Portraits
The Warlocks, héros manqués

The Warlocks, héros manqués

par Oh ! Deborah le 5 mai 2009

Trop rock’n’roll pour être vrai ? Pas toujours. Quelque part, en Californie, une vingtaine de personnes se sont concertées, disputées, trahies, séparées... Aujourd’hui il n’en reste plus que cinq. Ils se fichent de tout et même d’eux-mêmes. Leur union est mince mais leur musique est volumineuse, pleine, entière, clairvoyante dans les ténèbres.

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 La routine improbable du rock’n’roll

Pendant de longues années, les membres du groupe ne se voyaient que pour la musique. La situation était déjà tendue lors de la tournée de Rise And Fall mais devient catastrophique avec celle de Phœnix, en 2003. Ils débutent avec douze dates au Royaume-Uni puis retournent aux États-Unis en compagnie d’Interpol dont le batteur viendra se joindre aux deux autres lors d’un concert. Lorsqu’ils tournent à Los Angeles, c’est dans l’hostilité, la crainte de passer inaperçu et de voir finir le concert en émeute. Lorsqu’ils parcourent des contrées inconnues, la tension et le sentiment d’incertitude voire d’échec dominent l’environnement instable et étrangers des pubs lugubres. On a tendance à n’y croire que dans les films et l’imagination. Malheureusement, rien est sublimé ni extraordinaire dans cette réalité qui a bien lieu. Aucune communication et amitié ne réunit le groupe. Aucune montée d’excitation, rien que des drogues pour essayer de ressentir et des soirées pleines de solitude. Entre temps, Bobby compose de nouvelles chansons. Chaque soir, le groupe traverse le plancher d’une salle dont il ne se souviendra jamais. Chaque soir, il branche son matériel mécaniquement, avec nonchalance non calculée. Les Warlocks n’ont alors presque personne pour les regarder. Pour les acclamer comme il se devrait. Bobby avouera que « Plus le temps passait et plus nous nous comportions comme des Zombies ». Corey est quelqu’un d’impulsif, Bobby est plutôt réservé et quelques peu égocentrique. Et puis un jour, tout le monde se lâche : disputes, bagarres, menaces de mort, départ de Laura...à l’image de leur musique sous haute tension, « capable d’exploser à tout moment ». Corey avouera : « Bobby est difficile, il est complètement bipolaire, et c’est vraiment usant, tu vois, d’essayer de s’amuser et de ne pas penser à qui, ici, devient un connard ». Heureusement, les membres du groupe se sont remis en question pour préserver leur chansons qui se font pourtant dans une harmonie particulière et une unité salutaire. Celle qui fait les grands groupes. En avril 2003, ils retournent en Angleterre pour quatorze dates puis se produisent aux festivals de Reading et Glastonbury. On retrouve ensuite les Warlocks dans de nombreux magazines comme le NME, mais le public reste restreint et peu enthousiaste lors des concerts (excepté au festivals.)

Heureusement, certains endroits sont plus accueillants que d’autres. Lors de cette tournée, ils ont touché beaucoup de gens à Fillmore. Danny Hole pense qu’il n’y a pas de raison que des groupes viennent s’installer ou jouer plus fréquemment à L.A par exemple. « Tu peux être un super groupe au milieu de nulle part ». En live, lorsque les circonstances techniques sont là, le groupe dégage une puissance ainsi qu’une précision stupéfiante. Ensuite, il faut que le public s’en rende compte. Et on ne sait pas ce qui fait qu’un groupe réussira plus dans un endroit qu’un autre. Les Warlocks sont tous musiciens depuis de nombreuses années. Ils saisissent l’essence divine de leurs chansons. Et sur scène, c’est de manière stoïque qu’ils encaissent leurs décibels pourtant rédempteurs. C’est avec tension qu’ils donnent le meilleur d’eux même et cherchent à émouvoir, l’air de rien, leurs fans transportés dans ces filets sonores d’une beauté rare. Certains morceaux peuvent durer, comme sur les albums, entre cinq et douze minutes, mais elles ont le pouvoir de maintenir l’auditeur en éveil, même si c’est dans un état second. Et lorsque Danny Hole affirme « je sais que les chansons longues évoluent bien lorsque je peux me perdre dans leurs transes hypnotiques », on le croit sur parole. Toutefois, « les chansons ont une structure (même celle qui n’en finissent pas) et soit tu gardes le rythme, soit tu dévies, du moment que ce n’est pas ennuyeux et que tu emmènes les gens dans différentes directions. Il y a un sentiment, une intuition et un équilibre entre nous tous... Les chansons longues créent une atmosphère et essaient de maintenir le public autant que moi- même dans un voyage sur toute la durée » Ce qui intrigue tout le monde, c’est son jeu de batterie identique avec celui de Jason. Ainsi, la dynamique des Warlocks est plus lourde, plus constante, et selon Danny, la synchronisation se fait à l’oreille. Le but de Bobby sur scène ? « Tout ce qui m’intéresse c’est de donner le meilleur pour les Warlocks. Je veux toucher les gens. S’ils sortent d’un de nos concerts en ressentant quelque chose ou simplement en faisant l’expérience d’un sentiment nouveau, alors nous aurons réussi quelque chose. Nous sommes passés par une phase chaotique et aujourd’hui enfin, notre destin est entre nos mains... » Voici ses mots avant de partir en tournée en compagnie des Raveonettes en juillet 2003 puis en septembre avec leurs amis du BRMC pour quatorze dates. La tournée s’achève en Europe avec notamment quelques dates en France (leurs premières), deux dates en Espagne avec les Kings Of Leon et une dernère date à Londres. A la fin de l’année, les Warlocks auront tourné intensément pendant trois ans. Bobby s’effondre d’épuisement et doit se faire hospitaliser pour une infection à l’oreille. « les docteurs m’ont dit que s’ils m’avaient vu deux jours plus tard, je perdais l’audition de manière permanente ».



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