Portraits
The Stone Roses : une légende taillée XL

The Stone Roses : une légende taillée XL

par Our Kid le 25 octobre 2005

Alors que Manchester et l’Angleterre sont orphelins de The Smiths, un groupe va réussir en une année à redonner la joie de vivre au royaume et à créer une nouvelle scène musicale, la scène baggy.

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 Retour en studio et réhabilitation

En juin 1993, la bande à Squire se retrouve de nouveau pour enregistrer quelque chose, avec le but de réaliser l’album promis depuis des mois. Cependant, le groupe, à l’instar des Beatles durant les séances d’enregistrement de Let It Be, ne retrouve pas la complicité et les automatismes qui lui avaient permis quatre ans plus tôt de faire souffler un vent de fraîcheur sur le royaume. La coupure d’une année a visiblement désuni les quatres anciens inséparables et c’est en ordre dispersé que les troupes se rassemblent en studio. L’album dispose d’hors et déjà d’un titre, Second Coming, sensé illustré à la fois le retour du groupe et l’avènement d’une nouvelle ère. Les séances d’enregistrement s’étalent dans le temps du fait du nombre de compositions et de la volonté de Squire de fournir aux morceaux une production importante.

Néanmoins, il apparaît que ce qui retarde le plus l’enregistrement de l’album réside dans les relations qu’entretiennent les quatre entre-eux. L’envie, le plaisir et l’amitié ne sont plus là. Chaque membre devient paranoïaque, pas aidé, il est vrai, par la consommation de drogues des différents protagonistes.
Ainsi, pendant ces sessions, Squire consomme énormément de cocaïne tandis que Brown engloutit des montagnes d’herbe. Après les meilleurs amis du monde, on retrouve désormais des individualités s’asseyant dans des pièces différentes du studio avec sa propre pile de « poison » et jouant rarement ensemble. L’obsession de Squire, compositeur de la quasi-totalité des morceaux, est de faire sonner les chansons comme celles de Led Zeppelin, Hendrix ou The Who, ce qui suppose une prédominance des guitares, au détriment parfois des autres instruments. De plus, Squire exige que toutes ses chansons figurent sur l’album.

Ainsi, ce qui procure des tensions chaotiques peut être résumé à travers des propos tenus par Brown en février 1998. Il se souvient que «  ...on a triché avec Reni and Mani. John faisait 17 overdubs de guitares sur certaines chansons, avec la basse et la batterie baissée. Le crime le plus grave est que Mani et Reni n’avaient toujours pas la possibilité de montrer leur talent. Il (nda : Squire) les a volé. Reni avait menacé de quitter le groupe depuis quatre ans déjà. Il voulait le faire juste pour contrarier John, mais il ne voulait pas le blesser. Je ressentais la même chose. »
« J’avais l’habitude de l’appeler Zeus », se souvient le bassiste Mani de Squire. « Pendant qu’il était au sommet du Mont Olympe il pensait sûrement que je travaillais dans une putain d’usine sur son flanc. Il vous jetait un coup d’œil avec un dédain absolu ».
Ian précise également : « Second Coming ne nous a jamais pris cinq ans, ça nous a pris 14 mois ! On a été en procès jusqu’en 92. Et quand on a commencé à enregistrer en juin 93, John ne voulait soudainement plus travailler avec nous. »

En guise d’avant-goût de Second Coming, Geffen publie Love Spreads en novembre 1994. Une intro à la guitare digne des idoles de Squire donne une indication du son adopté par The Stone Roses pour leur nouvelle livraison. D’ailleurs, on jurerait entendre une nouvelle version de Moby Dick ou de Whole Lotta Love de Led Zeppelin. Ce single surprend car il tranche singulièrement avec les disques précédents des Mancuniens, bien que la basse groovante de Mani soit toujours présente tout comme le chant assuré de Brown. Après de longues vacances, comme pour se rattraper, le retour des idoles d’hier est pour le moins « vitaminé » ; le son est plus énorme qu’un buffle gonflé à l’hélium !

Autre indication de l’ambition du groupe, Second Coming est prévu pour sortir le mois qui suit et se mêler à la lutte pour gagner le lucratif marché des fêtes de fin d’année.
Cependant, à la sortie du tant attendu opus, le 10 décembre, le groupe n’est plus vraiment à la mode et, un comble, il est éclipsé par une autre formation de Manchester, largement influencée par le groupe et qui possède un frontman tout aussi charismatique, Oasis.
Second Coming atteint finalement la quatrième place dans les charts, un retour en demi-teinte, certes mais qui se serait transformé à coup sûr en triomphe s’il eût été sorti quelques semaines plus tard. Brown, à sa sortie, en est plutôt fier : « Je pense que Second Coming est un super disque de rock. C’est difficile pour les groupes anglais de faire un grand disque de rock, mais on l’a fait. Mon seul problème était que je ne voulais pas que les gars essaient de copier Led Zeppelin parce que je pensais qu’ils étaient meilleurs que Led Zeppelin. Ça reste toujours un bon disque mais je ne pense pas qu’il ait la pureté du premier. »

En effet, au-delà de sa sonorité d’ensemble lorgnant vers le blues-rock, Second Coming présente des thèmes plus introspectifs, plus graves, où la mort côtoie un certain désenchantement. D’ailleurs, ces sentiments se retrouvent sur la pochette de l’album, d’une noirceur étonnante si on la compare avec celle de The Stone Roses. Des ambiances inhabituelles, voilà de quoi se compose Second Coming : celle idyllique de Breaking Into Heaven et de ses onze minutes où se mêlent chants d’oiseaux et guitare wah-wah, celle bluesy de Driving South et à un degré moindre Love Spreads, celle terrifiante de Begging You menée par une guitare omniprésente et la voix filtrée du chanteur. L’album dispose même de deux perles acoustiques : Your Star Will Shine et Tightrope (avec sa tentative d’harmonies à trois voix). How Do You Sleep et Tears semblent constituer les morceaux les plus réussis de ce double album, en tout cas, ceux où les éléments caractéristiques des quatre semblent cohabiter le mieux avec le son d’ensemble de Second Coming.
C’était prévisible mais la presse adhère difficilement à cette livraison du groupe, car désireuse de la comparer avec son formidable album éponyme, ce qui irrite ses membres.
Mani : « Je pense que certaines personnes espéraient quelque chose qu’elles ne trouveraient jamais dans cet album. Elles cherchaient quelque chose de similaire au premier album mais on ne voulait pas devenir U2 et sortir le même album quatre fois. Ce n’est pas vraiment important ce qu’en pensent les media. Ce qui est important pour nous, c’est ce que pensent les gens dans la rue et tous ont été assez positifs. »



[1Références bibliographiques :

  • Magazines : Q Magazine, Loaded, New Musical Express
  • Ouvrage : From Joy Division To New Order : The True Story Of Anthony H Wilson And Factory Records de Mick Middles, ISBN 0 7535 0638 6

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