Nouveautés
Under Great White Northern Lights

Under Great White Northern Lights

The White Stripes

par Thibault le 29 mars 2010

1,5

paru le 16 mars 2010 (Warner / Third Man)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

A défaut d’être urgente, la sortie d’un live des White Stripes n’était pas une mauvaise nouvelle en soi. Le groupe a aligné les albums de bonne tenue, on y trouve toujours de bonnes chansons malgré d’immanquables imperfections et ratés. En attendant la compilation idéale qui ne retiendra que l’essentiel, un album live est bienvenu puisqu’en plus de garantir une certaine sélection par le biais de la set list, sélection qui fait toujours défaut au groupe en studio, il permet également de jeter un regard panoramique sur les Stripes, qui restent la partie la plus intéressante du travail de Jack White (vous écoutez encore le premier album du Dead Weather ?) Bref, l’idée n’est pas absurde. Rapide coup d’œil au tracklisting, ce n’est pas parfait, mais on retrouve notamment Blue Orchid, The Union Forever, Ball and Biscuit, Fell in Love With A Girl, I Just Don’t Know What To Do With Myself, Icky Thump, des valeurs sures et prometteuses.

JPEG - 9.2 ko
Le coffret deluxe complet, vendu au prix fort.

C’est donc avec des à priori positifs que l’on se met à écouter ce Under Great White Northen Lights, sorti en diverses éditions toutes plus luxueuses les unes que les autres (documentaire en DVD, livre, photos, etc.), celle nous intéressant ici étant le seul live, sorti en CD simple et double ainsi qu’en vinyle… Live qui se révèle être très mauvais, totalement indigent même, un ratage complet pour un personnage comme Jack « je-suis-toujours-crédible-même-en-ayant-chanté-avec-Alicia Keys » White, qui entend incarner une des grandes figures du rock sauce 21ème siècle. Dès les premières mesures de Let’s Shake Hands, l’intention est limpide ; du boucan, des vrombissements de fuzz en fusion, des grosses giclées de larsen qui tâchent, de la sueur. Pourquoi pas ? Même si l’on préfère sans détours le bonhomme dans son rôle d’artisan songwriter touche à tout, celui qui écrit des Offend in Every Way ou des My Doorbell, au Jackie grassouillet, groupie des Stooges et wannabe Robert Plant, l’idée de le voir dérouler une leçon de son massif, lourd et puissant, tout seul s’il vous plait, est réjouissante. Le guitariste propose une démonstration de force et veut montrer qui est le patron, on demande à voir. Tous les coups sont permis dans le contexte de féroce concurrence entre The Dead Weather et Them Crooked Vultures, si le combat entraine une saine émulation et une course au disque qui tue, on est preneur.

Une belle ambition, mais une exécution désastreuse. Premier point noir ; Jackie chante atrocement mal. Même si l’on n’exige jamais la justesse absolue d’un groupe de rock en live, il y a des limites à ne pas dépasser. Et les limites, Jackie les franchit allégrement, sans aucune retenue ! Le falsetto de Blue Orchid est ici chevroté d’une voix cassée et étouffée, Seven Nation Army est presque bafouillée (!). Sur I Just Don’t Know What To Do With Myself le public chante mieux que lui, c’est dire l’étendue du désastre. On ne va pas lister tous les canards, couinements et effets foireux pour plutôt s’en tenir à ce triste constat : on n’est pas sur d’avoir entendu une tête d’affiche chanter aussi faux depuis le piteux MTV Unplugged de Dylan en 1995.

Et la performance guitaristique ne rattrape pas les dégâts, loin de là. La carte de l’agression est jouée de manière totalement décousue, sans aucune poigne. En tentant de durcir le propos Jackie use et abuse de la distorsion graisseuse sans jamais retrouver l’âpreté et la densité qu’il avait atteint sur Elephant (2003). Loin du studio le champion du vintage « no technology certified » serait donc perdu ? On sentait déjà qu’il y avait esbroufe derrière la litanie sur l’authenticité garage, la pureté du 4-pistes, zéro overdubs, gnagnagna, mais en live Jackie semble bel et bien incapable de faire décoller ses compositions. On espérait de la vigueur, de la nouveauté, étant donné que le live a été enregistré durant la tournée Icky Thump (2007), on attendait des prises de risque avec le renfort du mini synthé saturé qui faisait merveille sur le morceau en studio. Un instrument malencontreusement utilisé par rares intermittences, comme un jouet. Ce n’est pas avec quatre riffs blues tordus et de la fuzz que l’on devient un guitar hero intraitable, cela se saurait sinon… trop de Fun House et pas assez de Black Sabbath !

En somme le brun bedonnant s’écoute trop jouer, confond puissance et épilepsie, et du coup perd de vue la concision qui faisait l’efficacité de ses meilleures chansons. Son talent était de dire l’essentiel en 3’30’’ avec fraicheur, spontanéité et précision, sans un accord plus haut que l’autre. En tentant d’aller chasser sur les terres du son couillu, Jackie se prend les panards dans le tapis, s’autocaricature et laisse apparaître un manque de maitrise handicapant, qui explique sans doute les semi-échecs, ou semi-réussites, c’est selon, des Raconteurs et de Horehound… Jack, si tu nous lis, laisse tomber l’Airline Res-O-Glas et dégotte toi une Maton.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1. Let’s Shake Hands (3’12")
2. Black Math (3’05")
3. Little Ghost (2’23")
4. Blue Orchid (2’55")
5. The Union Forever (4’26")
6. Ball and Biscuit (3’07")
7. Icky Thump (4’12")
8. I’m Slowly Turning Into You (5’32")
9. Jolene (3’55")
10. 300 M.P.H. Torrential Outpout Blues (4’52")
11. We Are Going To Be Friend (2’24")
12. I Just Don’t Know What To Do With Myself (3’10")
13. Prickly Thorn, But Sweetly Worn (3’23")
14. Fell In Love With A Girl (2’26")
15. When I Hear My Name (2’40")
16. Seven Nation Army (7’31")