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The Return of the Son of Monster Magnet

The Return of the Son of Monster Magnet

Les enfants metal de Zappa

par Emmanuel Chirache, Thibault le 28 juin 2011

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En dépit de son étiquetage étriqué « jazz-rock » ou « intello classico-pop », l’héritage de Frank Zappa ne se trouve pas vraiment chez les adeptes du mimétisme ni chez les très nombreux cover-bands qui reprennent son œuvre avec plus ou moins de déférence depuis sa disparition. En revanche son esprit a contaminé ceux de gamins braillards devenus depuis les adeptes d’un metal bien freaky, inventif, déjanté et plus intelligent qu’il n’y parait. Voici quelques pistes d’écoutes.

Buckethead - Breakfast Cyborg

Jouer au jeu des uchronies n’est jamais très futé, mais s’il y a bien une chose que l’on peut affirmer sans trop craindre de passer pour un couillon, c’est que si Zappa n’avait pas passé l’arme à gauche le 4 décembre 1993, il se serait vraisemblablement acoquiné avec le jeune Buckethead. Planqué derrière son masque et son pot de KFC couvre chef, capable de jouer sur quantité de registres et de provoquer des hallucinations de WTF supersonique tout en paraissant impassible, le shredder est presque inhumain. Son éclosion coïncide avec une période douloureuse de la vie de Zappa : le moustachu est de plus en plus amer et il remplace ses anciens musiciens par des techniciens ou des boites à rythmes et des synclaviers, parce qu’ils ne font pas de fausses notes, eux. En somme, Zappa se retire presque en vase clôt, rongé par une forme d’aigreur dont il ne sortira pas avec son cancer.

Un personnage comme Buckethead aurait à la fois parfaitement épousé les nouvelles préoccupations de Zappa tout en lui apportant une émulation neuve, de l’envie, de l’appétit (c’est très goûtu le poulet bien préparé). L’extrait ci dessus provient de son album Kaleidoscalp, peut être l’équivalent contemporain d’un Shut Up ’N’ Play Yer Guitar !, triple album du moustachu entièrement composé de solos de guitares. Au delà de la débauche de notes, on sent des affinités entre les deux guitaristes, avec un touché qui peut être très raide, très incisif, des compositions surchargées et denses mais qui conservent un certain humour, de la fraicheur, une vivacité qui évite au tout d’être plombé dans un esprit de sérieux appliqué. En tout cas, après Steve Vaï, Buckethead faisait office de candidat parfait en tant que nouvel élève de Zappa.

Devin Townsend - The Mighty Masturbator

Impossible de séparer un extrait de la pièce montée Ziltoid the Omniscient, album au concept totalement zappaïen : Ziltoid, extraterrestre particulièrement omniscient (selon ses propres mots, « I am so omniscient that if there would be two omniscient i would be both »), se découvre une passion pour le café, pur, noir, straight. Il lance un ultimatum à la Terre : les humains doivent lui confectionner la tasse parfaite en moins de cinq minutes terriennes, faute de quoi il cassera tout. Du space opéra comme on l’aime, avec du drame, de l’horreur, de l’hyperdrive, des trahisons. Et featuring le « drumkit from hell » de Meshuggah, s’il vous plait !

Ce serait un sacrilège de découper cette épopée en petits morceaux (mais bien davantage de ne pas la mentionner dans un article consacré au metal zappaïen), l’extrait ci dessus est un titre issu d’un autre album tout frais pondu du mois (Deconstruction, sorte de Who’s Who du metal extrême contemporain), et il a beaucoup de caractère. On ne sait pas trop comment on en arrive là, mais toujours est-il qu’à la fin de ces seize minutes improbables, on se promène dans une parade de carnaval religieux qui s’achève avec un Amen bien émouvant, après être passé par une espèce de rave party cyberpunk. Un peu comme si Mike Patton foutait la merde chez Dream Theater. Les culs coincés qui ne jurent que par Lou Reed vont en recracher leur quatre heure, et c’est tant mieux.

Dream Theater - Beyond This Life.

Un illustre philosophe-rockologue-whiskyphile, le très distingué Brice Tollemer, a solennellement déclaré au sujet de Dream Theater : « L’Art. Du mainstream nazi un peu gay. » Fuck Yeah ! Un groupe qu’il envoie du lourd. Aimer Dream Theater, c’est partager un certain secret, comprendre des choses que le commun des mortels ne peut appréhender. Gouter à une certaine idée de la perfection dans le ridicule, par delà le bien et le mal, comme dans un film de Michael Bay.

On peut aussi, comme une non-moins illustre rockologue distinguée, Vyvy, trouver que « Dream Theater est au metal ce que les Harlem Globetrotters sont au basket ». Dans tous les cas, ce serait terriblement dommage de se passer de l’immense plaisir de tomber sur ce terrifiant pont totalement zappaïen à 8’25, avec ces claviers bourrés à la bière en roue libre en guise de pré-conclusion d’une plongée de ONZE minutes dans la MORT où James Labrie, aka The Man Who Dares Ask Questions, découvre avec effroi, tel un Captain Obvious existentialiste, que « what we’ve been is what we are ». Pas moins. Et en plus les chœurs reprennent le vers dans un ralentissement avec une tendresse un peu fag <3

Que ceux qui ont l’estomac en reprennent une louche avec la version 8-bit, un must.

Fantômas - Page 14

En tant qu’ardent défenseur de la pop pour tous, je n’aime pas du tout l’attitude qui consiste à séparer le champ dit « expérimental » de la musique dans un petit coin propice à un mauvais élitisme, à une masturbation autarcique digne d’un adorateur de 4:33 de Cage. Néanmoins, la musique de Fantômas, en dehors de l’album The Director’s Cut, est délicate à aborder. Non pas à cause d’une folle complexité inatteignable pour le vulgum pecus béotien (ceci dit, de l’aveu de Mike Patton, les morceaux de Fantômas sont quand même très compliqués, durs à jouer et à mettre en place) mais parce qu’elle provoque des sensations très étonnantes.

Comme le dit justement Patton, cette musique peut s’avérer « a pain in the ass ». Son premier album Amenaza al Mundo propose quelque chose de lancinant sur lequel il faut se focaliser, il y a une espèce de déluge instrumental, une exubérance, des enchainements braillards, des sons qui évoquent le grincement sourd d’un vieux plancher, d’autres encore plus rêches et tranchants, des coups de sang plombés par la batterie et la basse, et pourtant tout ceci s’installe de manière insidieuse, sournoise, s’écoule sans heurter de manière frontale mais retient l’oreille de manière obsessionnelle. On a souvent l’impression que les titres de Fantômas anticipent ce qui va se passer, qu’ils précèdent le déroulement des choses. Une musique très radicale, difficile à démêler, dont les nœuds sont très bien exposés dans cet extrait live qui montre aussi la capacité sidérante du groupe à rendre un tel truc viable sur scène. Il faut saluer les caméramans qui ont réussi à capter ce jeu de regard, à saisir les gestes, à équilibrer chaque plan au montage pour un résultat vraiment saisissant.

Infectious Grooves - Monster Skank

Qu’on se le dise, le premier album d’Infectious Grooves sorti en octobre 1991 est une tuerie absolue. The Plague That Makes Your Booty Move... It’s the Infectious Grooves, très méconnu en comparaison avec les mastodontes parus à la même époque comme Ten, Nevermind, le Black Album ou Blood Sugar Sex Magik. Et pourtant, il s’agit d’une sorte de fantasme devenu réalité. Il y a tout dans ce disque : du slapping à la Marcus Miller, la hargne et l’envie d’en découdre, des blagues débiles, des synthés à la Faith No More, un frontman qui rappe/parle/scande/chuchote/chante/faitlecafé, Ozzy « Prince of Darkness » Osbourne en guest, des guitares imposantes, posées avec poids, mesurées, du foisonnement instrumental, de la technique, de l’humour qui fait mal et des tubes, des tubes, que des morceaux parfaits. Une sorte d’idéal de digestion pop, la version épurée du premier Mr Bungle.

Pour preuve, ce Monster Skank qui passe par tous les états avec une aisance incroyable. Le bassiste Robert Trujillo bouffe la bande, propose des idées fulgurantes, un solo à se damner, du grand art. Ce mixeur à influences dont ressort des titres ultra denses mais très concis, redoutables d’efficacité immédiate, évoque forcément le meilleur de Zappa, les albums resplendissants que sont (’), Overnite-Sensation ou One Size Fits All.

Mr Bungle - The Girls of Porn

Un classique. « Okay, all you pus-sucking motherfuckers out there, it’s time to win a chance to butt-bang your daughter’s tight virgin cherry ass to caller #666 » Et Dinah-Moe Humm du moustachu peut aller se rhabiller dans les loges, ici c’est du sérieux. Un riff à la RATM, cet énorme groove funk avec la basse toujours superbe de Trevor Dunn (une brute, on ne le dira jamais assez) et les saxophones salaces sur lequel se dandine Patton avant de se lancer dans un mémorable spoken-word comme l’aurait fait Zappa dans de telles conditions.

Tout le premier album de Bungle est dans cet esprit. Foisonnement instrumental, sens de la punchline qui fait mal, douze idées par mesure, des éclats de notes toujours justes et éclatantes telles celles jouées par Ruth Underwood sur son vibraphone chez le Z, gros riffs metal typiques du début des 90’s et gras comme une giclée de SG/wah wah sur un Dirty Love. Le pire, c’est que ça reste classe en toutes circonstances.



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