Portraits
The Warlocks, héros manqués

The Warlocks, héros manqués

par Oh ! Deborah le 5 mai 2009

Trop rock’n’roll pour être vrai ? Pas toujours. Quelque part, en Californie, une vingtaine de personnes se sont concertées, disputées, trahies, séparées... Aujourd’hui il n’en reste plus que cinq. Ils se fichent de tout et même d’eux-mêmes. Leur union est mince mais leur musique est volumineuse, pleine, entière, clairvoyante dans les ténèbres.

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 Une expérience douloureuse

A entendre Bobby en 2003, suite aux conflits de leur dernière tournée, « la tempête est passée, j’espère qu’elle ne ressurgira jamais ». Il paraît aussi que le groupe a plus de succès en Angleterre qu’aux Etats Unis. Pourtant nous sommes le 7 novembre 2005, lorsque des moments de détresse dissimulée et semblable à ce que Bobby racontait en matière de zombies se confirment sous mes yeux affligés lors de leur passage à Leeds, ville austère et sans réelle personnalité. Un après midi de vent polaire m’a coupé les jambes avant que je me rende dans le pub triste de l’université. Etrange ambiance de calme blanc, de néant aseptisé. Il est 16h30, et c’est bien là sept visages avachis et désespérément vides devant cinq personnes indifférentes (en comptant le barman) dont il est question. Chacun reste de son coté, fait son job. Bobby à des traits épuisés, des désillusions dans les yeux, un passé lourd sur les épaules et de la classe dans son allure. Il y a là Dead Combo, osons dire qu’il porte bien son nom. Il s’agit de deux mecs assurant la première partie des Warlocks en bidouillant des sons indigestes, un croisement entre Suicide et Tata Yoyo. Le leader est du genre loser tatoué au chapeau Texan et raconte des blagues douteuses dont les chutes provoquent autant de réactions qu’un courant d’air.

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Bobby Hecksher

Le concert des Warlocks se fera sans ingénieur du son dans une acoustique défectueuse. La scène étant trop petite, Corey devra jouer au même niveau que les spectateurs peu nombreux, caché par un poteau. Le show se terminera au bout d’une heure dans la déchéance la plus totale avec un Bobby au bord de la crise de nerfs. On espère que cette journée est bien la pire de leur tournée, pour ne pas penser aux autres. On en doute. On se rassure car deux jours avant, à Manchester, même si l’ambiance n’était pas moins morose, le set rendait presque concevable l’idée de perfection, et la prestation était belle à pleurer. En attendant, ce jour là, le temps est long comme il ne l’a jamais été.

La tournée s’achève huit jours plus tard au Danemark. Ensuite, les Warlocks ont tourné un mois et demi avec The Sisters Of Mercy début 2006. Après une période sans nouvelle du groupe, on apprend en septembre 2006 que Bobby s’est fait cambrioler la plupart de son matériel (toutes ses guitares, des synthés, des tables d’enregistrement...) et ses affaires de compositions (dix années de textes, de notes diverses, de compos...). « Mon appartement est pratiquement détruit », dit-il sur myspace. Début 2007, Bobby se remet à l’écriture et les Warlocks, désormais plus que quatre (départs de Corey Lee Granet, JC Rees et Laura Grigsby...), vont sortir en octobre 2007 leur quatrème album intitulé Heavy Deavy Skull Lover, le plus sombre de la discographie. Alors que le groupe change de label pour un plus petit (Tee Pee Records), Bobby se réfugie dans une attitude obstinée, affirmant avec aplomb à un journaliste qu’il se fout bien de ce que les critiques penseront de son nouvel album tout en manifestant son dégoût pour la presse et certains groupes indés actuels.

Après une longue pause entrecoupée de concerts (pour la plupart aux Etats-Unis), les Warlocks reviennent au nombre de cinq (JC Rees est revenu et Jenny Fraser est remplacée par une nouvelle bassiste) et sortent le 14 mai 2009 leur cinquième album intitulé The Mirror Explodes, plus apaisé mais toujours très mélancolique, avant de venir sur la scène de la Maroquinerie à Paris, le 10 juillet 2009.

 Principes et fatalisme

Malgré des tournées conflictuelles, on dirait que les Warlocks sont tout ce qu’ils possèdent. JC disait un jour « Je n’ai pas de chez moi. L.A me manque de temps en temps mais tous mes amis sont là, dans le bus avec moi ». Bobby garde une bonne estime de ses partenaires. Il avoue leur devoir beaucoup et être dans l’incapacité de vivre sans The Warlocks, ce groupe cher qui se manifeste, dans tout les cas, comme une chance dans sa vie. Après d’incessants changements de line-up, Bobby reste le sorcier tout puissant, celui qui peaufine les recettes mélodiques et invente le son des Warlocks. Ce compositeur maniaque et accompli concurrence ses aînés, sans tricher. Cependant, il reste très évasif quant à ses méthodes de compositions et souhaite entretenir le secret de sa pâte maléfique. Il est autonome et plusieurs jours peuvent passer sans qu’il ne sorte de son local où il est enfermé, à triturer son écriture suscitée par son souci, sa paranoïa. Son but se trouve dans les conséquences immédiates de sa musique : « Je veux susciter des réactions extrêmes avec ma musique : sexe, drogues, meurtres... ». Cette musique est fermentée dans les méandres de tout ce qui ne peut toucher au quotidien. Il faut se faire violence et sortir des contextes normaux pour écrire au sein des Warlocks. Il faut totalement oublier sa vie personnelle et tout le reste. Il faut donner son existence pour n’en ressortir que des maux, moteur de la belle musique. Bobby ajoute : « Je veux surtout que la musique nous rende un jour ce que nous lui avons sacrifié ». C’est tout le bonheur que nous leur souhaitons.

Les Warlocks sont beaux. Peut-être aussi qu’ils sont les derniers survivants du rock’n’roll. Selon Corey « Si tu es persévérant, que tu rencontres les bonnes personnes et que tu fais de la bonne musique, tu te construiras un public ». Il semblerait que pour les Warlocks, malgré un talent certain, des années de tournées et d’élaboration sonore, le succès fait défaut. Peut-être que le groupe est bien trop louche. Ou alors, qu’il n’a pas l’insouciance exigée actuellement. Peut-être y a-t-il trop de divergences entre les membres. Peut-être que le projet Manson pour hippies diaboliques appartient au domaine du rêve. Mais tout ça, Bobby le sait depuis longtemps. Parce que lorsqu’on tisse les mystérieuses ficelles d’un culte, on l’obtient lorsque tout est fini.



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