Portraits
The Stone Roses : une légende taillée XL

The Stone Roses : une légende taillée XL

par Our Kid le 25 octobre 2005

Alors que Manchester et l’Angleterre sont orphelins de The Smiths, un groupe va réussir en une année à redonner la joie de vivre au royaume et à créer une nouvelle scène musicale, la scène baggy.

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 Festival de Reading 1996 : la fin du groupe

Ce concert est également l’occasion de présenter à la presse le nouveau guitariste, Aziz Ibrahim, une connaissance de Manchester qui vient compléter l’orchestre qui devient dès lors un quintette. La conférence de presse qui précède leur prestation se transforme rapidement en règlements de compte entre Brown, Mani et leur ancien compère Squire dont l’ombre plane sur ce festival. C’est au tour de The Stone Roses de monter sur scène ce dimanche 25 août pour ce qui s’apparente à un Third Coming.

À l’arrivée du groupe, les hurlements extatiques de la foule se font sentir, comme à l’accoutumée. La magie semble flotter dans l’air lorsque Brown se présente majestueusement sur le devant de la scène. Puis la ligne de basse de Mani sur I Wanna Be Adored surgit, faisant son effet habituel ; le groupe est bel et bien de retour... mais quelque chose de terrible se produit soudainement. Ian Brown commence à chanter. Et là, non seulement le public se retrouve en face d’un chanteur pas du tout dans le ton mais, de plus, il ne semble pas heureux d’être présent, comme vidé d’émotions. Il en devient même horrible. Où est passé le Brown shamanique et sexy qui faisait vivre la scène durant les concerts précédents ?

« Il y avait plein de gars qui se marraient de sa voix et plein d’autres personnes tristes », se souvient John Robb de Gold Blade. Le concert se termine toutefois et l’on put apprécier la performance du guitariste Ibrahim, même s’il ne remplace pas, évidemment, Squire. Le public, les fans et la presse sont unanimes sur la performance de ce soir : « un désastre », « The Stone Roses sont devenus un ‘comic tribute band’ », John Peel, célèbre DJ, parle même de « karaoké ». Les autres groupes comme Ash, se souviennent d’une performance « terrible » avec un son « affligeant ».

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de gauche à droite : Brown, Ibrahim, Mani, Madix et Ipinson

On le voit, l’ambiance n’est pas au mieux au sortir du festival et, bien que leur nouveau manager parle du retour des cinq en studio, il apparaît que Reading demeure l’ultime prestation scénique du groupe et que, aussi étrange que cela puisse paraître, c’est sur I Wanna Be Adored que Brown a été victime des railleries du public. Finalement, les critiques, les départs et une certaine lassitude signèrent l’arrêt de mort de The Stone Roses et des rumeurs envisageaient même un départ de Mani pour Primal Scream, ce que confirmera Ian Brown personnellement, trois semaines plus tard, le 29 octobre à travers un communiqué, immité en cela par le bassiste. Les propos de Brown sont explicites : « Après avoir passé les dix dernières années dans le business le plus pourri du monde, c’est un plaisir d’annoncer la fin de The Stone Roses (...). »
Quant à Mani, il précise : « Après de multiples spéculations, j’ai décidé, en accord avec Ian Brown, qu’il était temps de refermer la saga des Roses. Je vais rejoindre Primal Scream (...) »
Après ces ultimes déclarations, les ex-membres se tairont pendant plus d’un an, le temps de digérer cette sortie de route et cette tragédie.

À cette époque, Squire forme un groupe, The Seahorses et s’apprête à enregistrer une poignée de chansons dont un probable single. De leur côté, Brown, Maddix, Ibrahim et Ipinson se retrouvent pour travailler sur des chansons de leur chanteur dans le but d’enregistrer un album solo. Quant à Mani, il enregistre également avec la bande à Bobby Gillespie.

Interrogé début 1998 sur les derniers jours du groupe, alors que ses enregistrements s’achevaient et qu’un single, My Star, était disponible, Brown admit que « les prestations vocales à Reading étaient terribles. Mais à l’époque, tout ce que je voyais étaient des bras en l’air et 60.000 visages souriants, donc j’étais heureux » et ajoute que ce qui a causé la perte du groupe, c’était « l’argent et la coke ». En février sort le premier album solo de Brown, Unfinished Monkey Business, un album original avec de très bonnes mélodies, des expérimentations sonores un peu folles, auxquelles ont participé Mani, Ibrahim, Maddix et Ipinson. Sur Can’t See Me, on retrouve même Reni à la batterie ! Mani parle, enthousiaste, de ce premier opus solo comme d’un « retour au style traditionnel des Roses, comme le premier album. Ian laisse les chansons parler d’elles-mêmes ».

Pendant que le travail de Brown est apprécié, à juste titre par la presse britannique, Squire et ses Seahorses sont, au contraire, démolis par la critique après quelques singles peu inspirés où l’omniprésence du guitariste conduisait le groupe à ne pas jouer. Squire saborda logiquement son groupe après la parution d’un album, Do It Yourself en 1997 et s’est fait des plus discrets depuis.

Le batteur Reni, bien que revenu en studio avec Brown, a depuis raccroché ses baguettes et se consacre à sa vie familiale. Mani fait toujours partie intégrante de Primal Scream et sort régulièrement de bons albums avec les Ecossais. Parallèlement, c’est également un « guest » de choix que l’on retrouve notamment sur l’album Scorpio Rising de Death In Vegas. Brown, de son côté, publie régulièrement des œuvres solo même s’il avoue prendre son temps.

Presque dix années se sont écoulées depuis les derniers méfaits de The Stone Roses et une génération de musiciens, tels les frères Gallagher d’Oasis, réclament aujourd’hui ouvertement une reformation du groupe, semblable à celle qui a réuni The Stooges, Pixies, voire Bérurier Noir. Il semblerait que l’idée ne serait pas pour déplaire à Brown. Mani et Reni répondraient présents au moindre coup de sifflet. Reste Squire. La rancœur qui a suivi son départ et son attitude l’ont éloigné de ses anciens compères depuis bientôt dix ans. Acceptera-t-il de jouer de nouveau dans un groupe qu’il a quitté ? Rien n’est moins sûr. Mais avec The Stone Roses, la jeunesse éternelle a une signification. Sa musique n’a, en effet, pas pris une ride et qu’on se rassure, ils seront toujours « the resurrection ».

 [1]



[1Références bibliographiques :

  • Magazines : Q Magazine, Loaded, New Musical Express
  • Ouvrage : From Joy Division To New Order : The True Story Of Anthony H Wilson And Factory Records de Mick Middles, ISBN 0 7535 0638 6

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