu’en cherchant un peu, on trouve toujours.

  • Le 10 novembre 2011 à 15:50, par Béatrice En réponse à : Superunknown Generation

    Déborah a raison, on mélange un peu tout. D’un côté il y a le fait que le rock maintenant est une musique du passé, par la force des choses, et ne peut plus représenter la même chose qu’il y a 40, 30 ou 20 ans où il se voulait le courant de la jeunesse, en rupture avec les générations précédentes. De ce point de vue là ce que dit Thibault est intéressant puisque ça pose bien, en termes générationnels, de comment continuer à faire vivre une musique qui trouve (une partie de) ses racines dans la rupture générationnelle quand cette rupture ne se pose plus en termes de références culturelles et musicales. Et il y a pas mal d’artistes qui ont proposé des réponses intéressantes à ça (intentionnellement ou non là n’est pas la question). C’est à ce titre que comparer les périodes est justifié et intéressant. Si ce qu’on cherche dans le rock c’est l’énergie rebelle des débuts, effectivement ça devient de plus en plus difficile à trouver dans la musique actuelle, mais ça me paraît une évolution inévitable qu’on ne peut pas vraiment reprocher aux artistes.
  • Le 10 novembre 2011 à 15:53, par Parano En réponse à : Superunknown Generation

    Pour ma part je ne suis pas inquiet. Je ne suis pas un de ces déclinologues qui annoncent la mort du rock tous les 10 ans. Nous sommes certainement au creux de la vague, comme en 1975 ou en 1986, sans plus. On a jamais vendu autant de guitares, il y a forcément un type ou une fille en train de nous pondre un chef d’oeuvre dans sa chambre !
  • Le 10 novembre 2011 à 16:21, par Oh ! Deborah En réponse à : Superunknown Generation

    C’est une évolution inévitable... quand le rock devient écouté par des personnes qui l’auraient rejeté auparavant. C’est à dire soit des (souvent jeunes) personnes qui sur-intellectualisent le rock et qui l’écoutent à l’instar des vieux qui crachaient sur le rock dans les années 60 et qui préservaient leurs disques de jazz. Soit des personnes qui passent facilemennt de Lady Gaga à du rock, y’a d’ailleurs jamais eu autant de tubes indie rock dans les clubs et les boites. Donc globalement, pour shématiser, il est écouté par les deux types de publics les plus larges et conformistes, soit presque par tout le monde. Il est devenu une musique noble pour l’étudiant sérieux standard qui pourtant le déteste quand il voit sa vraie nature, et sinon, branché pour tout le monde.
  • Le 10 novembre 2011 à 16:23, par Oh ! Deborah En réponse à : Superunknown Generation

    Faut que j’arrête avec Lady Gaga moi.
  • Le 10 novembre 2011 à 16:42, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    Mouais, supposer que le rock ait une « nature » me semble très hasardeux. Dès ses débuts, c’est une musique qui ne peut s’approcher que par des paradoxes et des contradictions. On a une vision déformée des années 50 et 60, de rock’n’roll rebelle mais c’est essentiellement de la mythologie à la Fureur de Vivre. L’essor du rock n’aurait pas pu se faire sans la société de consommation américaine et l’invention de l’adolescence, qui sont des choses très liées et plutôt « conformistes ».

    Alors oui le rock est écouté par un public plus large et du coup il a perdu en symbolique « forte », mais je pense que son côté récréatif est resté le même (Chuck Berry et les Offspring disent la même chose !) et qu’il séduit pour les mêmes raisons.

  • Le 10 novembre 2011 à 17:45, par Emmanuel Chirache En réponse à : Superunknown Generation

    L’aspect subversif du rock originel (Elvis et ses déhanchements, les origines noires du rock, son discours plus ouvertement sexuel, etc.) est en effet contrebalancé par la réappropriation du rock par les businessmen à la fin des 50’s début 60’s. Sauf que... d’une part : même la musique ultra populaire de cette époque, dans ce qu’elle avait de plus bassement commercial, restait d’une qualité hallucinante. Aujourd’hui, on peut écouter et adorer les girls groups de Motown ou de Phil Spector, les Monkeys, ou encore les ersatz assagis d’Elvis comme Ricky Nelson ou Bobby Darin. En 2011, je vous défie d’écouter NRJ sans faire une crise d’urticaire. Bref, nivellement par le bas de la musique commerciale actuelle.

    D’autre part, à mon sens la subversion du rock passe aussi par d’autres éléments : l’origine sociale populaire de certains musiciens et l’intelligence d’un artiste. Trouvez-moi des prolos qui crachent leur frustration ou leurs délires avec hargne, ça restera subversif aujourd’hui. Mais attention, pas besoin d’être un prolo pour faire du bon rock, subversif ou non, on est d’accord. Seulement, l’origine sociale donne indéniablement du relief à certaines carrières, à certains propos.

    Comme Parano, je ne suis donc pas déclinologue, loin de là : Quand Kurt Cobain a composé Nevermind et mis tout le monde sur le cul, on aurait pu aussi se dire que le public était déjà blasé du rock, que le rock était mort, etc. Mais cette analyse n’a pas résisté à la puissance de la musique. Peu importe le contexte, si demain un type écrit « Sister Morphine », « Light My Fire » ou « Yesterday », on s’inclinera tous. Ce ne sera sans doute pas le début d’un mouvement socio-culturel comme dans les sixties, mais ça sera de la bonne musique !

    Thibault, tu as linké le morceau de Devin Townsend. Ok pourquoi pas, si on aime les performances techniques et les déconstructions mélodiques on y trouvera son compte, mais ça ne suffit pas à mon bonheur hélas.

    A titre personnel, j’ai juste envie que le rock redevienne un peu plus sexy, rapide ou langoureux, qu’on entende des cuivres stridents et des voix cassées, qu’il soit plus hargneux et moins gentil, qu’il ait la fureur de vivre. Cette fureur, je l’ai sentie chez Archie Bronson Outfit, Arcade Fire, les Lost Sounds de Jay Reatard ou les Cluzo par exemple. Rien n’est perdu.

  • Le 10 novembre 2011 à 18:03, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    Performance technique ? Je t’en foutrai de la performance technique ! ^^ Un album qui mélange le mythe de Faust avec Zappa, Meshuggah, Tim Burton, un orchestre et des hamburgers, et l’aut’ me dit que c’est de la performance technique, comme si c’était une vile besogne de bidouilleur nerdique qui s’épate devant les branchements de sa tour reliée à sa PS3 par Wifi !

    Tu veux de la hargne, des voix cassées et de la fureur, t’en as dans cet album ! Par contre, il est vrai que ça swingue pas.

  • Le 10 novembre 2011 à 20:29, par Duffman En réponse à : Superunknown Generation

    J’ai de gros doutes sur le fait qu’à l’époque tu pouvais entendre du Motown ou Phil Spector sur l’équivalent d’NRJ. Et en province, pour écouter du ACDC ou du Led Zep et pas Sheila et Ringo, il fallait connaitre les gens qui pouvait acheter des vinyles. Aujourd’hui tu as la chance d’y avoir accès plus facilement.

    M’est avis qu’il faudra un peu de temps pour dégoter certaines perles des années 2000-2010, au milieu d’un énorme fatras de groupes et artistes.

    En fait, il y a peut-être autant de bons trucs qu’à d’autres époques, même si ça donne un pourcentage plus réduit par rapport à la quantité de disques qui sortent.

  • Le 12 novembre 2011 à 18:14, par Tluabiht En réponse à : Superunknown Generation

    Je vois à l’histoire du rock une redite du jazz...
    Elvis Presley = Louis Armstrong
    Les gens aiment danser sur du jazz, ça swingue, ça gagne en popularité...
    Des compositeurs géniaux sont à l’origine de qu’on appelle des standards interprétés et réinterprétés par un nombre incalculable d’artistes.
    Ensuite bon, toujours la même chose, on s’emmerde, besoin d’un nouveau son... ça tombe bien, on vient de découvrir un musicien surdoué qui révolutionnera le genre... il s’appelle Charlie Parker !
    Puis bon, le bebop et toutes ses déclinaisons, on a tout compris... on veut un autre son...
    Et ainsi Miles Davis pointe son nez... cool jazz, jazz modal... parce qu’il faut bien expérimenter de nouvelles ambiances...
    Ah oui, j’oublie que la musique « classique » n’est pas morte, et ceux qui ne supportent vraiment pas ce nouveau courant jazz jugé trop primaire notamment pour ses origines... ben il existe des albums jazz aux inspirations et arrangements classiques... merci George Gershwin, Gil Evans...
    Puis bon, le jazz c’est pas qu’aux Etats-Unis qu’on en fait !
    Jazz manouche, jazz latin, jazz afro-cubain, jazz oriental...
    Les harmonisations jazz trop simplistes ? Bon, Wayne Shorter, John Coltrane, etc. vont rectifier le tir.
    Ah, y en a encore qui se plaignent d’avoir déjà tout exploré dans le jazz, les structures, les harmonies... c’est has been...
    Nos amis John Coltrane, Eric Dolphy, Charles Mingus, Ornette Coleman... vont nous arranger les choses... on va appeler ça le free jazz !
    Je crois que c’est fini pour le jazz, on a tout exploré, même les déstructurations...
    Bon, j’ai une idée, si on mélangeait un peu différents styles de musiques actuelles, genre le jazz, le rock, le funk, etc. bon toujours les mêmes, Wayne Shorter, Miles Davis... Herbie Hancock, Chick Corea, John McLaughin...
    Bon, là je crois qu’on a tout entendu... le jazz est-il mort ? comment le rendre populaire, en faire une musique dans l’ère du temps...
    On va essayer de mettre un peu de rap par dessus, ça va le faire !
    On peut toujours remercier la technologie, les bidouilleurs électros de recycler le jazz, une manière de faire vivre le jazz à jamais...

    En fin de compte, il subsiste toujours de bons albums jazz par-ci par-là qui sortent régulièrement, sans jamais révolutionner le genre... je pense à Avishai Cohen, Stefano di Battista, Brad Mehldau... et des trucs bien formatés pour le grand public actuel, bien sûr je fais référence au smooth jazz...

    Je vous laisse faire l’analogie avec le rock en commençant par Elvis Presley.

    On a exploré l’essentiel dans le rock... ou plutôt l’évolution du rock est maintenant étroitement lié à l’apparition d’un nouveau genre musical... puis à nouveau fusion de genres...

  • Le 13 novembre 2011 à 16:02, par Künstler En réponse à : Superunknown Generation

    Le rock est mort, la belle affaire... Je pense qu’il n’ait pas besoin de faire la généalogie du gospel, du blues, du ragtime, du jazz, pour rappeler que le rock est corrélé à une certaine agitation politique, la lutte pour les droits civiques, la guerre froide et le Vietnam, mai 68 et la libération sexuelle, le féminisme etc., la liste serait trop longue. Aujourd’hui on cherchera les MLK, les beatniks, les Sartre, de Beauvoir, et cie, de même qu’on cherchera les Dylan, Baez, Lennon, Joplin, Redding, Morrison, et les autres. Aujourd’hui il n’y a plus de cocos, de maoïstes, d’anars ou de contestataire de tout poil qui font un tantinet consensus autour de grandes causes. On est une génération qui ne se bat plus pour la liberté, l’égalité et le droit de niquer, mais où la grande majorité va se mettre sa mine du samedi soir en allant se trémousser dans un club, en s’abrutissant sur du Lady Gaga, Black Eyed Peas et autres zouaves, en espérant trousser la blondasse maquillé comme un camion volé. C’est quoi le projet de la jeunesse aujourd’hui ? Vous imaginez qu’aller zoner sur les trottoirs avec les punks à chien, traîner Gare du Nord avec les casquettes lacoste ou aller distribuer des tracs écolos contre le nucléaire, ça excite qui que ce soit dans une jeunesse dont la sainte trinité c’est iPhone, iPod, MacBook ? Les générations d’avant vivaient dans l’après-guerre, l’Algérie, le Vietnam, Mai 68, Kennedy, le Che, Carter, l’antéchrist Reagan et Miss Thatcher, Gorbi, et maintenant, quoi ? Le déclin de l’Occident, le réchauffement climatique, la crise, les barbus, Bush, Sarko, Berlusconi, bref, que du rêve. C’est juste une génération du petit plaisir quotidien, qui tire son coup, fume son spliff et boit son Jack Daniels, en attendant la fin. C’est quoi leur rêve ? Le modèle chinois, le modèle iranien, le modèle russe ? Un système capitaliste qui se casse la gueule ? T’as quelques mecs qui rêvent d’un monde meilleur, ceux de Constellation, Merge Records, Anticon, qu’on sait pas bien si c’est des hippies, des punks ou des anars, qu’on entend sans écouter. Le rap a déjà succombé. L’électro ne porte rien en soi, si ce n’est un certain sens de l’oubli, de l’abandon. Alors, on angoisse sur le futur, on se plonge dans une nostalgie du passé (le vintage, le revival, les hipsters), bref on se laisse couler lentement mais sûrement, parce que de toute façon, on croit plus à des jours meilleurs... C’est pas le rock qui se meurt, c’est la jeunesse (les démographes vous le diront).
  • Le 13 novembre 2011 à 16:15, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    MOuahaAHahahahAHAHAahhahaAHAHAhaha.

    Sérieux, il y a encore des personnes pour penser ça ? Allons, allons... Va boire une bière, ça passera.

    On appelle ça un « Gigantesque Point Tartuffe » avec un copain, huhu.

    (Et sinon, je ne sais pas pourquoi Kodak a pris mon prénom à l’envers comme pseudo.)

  • Le 13 novembre 2011 à 19:04, par Kodak En réponse à : Superunknown Generation

    « (Et sinon, je ne sais pas pourquoi Kodak a pris mon prénom à l’envers comme pseudo.) »

    Parce que...! Tant qu’on devine qui nous adresse la parole. (Pas ce qu’il y a de plus dur hein, vu que je poste sur le forum les minutes qui suivent et que je garde toujours le même mail)^^

    Tous les procédés d’ « innovations » ont été exploités.
    Mais l’essentiel du problèmes a déjà été soulevé (cf. les premiers messages), je pense bien que le rock n’a et n’aura plus la même importance, le même impact socio-culturel qu’il n’a été, au profit du R’n’B, etc.

    Même si les procédés d’innovation sont pour moi tous exploités, je n’entends absolument pas que le rock perde en qualité ces dernières années, loin de là, il y a toujours tel ou tel artiste qui arrive à puiser son inspiration de telle ou telle musique pour en faire quelques chose de « neuf » et intéressant à la fois. Certainement grâce à internet, jamais les influences n’ont été aussi variées à notre époque, les fans de « rock » eux mêmes s’en retrouvent divisés. On est dans une décennie qui condense tout qui a été fait les décennies précédentes sous forme de revival... quoi de mieux pour diviser les amateurs de rock !
    Aucun groupe de rock, aussi bon soit-il, n’arrive de nos jours à regrouper suffisamment de fans pour marquer cette dernière décennie malgré certains consensus de la part de la presse musicale, tandis que le RnB raffle les premières places des charts...

    Le « Who the fuck is Arcade Fire ? » en dit assez long.

    Puis honnêtement j’ai de plus en plus de mal à classifier un groupe dans un sous genre du rock... bien qu’on a tendance à tout regrouper dans le rock indie... surtout les trucs electros machins trucs revival new wave...

    Bon, faut déjà que la presse musicale encense de bons groupes pour que le rock revienne en force... parce que WU LYF, c’est LA blague de l’année... et la chillwave, bon ben, c’est sympa, on en pense ce qu’on veut, mais je n’y vois pas vraiment d’avenir...

  • Le 13 novembre 2011 à 21:20, par Künstler En réponse à : Superunknown Generation

    Merci Thibault, t’as pas changé depuis l’époque Ogame où tu démarrais au quart de tour sur le sujet musique. Je t’ai fait rappliquer en moins d’un quart d’heure, mais je ferai mieux la prochaine fois, promis. Je pourrais toujours critiquer Josh Homme, mais ça serait trop facile et en plus malhonnête. Oui j’ai vraiment rien à foutre de mes dimanche aprem, mais c’est la faute au forum inside rock qui est pas super animé... du coup il a fallu glander devant le rugby,qui était bien chiant d’ailleurs. PS : oui, il y a encore des personnes pour penser ça, il y en a même qui ont essayé de m’expliquer que Wu Lyf c’était lié au mouvement des indignés.
  • Le 13 novembre 2011 à 21:26, par Künstler En réponse à : Superunknown Generation

    Ah oui, et j’allais presque oublié mon avis sur le sujet : la moustache à Jesse Hughes. Period.
  • Le 14 novembre 2011 à 17:38, par le rock s’est démocratiser En réponse à : Superunknown Generation

    Plus que mort, je dirais plutôt que le rock s’est démocratiser. On n’a plus de hargneux posture radical mais des miriades de groupes qui reprennent du rock en essayant de se faire plaisir et de construire avec plus de vérité. Après ce n’est peut être qu’une impression !
  • Le 15 novembre 2011 à 12:14, par Aurélien Noyer En réponse à : Superunknown Generation

    Raaaah ! Il suffit que je parte en vacances dix jours et ça tourne à la foire d’empoigne sur Inside Rock !

    Ben, personnellement, je suis d’accord avec Thibault... et j’irai même plus loin que lui. En tant qu’amateur de musique, on vit une époque formidable !

    Pour qui veut bien se donner la peine et creuser en dehors des sentiers battus de la promo médiatique (ce qui n’est pas bien difficile), l’accès à la musique n’a jamais été aussi facile et on peut trouver de la musique de n’importe quelle époque.

    Du coup, est-ce que la question de savoir si « globalement » (quoi que ce « globalement » veuille dire) le rock se portait mieux dans les années 60, 70, 80, 90 ou 2000 a vraiment un intérêt ? Ou, pour le dire plus concrètement, lorsqu’on se prend une claque en découvrant un super morceau, est-ce important que ce soit une pépite vieille de 40 ans ou qu’il ait été enregistré 10 jours auparavant ?

    Pour ma part, j’ai tendance à penser qu’Internet (en tant que ressource quasi-illimitée de musique) a aboli dans le cas de la musique rock la notion de chronologie.

    Pourquoi « dans le cas de la musique rock » spécifiquement ? Il y a sans doute plein de facteurs différents, mais je pense que la défiance du rock envers les médias et la chronologie médiatique (défiance qui date au moins du punk et s’est perpétuée depuis via le rock indépendant) en faisait une musique qui a adopté avec joie « l’achronologie » générée par Internet. D’ailleurs, certains médias l’ont bien compris et ont embrayé sur ce nouveau paradigme, même s’ils s’y prennent mal. Rock’n’Folk, par exemple, a souvent été critiqué (notamment par moi-même) pour son côté passéiste... Mais en y réfléchissant, ce qui me gène, ce n’est pas qu’ils fassent un milliardième papier sur les moments de gloire des Beatles ou des Rolling Stones, c’est qu’ils le fassent presque comme des archéologues, validant la vision d’une musique de musée dont on ne peut que réciter le catéchisme en boucle.

    Alors qu’en réalité, à partir du moment où quelqu’un découvre ou re-découvre la musique des Beatles ou des Rolling Stones (ou d’un obscur groupe de post-punk), leur musique appartient tout autant aux années 2000 (ou 2010) que le premier album d’un nouveau groupe... tout simplement parce que, pour peu qu’il sorte d’une démarche purement nostalgique, un auditeur en 2011 n’entendra pas la même chose qu’un auditeur en 1967. Le contexte musical aura évolué et la façon de percevoir un morceau aura évoluée.

    Du coup, il y aura toujours de la musique à découvrir ou re-découvrir.

    Quid alors de la musique faite dans les années 2000 et 2010 ? Et bien, si on veut vraiment s’attacher à segmenter de façon chronologique la musique, je pense que la musique produite à l’heure actuelle a parfaitement intégré cette nouvelle atemporalité et a renoncé à vouloir « définir une époque »... et tant mieux dans la mesure où ça peut permettre d’évacuer le syndrome « madeleine de Proust » du rock : par exemple, dans la mesure où on peut se remémorer l’âge béni (il paraît) de ses 15 ans autant avec Nirvana qu’avec de l’euro-dance pourrie, je ne suis pas sûr qu’on rende hommage à Cobain (ou à quiconque) en disant « c’est trop bon, ça me rappelle ma jeunesse ».

    La contre-partie, c’est qu’il faut abandonner la notion égotiste consistant à s’approprier une musique parce qu’elle date de notre jeunesse... mais là encore c’est tant mieux ! Ça pousse à toujours découvrir de nouvelles choses dans la musique, à l’écouter avec une oreille neuve ! Et puis, mon père a beau avoir tous les premiers vinyles de Bowie, avoir été un gros fan et vénérer encore cette musique, je m’aperçois en discutant avec lui que j’ai beaucoup écouté, réfléchi, assimilé, voire mieux compris cette musique que lui... et que peut-être que, partant de là, elle m’appartient tout autant qu’à lui.

  • Le 15 novembre 2011 à 14:47, par Aurélien Noyer En réponse à : Superunknown Generation

    Et puis, de toute façon, les Kings of Leon, c’est de la musique pour Suzanne Boyle : http://www.nme.com/news/kings-of-leon/60401

    (Putain, c’est vraiment trop con ! Il est vraiment très bien, Youth & Young Manhood !!!)

  • Le 17 novembre 2011 à 16:48, par Deborah En réponse à : Superunknown Generation

    J’avais pas vu les derniers posts.

    Je crois que le rock peut être représenté par différentes lignes, différents états d’esprit, soit selon les périodes/courants, soit selon les acteurs de ces courants, mais on peut aussi recouper et retrouver des traits communs à travers le temps. On pourrait en tout cas tout à fait dresser un profil ou définir la nature de cette musique puisque les faits sont là, on ne peut pas non plus les réinventer ou nier le rock. Après, c’est à chacun de choisir ce qui lui parait comme plus représentatif de cette musique.
    Au départ, c’est une musique basée sur des expressions dynamiques, instinctives et extraverties (avant le blues, pas du tout) mais pas irréfléchie évidemment, on le voit d’ailleurs dans la façon dont elle évolue. Il y a aussi une sorte d’alliance entre divertissement et intégrité, entre folie et besoin de toucher directement un public. Ensuite, je pense que c’est un art dont la spécificité fait qu’il n’est pas dissociable de ses acteurs, ses musiciens. Ca peut faire des mythes surfabriqués, des extrapolations en tous genres dont on se lasse, reste que chacun d’entre nous peut recadrer les choses et constater que les faits et les personnes existent, que ce ne sont pas des gorgones surnaturelles et inventées de toutes pièces par des charlatans. Donc au delà des détails et des courants, je définirais le rock comme une aventure humaine composée d’individus, aussi différents soient-ils, qui ont en commun de conserver leur individualité, leur liberté individuelle, leur droit à être et à exprimer la part la moins communément acceptée par la société, de pouvoir tout dire par la musique, que ce soit d’ailleurs une démarche en soit, ou non. Même quand le rock n’a recours à aucun slogan ni aucune revendications, il reste par essence non pas anticonformiste mais aconformiste, si je peux dire. Je ne suis pas en train de dire que ça implique chaque artiste mais ça me parait être une vision globale, évidente et importante.

    Mais, si pour Künstler, cette musique est avant tout sa corrélation avec des évènements historiques et leurs conséquences, agitations/revendications politiques, pourquoi pas. Ce n’est pas ce qui me semble refléter au mieux la musique que j’aime mais il y a bien sûr une part de vérité, ça fait partie de ce que représente le rock (tout comme ce que disait Emmanuel). Et c’est pas faux non plus de dire que la génération Iphone Mcbook (dont je fais partie..) n’en a rien à carrer de tout ça, voir s’en moque ostensiblement, comme si c’était un truc de boulet de revenir sur cette face là du rock.. Donc j’allais dire que je comprenais pas pourquoi Thibault se foutait de sa gueule à ce point, mais si je vois.

  • Le 17 novembre 2011 à 22:47, par Thibault En réponse à : Superunknown Generation

    Je suis plutôt d’accord avec toi Deborah, mais je pense qu’on peut étendre ce que tu pointes à pratiquement toutes les musiques populaires « médiatisées » et « commerciales » (dans le sens où elles sont dans le circuit de diffusion et de promotion des majors et touchent un large public). Donc, sans nier des spécificités évidentes du rock, c’est le terme de « nature » qui me dérange parce qu’il a une sorte de connotation « puriste » ou exclusive. Au final, pour ma part, je vois davantage le rock comme une sorte de « système », en fait. Le mot est très moche, mais je ne vois pas d’autre expression désigner tous les signes, codes et références qui forment le rock. Après, on peut en dégager des tendances, des lignes, des ambivalences, des contradictions, des formes d’expression, des attitudes, etc, comme tu l’as fait.

    Et oui, le rock est lié à des évènements historiques, certains politiques, mais globalement, c’est quand même une musique qui s’est tenue à l’écart de tout ça. La musique politique et contestataire, c’était le folk, et les folkeux n’aimaient pas du tout le rock ! La critique du rock et de la pop que faisaient les marxistes était très virulente. Et aujourd’hui, on est largement revenu sur la réalité du mouvement hippie. De même, des groupes engagés politiquement contre Tatcher ou Reagan ce sont plus les exceptions que la règle. Même au sein de mouvements plus clairement politisés comme le Krautrock, c’est très difficile de voir un lien entre rock et politique. Enfin voilà, c’est plutôt communément admis que les liens entre rock et politique sont surtout des constructions artificielles et des récupérations par le public, les médias, etc.

    Donc dire que la génération d’aujourd’hui est plus cynique et désintéressée qu’une autre, je ne pense pas. L’après guerre était surtout l’occasion de danser, le Swinging London, c’est un terme éloquent ! Je pense qu’on a toujours l’impression que tout fout le camp, mais globalement, entre les hippies et les jeunes à keffieh d’aujourd’hui, c’est kifkif, ça n’a pas beaucoup changé. Après, ce qui a changé, c’est que les jeunes à keffieh écoutent surtout du reggae, les cons.

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