Portraits
The Warlocks, héros manqués

The Warlocks, héros manqués

par Oh ! Deborah le 5 mai 2009

Trop rock’n’roll pour être vrai ? Pas toujours. Quelque part, en Californie, une vingtaine de personnes se sont concertées, disputées, trahies, séparées... Aujourd’hui il n’en reste plus que cinq. Ils se fichent de tout et même d’eux-mêmes. Leur union est mince mais leur musique est volumineuse, pleine, entière, clairvoyante dans les ténèbres.

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 La musique brille dans le noir

Composé pendant les tourments, le brillant et troisième album Surgery, est enregistré dans divers studios de L.A dès janvier 2004 avec le producteur Tom Rothrock (Beck, Elliot Smith, Coldplay). Le line-up change encore : Danny Hole, batteur depuis le départ, quitte le groupe et se voit remplacé par Robert Thomaso Mustachio. Quant à Bobby Martinez, bassiste sur Phœnix, il est remplacé par Jenny Fraser, grande brune ténébreuse. Comme avant, les autres membres sont : JC Rees (guitare), Corey Lee Granet (guitare), Laura Grigsby (tambourin, orgue), Jason Anchondo (batterie) et Bobby Hecksher (chanteur et guitariste). L’album est publié sur Mute Records et sort l’été 2OO5.

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Bobby Hecksher

Bobby affirme que « Le but de cet album était de créer du rock’n’roll hybride, je voulais que l’album sonne plus grand, plus entier, plus malade qu’avant. En même temps, je voulais aussi refléter ce que j’ai toujours aimé : Sonic Youth, Spacemen 3, Adam And The Ants. Je suis si fier de cet album. J’ai l’impression d’être à des millions d’années de ce que les autres groupes font ». Ce qui n’est pas totalement faux, à l’exception de quelques tournures, comme celles de Gypsy Nightmare qui peuvent faire penser à Interpol. Si ce disque est en fait plus accessible et un peu moins original que les autres, il est aussi plus mélancolique, voir presque dépressif et n’en demeure pas moins psychédélique. Sa pochette remarquablement belle est ornée de petits couteaux volants blancs sur fond noir et rouge. Elle fait penser à un espèce d’enfer fantastique, un conte sordide, qui répond à cette musique à la fois rose et noire. Les textes sont très introspectifs, plus soignés que ceux de Phoenix et donnent le frisson dès le premier refrain du disque : « Come save us... from ouselves ». La voix y est plus écorchée mais aussi plus lumineuse et chante des textes sur la faiblesse, l’angoisse et l’amputation de l’âme. L’album regorge d’hymnes gigantesques qui comptent parmi les meilleurs chansons jamais écrites par le groupe : les singles It’s Just Like Surgery, Come Save Us, mais aussi Thursday’s Radiation, sans parler des superbes slows tel que The Tangent, Avobe Earth ou Suicide Note. « Cette chanson, c’est moi, à la fin : les adieux, le haut de la falaise, marchant sur une planche, le dernier pas sur terre » (Bobby Heksher). Malgré ce coté désespéré, c’est avec espoir et enthousiasme que les Warlocks partent en tournée pour promouvoir ce touchant Surgery. Les Warlocks affirment toujours exercer des jobs pour subvenir à leurs besoins. Bobby et JC travaillent ensemble dans des magasins de guitares et Laura conceptualise des vêtements. Ils ne joueront que quelques dates fin 2004, s’en suit quelques mois de tournée Américaine en 2005 avec notamment Brian Jonestown Massacre et Gris Gris, et terminent par l’Europe. Pour ma part, c’est à Manchester que je les retrouverai, pour un des meilleurs concerts qu’il m’ait été donné de voir.

Le 5 novembre 2005, peu de gens ce soir à l’Academy 3 sont présents pour accueillir un des meilleurs groupes de ces dernières années. Ce groupe porté par une voix planante et donnant l’impression de nous délivrer un message à chaque syllabe. La voix d’un nécromant, se confondant à merveille avec la musique fuligineuse de Rise And Fall ou Phoenix, et qui se révèle plus rafraîchissante dans Surgery.

Ici, l’ampleur du son ne dépend pas du volume auxquels les instruments sont réglés mais bien du nombre (trois guitares, deux batteries, une basse, un clavier) et de la volonté à créer une osmose psychédélique grâce à un jeu claire-obscure et superbement mis en place. Le son des Warlocks comporte un caractère épais et nasillard très délicat à reproduire en live sans qu’il nuise aux précieuses mélodies. Heureusement, la limpidité su son ce soir nous permet d’admirer leur ingéniosité ainsi que la correspondance de leurs sept instruments. Ils envoient leurs chansons rock’n’roll (Dope Feels Good) pour mieux nous élever dans des montées belles et bien douloureuses (Cosmic Letdown), intemporelles (Come Save Us) ou nous plonger dans des atmosphères oppressantes et personnelles. Non pas une descente mais une ascension en enfer (Thursday’s Radiation). Un set envahi de résonances bariolées et parfois sales mais bien dosées, jamais brouillons. Le groupe nous interprète un condensé de toutes leurs chansons dans un endroit très intimiste où se marient lumières bleues foncées et rouges moite, et où la froideur des premiers instants laisse place à une ambiance fiévreuse et velvetienne.

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Bobby Hecksher et Jenny Fraser

La petite salle est loin d’être remplie (environ 80 personnes), et le groupe maudit ne cache pas son sérieux en restant immobile et concentré. Attitude qui porte leur musique écrasante cependant pleine d’émotions. Cela n’empêchera pas Bobby d’esquisser quelques sourires et de distribuer modestement des bières à tout le monde avant d’entamer un rappel brillant, une lueur incertaine au bout de leur spirale sans fin. La musique et ses créateurs ne font désormais plus qu’un et les Warlocks nous prouvent qu’ils n’ont rien à envier aux Dandy Warhols (à part peut être de la reconnaissance) et que, malgré leur réputation, ils ont bien plus foi en leurs chansons qu’en leur image cliché de drogués. Peu de fans mais beaucoup de connaisseurs nostalgiques (parfois d’un certain âge) ont sans doute été subjugués par leur prestation habitée qui nous laisse le sentiment d’avoir partagé un moment très privilégié, un moment inoubliable. Un choc qui me décide dès la sortie du concert de retourner les voir a Leeds deux jours plus tard.



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