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Blunderbuss

Blunderbuss

Jack White

par Thibault le 10 septembre 2012

paru le 23 avril 2012 (Third Man Records)

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Après cinq années consacrées à des œuvres très frontales, Jack White opère un virage aussi radical qu’inattendu. Peut être conscient de la qualité discutable du Dead Weather et de sa collaboration saugrenue avec ICP, le musicien a tranché dans le vif en se débarrassant de toute imagerie ou concept, une première dans sa carrière, et en creusant un sillon sur lequel on trouvait déjà quelques pousses prometteuses hélas laissées à l’abandon.

Les albums des White Stripes sont parsemés de chansons pop qui mélangent une culture américaine traditionnelle et une écriture plutôt anglaise. Des titres ouvertement référencés mais empreints de la personnalité de Jack White, qui se dévoile davantage sur les reprises de Saint James Infirmary, One More Cup of Coffee ou sur une composition comme Truth Doesn’t Make A Noise que sur tout Elephant ou Icky Thump. A ce titre, la sous-considération de Get Behind Me Satan, album sorti en 2005 qui reflète le mieux les goûts et la personne anxieuse de Jack White, est peut être à l’origine de ses récents albums ultra-rock jusqu’à la caricature. C’est la facette pop de son art qui s’exprime sur Blunderbuss.

White prend le pari d’abandonner les poses romantiques et flamboyantes ainsi que ses tics de composition. Il restait un peu paradoxalement dans l’esquisse et l’emphase, il a désormais épuré son écriture. L’idée est bonne en elle-même, mais elle a aussi pour conséquence de mieux faire ressortir des morceaux moins surprenants, comme l’énergique Weep Themselves to Sleep. A première vue, la chanson rappelle les Raconteurs, puis elle dévoile une instrumentation inédite chez White : mélange discret de guitares sèches et électriques, piano vif et romantique, solo astucieux et jouissif en palm-mute… Ce morceau qui aurait été noyé dans Consolers of the Lonely est ici un temps fort de l’album.

Blunderbuss n’est pas un disque qui en met plein les oreilles. Il est écrit avec beaucoup d’humilité tout en dévoilant un beau talent de narration sur format court, ce qui n’est pas simple. Les chansons ne paient pas de mine mais aucune ne verse dans le couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain bête et méchant. De la pop sans format prédéfini qui reste concise ; White n’a jamais autant soigné ponts, transitions et relances, pratiquement tout est fluide.

Très sobre et appliqué sur tout l’album, Jacquot laisse libre court à son ambition sur le titre final, Take Me With You When You Go. Les claviers et le piano jouent un motif jazzy chaloupé, le violon et les voix se languissent sur le beat nerveux roulé par la basse et la batterie ; quelques légers bariolages de violon, un premier break, le crincrin reprend la parole jusqu’à un second break où quelques notes de piano introduisent de tranchantes guitares électriques. Derrière, les claviers et le piano tricotent en contretemps autour de la batterie pendant que Jackie et sa choriste s’apostrophent dans les aigus. L’instrumentation est originale, les transitions sont inattendues et bien menées, le crescendo intelligent, pour tout dire on pense un peu à Goodbye Sober Day de Mr Bungle à l’écoute de cette réussite !

Le son est donc une belle surprise ; finie la saturation à outrance, les claviers sont rois et apportent de la fraicheur et de la légèreté comme sur le très sympathique Love Interruption, dont les paroles caustiques tranchent avec la musique plutôt mignonne. La guitare se contente souvent de l’accompagnement, ce qui rend plus incisifs les quelques solos placés ici et là. Les quelques moments de remplissage passent plutôt bien grâce aux ambiances variées de titre en titre. L’équilibre dans le son, le mix très doux, complètement à contre-courant de la tendance actuelle, un vrai bonheur, le jeu relâché et le côté americana moderne rappellent aussi la musique de Wilco.

Jack White a donc pratiquement mué et il a bien fait car des morceaux en demi-teinte comme Sixteen Saltines ou Freedom at 21 montrent qu’il n’a surement plus grand-chose à apporter dans le registre du rock rentre dedans ou du blues crados. Récemment, Jack White a souvent été comparé à Josh Homme ; les deux hommes ont été régulièrement cités en fer de lance lors des rétrospectives de 2010, les relations entre les Queens of the Stone Age et The Dead Weather facilitant la comparaison. Avec Blunderbuss, la comparaison n’a plus lieu d’être puisque cet album montre que les deux musiciens ne poursuivent pas la même voie ; Jack White se présente davantage comme un équivalent américain de Noel Gallagher, compositeur avant d’être guitariste et artisan d’une pop référencée et moderne.

Cerise sur le gâteau, la critique est quasi unanime et les ventes sont excellentes ! Blunderbuss a atteint le top 10 des charts dans pas moins de dix pays et Jacquot en a profité pour s’offrir une coquetterie à la Claude François : deux groupes de tournée dont un entièrement composé de demoiselles, ce qui remplace avantageusement Meg la bougonne, quand même.



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Tracklisting :
 
1. Missing Pieces 3:27
2. Sixteen Saltines 2:37
3. Freedom at 21 2:51
4. Love Interruption 2:38
5. Blunderbuss 3:06
6. Hypocritical Kiss 2:50
7. Weep Themselves to Sleep 4:19
8. I’m Shakin’ (Rudy Toombs) 3:00
9. Trash Tongue Talker 3:20
10. Hip (Eponymous) Poor Boy 3:03
11. I Guess I Should Go to Sleep 2:37
12. On and On and On 3:55
13. Take Me with You When You Go 4:10
 
Durée totale : 41:52