Portraits
These Charming Smiths

These Charming Smiths

par Aurélien Noyer le 25 mai 2010

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 The Smiths Is Dead

Une séparation qui semble inévitable, car durant tout l’enregistrement, les tensions entre Morrissey et Marr n’ont fait qu’empirer, pour trouver leur paroxysme sur des sujets qui semblent dérisoires, mais poussèrent néanmoins le guitariste à claquer la porte du groupe. En effet, d’après une interview donnée par Johnny Marr en 1992, le motif de la rupture fut l’insistance de Morrissey pour que le groupe enregistre une reprise de Work Is A Four-Letter Word de la pop-star 60s Cilla Black. Marr avait déjà accepté à contre-coeur d’enregistrer une reprise de la chanteuse Twinkle, une autre idôle de Morrissey. Mais Cilla Black fut la goutte d’eau et Marr quitta le groupe en août 1987, arguant qu’il « n’avait pas formé un groupe pour jouer des chansons de Cilla Black » [10]. Suite à ce départ, Morrissey chercha vainement un autre guitariste pour remplacer Johnny Marr mais déclara rapidement que les Smiths sans Johnny Marr n’avaient pas de sens... Et ainsi, lorsque sortait « Strangeways, Here We Come » le 28 septembre 1987, le groupe n’existait déjà plus...

JPEG - 9.5 ko
Viva Hate de Morrissey : pour un album sensé parler de la séparation des Smiths, le titre est très explicite...

Sans que cela signe pour autant la fin de la vie musicale de ses membres. Mais même si les quatre Smiths séparés ne restèrent pas au chômage, il n’y en eut qu’un qui sut réagir et se lancer dans une véritable carrière. Six mois après la séparation, Morrissey sortait son album solo, Viva Hate enregistré avec le fidèle Stephen Street. Un album qui atteignit la première place des charts et lança la carrière de Morrissey, carrière qui, malgré des hauts et des bas, continue toujours, puisque ce dernier a sorti en 2006 l’excellent Ringleader Of The Tormentors. Par contre, Johnny Marr ne parvint pas à s’évader aussi brillamment des Smiths : il a depuis enchaîné les collaborations, intégrant le groupe The The, jouant les guitaristes de luxe avec Oasis, The Pretenders, Beck, Pet Shop Boys et d’autres. Et sporadiquement, il forme Electronic avec Bernard Sumner, transfuge de New Order. Enregistrant trois albums entre 1991 et 1999, ce super-groupe mancunien rencontrera un certain succès en Angleterre. En outre, il a sorti un album avec son propre groupe baptisés The Healers en 2003, un Boomslang très glam-rock mais pas franchement à la hauteur de son talent pour finalement rejoindre le groupe indie américain Modest Mouse en 2006. Il semble être désormais un membre du groupe à part entière puisqu’il a co-écrit plusieurs morceaux avec le leader Isaac Brock. Quant à Mike Joyce et Andy Rourke, ils ont continué à travailler ensemble pendant quelques temps, louant leurs services à Morrissey ou à Sinéad O’Connor. Ils ont aussi chacun des projets séparés, Rourke participant par exemple au projet Freebass avec Peter Hook (Joy Division, New Order) et Mani (Stone Roses, Primal Scream). Et, pour ceux qui se poseraient la question, une reformation des Smiths est hautement improbable au vu de la carrière des uns et des autres, sans compter le procès qui opposa Mike Joyce à Morrissey et Johnny Marr en 1996, pour des histoires de royalties supposées iniques. On peut se douter que ce procès fut en partie motivé par l’avalanche de disques sortis dès la dissolution du groupe. De nouvelles compilations, un live (Rank) datant de la tournée The Queen Is Dead, etc... Autant de preuves de l’importance qu’ont eu les Smiths en Angleterre, et ce malgré quatre ou cinq courtes années d’existence.

JPEG - 12.1 ko
Franz Ferdinand, prince-héritier des Smiths ? Morrissey n’a pas l’air très chaud.

Une importance qui fut déterminante pour toute une génération qui trouva en Morrissey un prophète qui décrivait son quotidien. Et encore maintenant, il est facile de repérer l’influence des Smiths. Commençons par l’art qui compta sans doute le plus pour Morrissey, la littérature. Un groupe qui affuble ses chansons de titres aussi longs que Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, Heaven Knows I’m Miserable Now, Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before ou encore The Boy With A Thorn In His Side, ça a forcément des conséquences sur les éventuelles vocations littéraires de ses fans. Outre le Girlfriend In A Coma de Douglas Coupland qui reprend le titre d’une chanson des Smiths mais n’a pas grand chose à voir avec le groupe, on peut citer l’excellent Mauvais Garçon de Willy Russel, roman épistolaire où le héros, fan absolu des Smiths et de Morrissey, raconte sa vie dans des lettres adressées à son idôle, lettres qu’il n’envoit, bien entendu, jamais. Ce n’est certainement pas un art, mais même la politique n’est pas épargnée, puisque le conservateur David Cameron est un fan déclaré des Smiths (au grand dam de Morrissey, peut-on supposer)... Mais le domaine où l’influence des Smiths est la plus flagrante est évidemment la musique. Comment ne pas penser aux Smiths lorsqu’on entend les Libertines citer Wilde dans la chanson Narcissist, surtout lorsqu’on sait que Doherty aime reprendre régulièrement Heaven Knows I’m Miserable Now. Les Smiths sont également une inspiration indéniable pour la twee pop de Belle & Sebastian et leurs pochettes monochromes, tout comme celles des Smiths. Quant aux voix de Brett Anderson (Suede) ou Luke Haines (The Auteurs), la marque de Morrissey y est tellement évidente que ça en est presque génant. D’ailleurs, l’anglo-centrisme des Smiths et leur fascination pour les sixties britanniques se retrouveront chez tous les groupes britpop des 90s, Blur en tête. Et plus étonnant encore, il semblerait que Morrissey et les Smiths soient un des groupes fétiches d’Andre 3000, une des deux têtes pensantes d’Outkast. Les Smiths, influences d’un duo de hip-hop d’Atlanta... Décidemment, ce groupe est toujours aussi surprenant. Et au travers de cette diversité parmi leurs admirateurs, on peut aussi entrevoir l’impossibilité de rester indifférent. Car si leurs fans sont nombreux et variés, leurs détracteurs le sont tout autant. On se rappellera la phrase sans appel de Robert Smith, leader de The Cure : « Si Morrissey dit de ne pas manger de viande, je vais en manger... Parce que je hais Morrissey. ». Il faut dire que le style des Smiths, ses prétentions « littéraires » de Morrissey (que certains ont souvent accusé de plagier ses auteurs préférés), son chant précieux et maniéré et sa « franchise » parfois déroutante dans les interviews (« Dire Straits : un groupe très ennuyeux, des gens très ennuyeux adorés par des gens très ennuyeux. » [11]) font que le groupe est encore aujourd’hui aussi adulé qu’abhorré par les fans de rock...

JPEG - 85.8 ko
The early Smiths : qui aurait pu deviné que cette bande de nerds allait devenir un des groupes les plus important de sa génération ?

 [12]



[1Dramaturge et scénariste britannique, elle fut révélée par sa pièce A Taste Of Honey.

[2Interview parue dans Les Inrockuptibles en septembre 1987

[3Célèbre DJ de la BBC qui révéla des groupes aussi variés que Pulp, The Jesus And Mary Chain, The Undertones, The Fall et bien d’autres

[4Interview parue dans Sounds en novembre 1983.

[5Interview parue dans Les Inrockuptibles en septembre 1987

[6Grâce à la version de Love Spit One (très proche de l’originale) qui illustra le générique de la série télé Charmed

[7Supergroupe formé par Gob Geldof dans le but de lever des fonds pour combattre la famine en Ethiopie et responsable de l’atroce single Do They Know It’s Christmas ?

[8Voir à ce propos l’article

[9Au cours du procès opposant Mike Joyce et Morrissey en 1996, ce dernier aurait décrit le batteur et le bassiste des Smiths comme « De simples musiciens de session, aussi facilement remplaçables que les pièces détachées d’une tondeuse à gazon »

[10Interview parue dans Record Collector en décembre 1992

[11Interview parue dans Les Inrockuptibles en septembre 1987.

[12Sources :

MAGAZINES

  • les Inrock 2 (hors-série sur Morrissey & The Smiths)

SITES WEB

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom