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« Your name is fucking Metallica ! »

« Your name is fucking Metallica ! »

Chevauche l’éclair, Lars mon amour, et... Lou Reed

par Thibault le 29 août 2011

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En préparation et conséquence de deux festivals metal mémorables, l’été fut placé sous le signe de la fonte musicale. Intrigué, on a écouté de nouveaux groupes en s’aventurant dans les oeuvres de Strapping Young Lad, Meshuggah, Maximum The Hormone ou encore Gojira. On est aussi revenu de manière plus approfondie sur celles des Melvins ou de Fantômas, tout en ressortant ses albums de Mastodon dans l’attente fébrile du prochain album, ce The Hunter dont les premiers extraits font saliver.

Entre autres réjouissances, le souvenir du concert de Metallica au Sonisphere nous reste vif en mémoire : tonitruant, démentiel, formidable, apocalyptique, cataclysmique, pachydermo-mammoutho-éléphantesque, monstrueux, titanesque, herculéen, tellurique, gigantesque, couillu. L’oeil un peu rêveur, le sourire aux coins des lèvres, on est encore songeur alors qu’on ressort son CD de Ride The Lightning, prêt pour une bonne session old school, façon retours aux sources. On ne sait pas exactement combien de temps s’est écoulé depuis la dernière écoute de cet album fondamental. Sans aucune originalité, sa découverte, ainsi que celle des trois autres premiers enregistrements de Metallica, avait été une épiphanie du même ordre que le choc Songs For The Deaf encore auparavant, ou de la réécoute minutieuse des Beatles un peu plus tard.

Si ...And Justice For All est surement l’album le plus original et singulier de Metallica, son accomplissement artistique, Ride The Lightning est la torgnole d’acier ultime, encore davantage que Masters of Puppets. Rien à faire ni à redire, que ce soit à la première, à la douzième-écoute-d’affilée-obsessionnelle, la cinquantième ou la centième après un certain temps passé sans lui, le premier titre Fight Fire With Fire est une putain d’agression qui cloue sur place. La perfection du morceau laisse toujours pantois. Dès 1983, le riff d’Hetfield met à l’amende toute la future scène grindcore et rappelle si besoin était que la violence n’a de sens que parfaitement maîtrisée et judicieusement dosée. Le metal est avant tout une musique du contrôle de l’extrême, preuve en est cet instant génial, cette micro-seconde de relâchement à la fin du premier couplet. A vrai dire, tout son brio nous apparaît lors de cette énième écoute, l’évidence frappant souvent à retardement, la cruelle.

Le groupe vient de mettre en place une mécanique de l’enfer, et il la laisse en suspend l’espace d’une inspiration brève. Cette retenue soudaine créé un véritable appel d’air qui décuple l’énergie du refrain. Le secret est parfois dans les détails, avec ce break a priori anecdotique on passe tout de suite à la vitesse supérieure. Gageons que sans cette interruption à peine palpable, Fight Fire With Fire ne serait pas le même. Il serait juste un excellent morceau de metal, mais un morceau linéaire, rectiligne. Mais avec cette miraculeuse idée de placement opportun, c’est un des clous de la Sainte Croix de fer forgée !

D’ailleurs, on retrouve un écho de cet instant dans le formidable City, chef d’oeuvre de Strapping Young Lad sorti en 1997. Le titre Oh My Fucking God démarre sur une trituration de guitare/batterie qui prend forme en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Un riff hystérique qui s’entremêle avec une double pédale et un charley utilisés de façon bien plus mélodique que chez 90% des autres groupes de metal, à peine le temps de prendre ses repères et vlan, arrêt brutal qui libère suffisamment d’espace pour la même poussée d’adrénaline.

La voix de Devin Townsend explose et plane sur l’auditeur médusé. S’ensuit trois minutes où SYL dévore tout avec une science du bordeline unique. Le morceau pourrait s’égarer et pourtant il est incroyablement adroit dans son zigzag de breaks. Hilare, le groupe ose tout et place quelques délices de licks aiguës autour de 2’30, des petits plans amortis qui sonnent comme du Kyuss passé à la moulinette industrielle, ou alors c’est l’auteur de cet article qui voit du Josh Homme partout.

Mais revenons à Ride The Lightning, car après Fight Fire With Fire, il y a le morceau éponyme. Un coup de basse-massue sur lequel ont déjà flippé et glosé des légions de fans puis un... on allait dire « dialogue », mais ce n’est pas forcément le terme plus à propos pour qualifier l’échange batterie/guitare qui suit. Ce n’est pas pour autant une engueulade ni une confrontation, mais en tout cas, c’est une poignée de main virile, à la Predator. Notons d’ailleurs que nous sommes face à l’un des traits caractéristiques du metal, l’axe guitare/batterie comme point d’ancrage des compositions. A la différence des groupes de hard rock qui composent comme des groupes de rock, à partir d’accords de guitare sur lesquels on peut écrire une mélodie, le groupe de metal a plutôt tendance à s’orienter autour d’un choc tête contre tête, batterie contre guitare comme deux outils d’écriture. Metallica n’en est peut être pas l’inventeur, mais sa paire de leaders-compositeurs Hetfield/Ulrich a façonné les codes de l’exercice comme peu d’autres.

Ah, Ulrich... Lars, douceur des cages à miel. Il y en a déjà qui soupirent et grommellent « gnagnagna, un bon batteur lui, haha, je rigole doucement, ce chien fou pas capable de jouer deux beat différents, aucune technique digne de ce nom, gnagnagna... » On a beau moquer son allure chétive et nerveuse, ses anciens caprices sur Napster, ses immanquables pains en concert, sa mégalomanie, ses baguettes grosses comme des marteaux et ses grimaces au moment d’attaquer la cymbale, Lars c’est avant tout un motard, un teigneux, un die-hard qui se bat comme un chiffonnier et arrive toujours à ses fins. De la niak et plus de cervelle qu’il n’y parait. Pour la niak, rejetez une oreille au passage qui suit le solo de guitare sur Fight Fire With Fire : quelques mesures jouissives et dédiées à sa gloire, où il tape crânement dans tous les sens. Une illustration parfaite des fameuses lignes de pochettes où le groupe remercie sans sourciller la nourriture mexicaine et la bière Carlsberg, ainsi que « les merveilleux êtres humains qui ont facilité le combat pour la domination du monde de Metallica ». Pour la cervelle, on a rarement entendu un batteur avec un tel sens de l’impact. Ulrich maîtrise à merveille le temps entre les chocs, l’effet de recul avant le coup porté. Le son de cymbales qu’il possède sur cet album est l’un des plus cinglants qui soit parvenu à nos oreilles et l’utilisation à 180° qu’il fait de ces soucoupes est parfaite.

Un vrai de vrai, on vous dit !

Lars, c’est cette débrouille hargneuse, ce côté un peu gauche avec des éclairs de génie. Presque toujours sur la corde en live, à la limite de tomber du tabouret, ses cafouillages et son air de nageur à contre-courant quand il tape comme un poux sur sa caisse claire font autant partie du son de Metallica que les solos de guitare improbables de Kirk Hammett. Globalement un peu moches mais jouissifs, avec des fulgurances mélodiques et des phrasés superbes, à l’instar de Fade To Black, la power-ballade hallucinante de Ride The Lightning. C’est encore l’ami Lars que l’on remarque ici en premier : guère porté sur le raffinement et l’étiquette romantique, il ne sait pas trop par quelle porte entrer dans la chanson et bafouille une espèce de roulement à la In The Air Tonight avant de se faire sa place avec le reste du groupe en direction des sommets.

Et là où n’importe quel besogneux aurait mouliné un final dans le vide, Ulrich orchestre comme un chef l’apothéose du morceau, explosant ses cymbales avec force et précision tout en prenant le son maniaque de battre son charley d’un air paisible, ce qui donne une petite touche de sérénité géniale à l’explosion de Fade To Black. Encore un détail, mais un détail qui change tout. D’ailleurs, en matière de final qui déchire, celui de Call of Ktulu reste pas dégueu, hein. Allez hop, une version live un peu différente enregistrée aux Arènes de Nîmes pour le DVD live Français Pour Une Nuit. En toute bonne foi, celui qui ne trouve pas simplement géniaux le break et la harangue d’Hetfield à 4’11 n’aime pas le metal. C’est tout.

Alors oui, on aime James, on aime Lars et on aime même sa caisse claire sur St Anger. Ce son de poubelle sur lequel la planète metal a déversé sa bile comme rarement, résultat du desserrement du timbre de la caisse en question.

Bien sur, la sonorité ne manque pas d’effrayer à premier abord, et bien sur, St Anger demeure un album raté. Il manque de cohérence, traîne en longueurs, le chant d’Hetfield est plus que pénible par moments, mais néanmoins il ne mérite pas forcément une descente flamme catégorique. Le camarade Verley a d’ailleurs écrit un article afin d’éclairer l’affaire sous un nouveau jour. Rajoutons que des morceaux comme Sweet Amber ou Some Kind of Monster ne sont pas à la portée du premier venu, loin de là. Le son des guitares est assez énorme, avec une distorsion pesante, moderne et granuleuse. Celui de la batterie ajoute à la singularité du climat et confère une espèce de groove hébété, caniculaire. De son côté, la double guitare d’Hammett et d’Hetfield évoque un peu la rencontre entre Korn et Kyuss, avec un jeu tout en répétitions et infimes variations qui dans ses meilleurs moments parvient sans mal à captiver. Il faut écouter Some Kind of Monster à volume très élevé, au casque sous la chaleur écrasante du mois d’août, ça prend une autre dimension.

Tout ça pour en venir où ? Voyez vous, chers lecteurs, cette nouvelle plongée dans Metallica coïncide avec une affreuse nouvelle : les Four Horsemen prévoient un album avec Lou Reed pour le 31 octobre ! On ne voulait pas y croire, mais c’est la triste réalité. Franchement, et on prend cet article à témoin, on les aime Metallica. On les aime comme ils sont, pour ce qu’ils sont, sans chipoter. Ayant la chance d’être jeune, on n’a pas connu l’époque des trahisons, des fans qui se retournent contre le groupe, des polémiques, etc. On s’en moque, et on aime ce groupe d’un amour tranquille, sans engueulades ni non-dits ni arrières pensées ni quoi que ce soit. Ils sont presque de la famille. Mais Lou Reed, ça va pas être possible.

Sans blagues, qu’est-ce que ça va donner cette réunion entre quatre metalleux pas toujours très frais et une vieille bique acariâtre et impotente ? Les premières collaborations en concert laissent présager le pire :

Vous imaginez tout un album de « compositions » dans ce genre là ? Vous imaginez un peu une sorte de Load/Reload aromatisé à la verveine avec la voix bêlante du vieux Loulou par dessus le marché ? Vous ne voulez pas ça, et on ne le veut pas non plus. Rien que l’idée est aberrante. Imaginons un instant le vieux Dylan aller toquer à la porte de Tool, claquer la bise à Adam Jones en lui disant « hé, c’est cool ce que vous faites les p’tits jeunes, j’peux taper le boeuf avec ta bande, bro ? » Ou encore Sir Macca proposer un side project à Slayer. Soyons sérieux cinq minutes. Pas le style de la maison de faire le puriste, mais chaque pot a son couvercle. Quand même, ce coup de poignard ! Devant un tel n’importe quoi, coupons court et laissons place au Führer et à ses mots pleins de bon sens, histoire de rejoindre une énième fois Hitler en esprit, on n’est plus à ça près.



Vos commentaires

  • Le 3 septembre 2011 à 21:27, par marv En réponse à : « Your name is fucking Metallica ! »

    Metallica est à la ramasse depuis Justice For All, pourquoi pas Lou Reed ?? Le metalleux de base ne doit pas connaitre Rock’n’Roll Animal, mais Lou reed y etait deja accompagné du groupe d’Alice Cooper periode Welcome To My Nightmare, c’était un bon album. Passe pour sweet Jane, version qui ressemble d’ailleurs à celle de rock’n’roll animal, par contre celle de White Light White Heat est effectivement assez catastrophique, au debut j’ai cru qu’ils allaient la faire à la Bowie periode Mick Ronson mais non...J’ai trainé des potes metalleux à un concert de Lou Reed une fois, verdict « une vieille tapette ». C’est triste parce que vu du point de vu des textes c’est extraordinaire.

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