Portraits
These Charming Smiths

These Charming Smiths

par Aurélien Noyer le 25 mai 2010

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The Smiths en live : Morrissey se prendrait-il pour Iggy Pop ?

Sur ses entrefaites, les problèmes avec Rough Trade étant réglés, l’album The Queen Is Dead peut enfin sortir le 16 juin 1986. Et il fait d’emblée l’unanimité des fans et de la critique. Tous crient au chef d’oeuvre. Produit par Morrissey et Marr, aidés du fidèle Stephen Street, il est beaucoup plus uniforme et cohérent que Meat Is Murder. Avec sa pochette d’Alain Delon dans le film L’Insoumis [8], il reste fidèle aux marottes de Morrissey : The Queen Is Dead, titre particulièrement explicite qui ouvre l’album, l’amusante Vicar In A Tutu qui raille la religion, Cemetery Gates où Morrissey cite Wilde pour répondre à ceux qui l’accusaient de plagier ses auteurs préférés. Au passage, une nouvelle cible fait son apparition dans la ligne de mire du chanteur, puisque Frankly, Mr. Shankly est une lettre de démission d’un ouvrier à son patron qui cache quelques petites piques en réalité destinées à Geoff Travis. On retrouve également l’humour mordant de Morrissey dans Bigmouth Strikes Again ou Some Girls Are Bigger Than Others. Grâce aux arrangements somptueux de Johnny Marr, toutes les chansons sonnent comme des bijoux de pop ciselées, qu’elles soient énergiques comme Bigmouth Strikes Again et Frankly, Mr. Shankly ou plus nostalgiques à l’instar de There Is A Light That Never Goes Out ou I Know It’s Over qui bénéficie sans doute du meilleur tour de chant jamais enregistré par Morrissey. Le guitariste tisse autour de chaque chanson des réseaux de guitares acoustiques, soutenus par des riffs électriques particulièrement accrocheurs et surtout par la rythmique implacable de Rourke et Joyce. L’album se hisse très rapidement à la deuxième place des classements et reste encore pour beaucoup de fans le meilleur album des Smiths. La tournée qui suit est également triomphale et se termine en octobre 1986. Les Smiths peuvent alors passer à la suite de leur histoire.

 This Band Ain’t Big Enough For Both Of Us

L’année 1987 commence plutôt bien avec la sortie d’un nouveau single, Shoplifters Of The World Unite dont le titre reprend la dernière phrase du Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx (« Ouvriers de tous les pays, unissez-vous »), la transformant en « Voleurs à la tire de tous les pays, unissez-vous ». Du pur humour made in Morrissey, reconnu comme tel par les fans puisque le single atteindra la douxième place. Et bien que la nouvelle compilation de singles et de face B se nomme The World Won’t Listen, elle se classe 2e. Il faut croire que le monde a écouté... Parallèlement, une sorte de version alternative, augmentée de chansons plus anciennes, de cette compilation sort dans le reste du monde. Normalement prévu pour le marché international, Louder Than Bombs finira par sortir également en Angleterre suite à la demande des fans.

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Les Smiths jouent Shoplifters Of The World à Top Of The Pop... Le début de la fin ?

Et pour ce qui est d’un véritable nouvel album, les Mancuniens y travaillent... ou presque. Car l’ambiance au sein du groupe vire à la franche hostilité entre Morrissey et Johnny Marr. Le guitariste, fasciné par l’électro et les nouvelles sonorités synthétiques, souhaiterait expérimenter et ouvrir de nouveaux horizons à la musique des Smiths alors que Morrissey reste inflexible, arc-bouté sur ses positions et son esthétique sixties qui commencent à sérieusement agacer Marr. En outre, l’attention dont bénéficie Morrissey dans les média le pousse à considérer les Smiths comme SON groupe [9]. Aussi voit-il d’un mauvais oeil les divers collaborations de SON guitariste avec d’autres artistes. C’est donc peu dire que l’enregistrement de l’album « Strangeways, Here We Come » a été tendu. A tel point que les deux musiciens ne se sont quasiment pas croisés dans le studio, chacun enregistrant ses parties indépendamment de l’autre. Et pourtant, contre toute attente, le résultat est une fois de plus excellent. A tel point que l’album restera le préféré de chacun des quatre musiciens, et à l’écoute, il est facile de comprendre pourquoi.

« Strangeways, Here We Come » bénéficie d’arrangements beaucoup plus riches que ceux des précédents albums. Dès la première chanson, on entend un synthétiseur, chose impensable auparavant... Et dans la chanson suivante, c’est carrément une boite à rythme qui fait son apparition !!! Alors certes, on trouve quelques innovations soniques dans cet album, mais pas de quoi décoiffer un Morrissey. L’ensemble reste assez proche du style The Smiths, les arpèges de Marr et la voix un peu maniérée de Morrissey sont toujours là, les titres étranges (Death Of A Disco Dancer et Girlfriend In A Coma) aussi. Mais l’ensemble sonne comme une profonde avancée dans la discographie des Smiths et les arrangements d’un morceau comme Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before tranchent radicalement avec le reste de la production des Smiths. A vrai dire, c’est peut-être le seul morceau de leur discographie qui sonne réellement années 80, c’est-à-dire qui souffre des mauvaises habitudes de production de ses années maudites. Heureusement, son successeur direct, l’incroyable Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, est tout simplement renversant, la longue intro au piano suivie de l’attaque au synthé pour annoncer la guitare et le chant, élégiaque au possible. Et il m’est impossible d’évoquer cet album sans parler de Girlfriend In A Coma... Sans doute, le titre le plus drôle des Smiths qui oppose la musique sautillante du groupe au chant légèrement goguenard de Morrissey qui essaie de convaincre son auditoire que « Girlfriend in a coma, I know, I know, it’s serious », mais lui-même ne semble pas en être persuadé. En définitive, cet album aurait fait un excellent album de transition vers autre chose si le groupe n’avait pas été déjà séparé lorsqu’il parut.



[1Dramaturge et scénariste britannique, elle fut révélée par sa pièce A Taste Of Honey.

[2Interview parue dans Les Inrockuptibles en septembre 1987

[3Célèbre DJ de la BBC qui révéla des groupes aussi variés que Pulp, The Jesus And Mary Chain, The Undertones, The Fall et bien d’autres

[4Interview parue dans Sounds en novembre 1983.

[5Interview parue dans Les Inrockuptibles en septembre 1987

[6Grâce à la version de Love Spit One (très proche de l’originale) qui illustra le générique de la série télé Charmed

[7Supergroupe formé par Gob Geldof dans le but de lever des fonds pour combattre la famine en Ethiopie et responsable de l’atroce single Do They Know It’s Christmas ?

[8Voir à ce propos l’article

[9Au cours du procès opposant Mike Joyce et Morrissey en 1996, ce dernier aurait décrit le batteur et le bassiste des Smiths comme « De simples musiciens de session, aussi facilement remplaçables que les pièces détachées d’une tondeuse à gazon »

[10Interview parue dans Record Collector en décembre 1992

[11Interview parue dans Les Inrockuptibles en septembre 1987.

[12Sources :

MAGAZINES

  • les Inrock 2 (hors-série sur Morrissey & The Smiths)

SITES WEB

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