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The Bride Screamed Murder

The Bride Screamed Murder

Melvins

par Thibault le 8 juin 2010

2

paru le 1er juin 2010 (Ipecac Recordings)

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Les Melvins restaient sur deux derniers albums enthousiasmants. Eux qui pendant des années n’avaient jamais daigné proposer un « vrai album » esquissaient d’un coup ce qui ressemblaient bel et bien à des tentatives d’œuvres achevées. A bien des égards (A) Senile Animal (2006) et Nude With Boots (2008) montraient un groupe qui s’orientait vers une création complète. Sur le premier on entendait un effort de cohésion, il apparaissait une trame, un fil directeur de morceaux en morceaux malgré une fin assez ratée. Sur le deuxième les Melvins poussaient encore plus loin le songwriting, ajustaient les mélodies et les riffs. Ces deux albums s’imposaient comme la démonstration d’un véritable savoir faire dans le domaine du rock musclé et poilu, rien qui puisse inquiéter Mastodon mais tout de même, du bel ouvrage. On conseille notamment les titres très réussis que sont A History of Bad Men, Suicide in Progress ou The Smiling Cobra.

Ainsi, sur le papier, The Bride Screamed Murder semblait être l’aboutissement de ces deux prédécesseurs. Neuf titres (et on sait combien les albums les plus denses et les plus resserrés sont souvent les meilleurs), même line-up, même équipe technique, même label (tout de même, Ipecac... quelle antre de tarés !), tout cela sentait la continuité propice à l’épanouissement artistique.

« Les mecs, si on devenait des putain d'artistes ? »

« Les mecs, si on devenait des putain d’artistes ? »

Hélas, trois fois hélas, rien de tout cela à l’écoute ! The Bride Screamed Murder balaie tous les efforts précités et offre un foutu album des Melvins comme ils en pondaient quotidiennement dans les 90’s. Entendons bien, ce n’est pas imbuvable, les fanatiques trouveront leurs lot de rythmiques tractopelles, de lignes vocales comico-caverneuses et de riffs sauce Tony Iommi. En revanche ce disque est vain, tout simplement. Quel est l’intérêt pour un groupe installé depuis 30 ans de sortir un opus aussi prévisible, bordélique et mal agencé ? (soit dit en passant il est assez incroyable qu’une telle formation survive depuis si longtemps sans avoir réalisé ne serait-ce qu’un unique album rassembleur, une sorte de « classique » !)

La structure ultra usée face A avec impact direct et punchy / face B lente et « expérimentale » ruine tous les beaux efforts d’unicité d’(A) Senile Animal et ne cache pas un cruel manque d’inspiration... Il n’y a même pas un de ces morceaux tonitruants pour sauver la mise, comme le golemesque Queen de Stoner Witch (1994). Il y a bien quelques trouvailles, des riffs qui cognent avec à propos et de la double batterie qui s’ébroue dans tous les sens (Evil New War God, meilleur titre), des parties vocales originales (I’ll Finish You Off) mais on est en droit d’exiger trois fois davantage d’une formation qui a montré bien plus de potentiel. A ce titre impossible de justifier les mauvaises blagues que constituent la reprise de My Generation des Who ou l’ultra rasant P.G. x 3.

Faut se la coltiner, la bestiole !

Faut se la coltiner, la bestiole !

En somme, un bête gâchis. Il est vraiment dommage que le leader chanteur-guitariste Buzz Osborne s’obstine à verser dans un registre aussi limité étant donné sa palette nettement plus étendue, en témoigne son excellent travail chez Fantômas. Quand il est encadré par un patron directif le Tahiti Bob des cavernes montre qu’il vaut mieux qu’un grizzli mal léché qui tronçonne sans relâche du Black Sabbath... Il n’y qu’à écouter, au hasard, Twin Peaks : Fire Walk With Me pour s’en rendre compte. Il n’y plus qu’à espérer qu’un producteur à poigne choppe l’animal par les testicules, le pose sur un tabouret avec sa guitare, son stylo, son calepin et stricte interdiction de bouger les fesses avant qu’un véritable album ne voit le jour. Sinon on peut aussi patienter jusqu’au prochain Fantômas actuellement en préparation.



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Tracklisting :
 
1. The Water Glass (4’16")
2. Evil New War God (4’48")
3. Pig House (5’29")
4. I’ll Finish You Off (4’57")
5. Electric Flower (3’27")
6. Hospital Up (5’38")
7. Inhumanity and Death (3’03")
8. My Generation (7’39")
9. P.G. x 3 (6’20")
 
Durée totale : 45’37"