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Ten Silver Drops

Ten Silver Drops

Secret Machines

par Lazley le 16 novembre 2006

4,5

sorti le 25 avril 2006 (Warner/Reprise)

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Bonsoir à tous, voici la claque de l’année 2006...

Bon, OK. D’habitude, je tergiverse un brin, je la joue « chemins de traverse because faut tenir en haleine gars ! » histoire que le gus tienne le coup, lise le tout et cogite dessus ensuite. Pas besoin de trop ergoter : en général, j’aime pas spécialement jeter au visage d’entrée le fond de ma pensée sur tel sujet rock. Ça fait « soufflet-à-l’orgueil du sieur lecteur », et c’est pas bon pour ma réputation de mitrailleur de formules (ouais, enfin, plutôt le genre de tireur à pester contre sa pétoire, crachotant deux ou trois salves de mots enrayés).

Sauf que là, pardon ! Je voudrais pas la ramener Nostraglandus, et endosser le costard branché du NME (meeeec, mate comme ces godasses guinchent bien sur le nouveau Kooks ! C’est forcément le meilleur groupe du siècle depuis Razorlight !), mais putain, le présent ouvrage est du genre à vous essorer les globules direction le bain d’uranium forcé ! De quoi que je cause ? Naan, s’agit pas du dernier revival « tout droit sorti de... » (complétez avec l’époque de votre choix), ni d’un come-back aux relents de madeleine proustienne made in vieilles gloires (copyright Michael Philip Jagger), mais bien d’une NOUVEAUTÉ, un truc JAMAIS ENTENDU, voyez ? Quelque chose qui, hype ou non, restera dans l’implicite héritage rock’n’rollien, aux côtés du krautrock nerveux, des OVNIS et du songwriting orbital-sans-visage.

Secret Machines, donc. Le genre de patronyme futé, jouant la carte de l’hybride, trop rarement employée depuis les métamorphoses premières du Floyd, ou les odes à l’épine de Sun Dial. Un blaze qui respire l’oxydation, le mercure et l’apprivoisement de comètes. Parce que les frères Curtis (Brandon au chant, basse et claviers, Ben à la six cordes et aux étirements de glotte) et leur allumé de drummer (Josh Garza, grand émule des Liebezeit, Wyatt) se trimballent une masse de sons tesla proprement irréelle depuis leur formation en 2000 à Dallas, Texas et leur émigration vers cette foutue pomme amputée. Pondant un EP (September OOO), et un premier essai-fleuve (l’erratique Now Here Is Nowhere, sorti en 2004), le triumvirat acidulé se taille, comme de bien entendu, une réput’ flippante de carboniseur de tympans à travers tout le pays, serpentant dans les clubs, bars et autres scénes, la jouant Grand Khan psychotronique (on arrive, on vous ruine la peau, on se tire).

Avant de se réunir dès janvier 2005, l’épiderme tanné par la route, dans leur studio new-yorkais, pour se colleter avec de nouveaux sons, bribes d’êtres et autres cratères d’images. Pour à nouveau faire acte de création... Oui, je sais. C’est dur de nos jours de parvenir à donner sens à ce mot pourtant si court, « créer ». Ah, c’est sûr, les candidats ne manquent pas ! Et que je te lance des bastringueries mal foutues ou surléchées prétendûment entraînantes, et que je te squatte les charts avec les tenues appropriées...(et que je splitte au bout de deux albums merdés de bout en bout, mais ça, faut pas le dire, pensez-vous, ça briserait le suspense, et le kid n’aime pas ça, qu’on lui plombe la fébrilité de ses jeunes Idoles Ressuscitant le Mythe, il n’aime pas ça du tout, mec !).
Mais bon, c’est le jeu auxquels se livrent tant de « groupes » depuis des années, j’apprends rien à personne, hein ? (et il se fait tard, vous avez autre chose à glander que de reluquer une page super éclairée qui vous bousille la rétine tout en déblatérant des conneries fort peu constructives alors que vos trois gosses piaillent, que la casserole déborde et que vous avez une tonne de papelards administratifs à remplir, dont cette foutue déclaration que vous avez comme d’habitude laissé traîner jusqu’au dernier moment...)

Bref. Les frères Curtis ne sont pas des shootés à l’aspartam, ni aux Nuggets (paraît que ça fait classe, pourtant). Ils ne se trimballent pas le « look ultime » sixties, et n’ont rien à raconter sur Pete Doherty.
Par contre, au cas où vous seriez demandeurs, ils savent CRÉER. Et pour de bon, avec toute l’implication nécessaire, et cette réquisition de toute pensée, tout songe, tout geste pour la cause de l’assemblage... Les Secret Machines appréhendent d’ailleurs le studio non pas comme un ensemble de bidules complexe et inapprivoisable ( peur affabulée, qui plonge des crétins à la Newcombe dans le recording passéiste au possible), mais bien comme un quatrième membre du groupe, dont il est indispensable de connaître les aléas, les moindres tics. Comme un vieil ami, laissé en jachère pendant une pige de concerts, et qui absorberait au retour, flagellé d’isolation, les tensions, poussières de projecteurs et défilé d’évènements exsudé par les membres du groupe.

Ce halo réassimilé, les Curtis Bros. et El Garza manipulent peu à peu la future charpente de Ten Silver Drops. Et aboutissent à cette chose finement dessinée, à l’architecture épaisse mais nuancée, soutirant à intervalles réguliers des frissons osseux à tout auditeur normalement constitué. Ten Silver Drops, donc. Barbotant dans son packaging vert radioactif, sa pyramide de gouttes argentées, et son contenu lysergique en diable. En parlant de trucs barbotants... Daddy’s In The Doldrums se pose là, savez-vous ? Grosse turbine rampante, clavier sursaturé façon Soft Machine (quand les marionnettistes de l’acier s’hommagent, l’exercice prend tout son sens, croyez-moi !), lignes de chant étirant de force le voyage vers la vôute au lavi bleuté, huit bonnes minutes de prêche zigzaguant rasé de près par ces gouttes de guitare drapées d’écho sauvage... Alone, Jealous & Stoned nous fait le coup, avec un à-propos rare, du manifeste/tryptique/ouverture. Celui des Machines s’avère rempli d’aspérités nacrées, comme un reptile soudain gonflé de sang chaud. Mais, globules à bouilloire ou pas, l’écaillé garde ce déambulement princier, salutaire, transbordé par le barouf de toms rebondissants perpétré par Garza.

De même, I Hate Pretending rend justice à la frappe martyrisante du Josh, sans cesse cavalant vers un hérissement de cymbales gorgé de breaks downers. Du plutonium béni pour les frangins, qui en profitent pour poser des vocaux entrelacés direction l’ailleurs. Dans la grande tradition de rien avant eux, les gus pyramidaux se payent même la tronche de Bowie et des glammsters scotchés à leur piano, et giclent avec I Want To Know une de ces ballades rayée que Robert Wyatt n’aurait pas renié, bourdonnements à profusion, timbre feuillu. 1000 Seconds clôt l’oeuvre sur un recueillement autant éthéré que pluridirectionnel. Mais la perle maximale, le rayonnement Machinéen se trouve totalement incarné en Lightning Blue Eyes, ce single pendulaire taillé pour la course au titre. Comment ça, quel titre ? Bah, celui de « chanson du XXIe siècle, débarrassée des tics révérencieux », brigué par si peu de groupes, pardi ! Comptant intro kdnappeuse, couplets clairsemés de ponts ombrés, double voix coupdeboulant les nuages, faisceau incessant, et refrain gagnant... D’où ce statut ultra rare glané par les Secret Machines, et visiblement raflé sur Ten Silver Drops : celui du nom associé à des colonisateurs de fer, imposant la chaleur humaine des sueurs psychédéliques aux ruguosités les plus glaçantes.

En guise de conclusion, je vous laisse avec la définition de Ten Silver Drops par le groupe himself : « Imaginez la pire chose que vous ayez dite à l’être aimé. À présent se rappelle à vous le moment où vous réalisez que vous ne pouvez pas revenir dessus. Votre estomac se noue ; votre bouche a un goût de métal. Ce qui est fait ne peut être défait. Peu après, vous avez la sensation bizarre que vous n’avez besoin de personne et que vous mourrez seul. »



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Tracklisting :
 
1. Alone, Jealous & Stoned (6’46")
2. All At Once (It’s Not Important) (4’39")
3. Lightning Blue Eyes (5’33")
4. Daddy’s In The Doldrum (8’25")
5. I Hate Pretending (5’17")
6. Faded Lines (5’01")
7. I Want To Know (5’02")
8. 1000 Seconds (5’15")
 
Durée totale :44’78"