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Mastodon

Paris (Le Bataclan)

Mastodon

Le 20 janvier 2012

par Thibault le 8 février 2012

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Après un passage amuse-gueule au Sonisphere en juillet 2011, la venue de Mastodon à Paris est l’opportunité d’apprécier le groupe dans des conditions qui reflètent davantage ce qu’il fait en concert. On est d’autant plus curieux de voir les nouvelles chansons de The Hunter jouées sur scène car celles-ci, dans la continuité du précédent album Crack the Skye, accordent une place centrale aux voix. Or, le chant est la faiblesse reconnue de Mastodon en live.

Ce qui frappe donc dès les premiers instants du concert, ce sont de sensibles progrès dans ce domaine. Le batteur Brann Dailor confirme qu’il est probablement le meilleur musicien du quatuor en étant le plus à l’aise vocalement et toujours aussi souple dans sa gestuelle derrière son instrument. Quant au guitariste Brent Hinds et au bassiste Troy Sanders, leurs timbres sont nettement plus distincts que par le passé. Tous trois se sont hissés à un niveau supérieur et le groupe fait globalement bien son job : l’exécution est propre, les musiciens sont à l’aise et la setlist alterne de manière judicieuse et équilibrée entre les différents albums.

De façon assez prévisible, ce sont les morceaux les plus simples et mélodiques qui passent le mieux : les nombreux extraits de The Hunter, comme Blasteroid ou Curl of the Burl, et les titres les plus concis de Leviathan et Blood Mountain, soient les singles Blood and Thunder, Iron Tusk, Colony of Birchmen ou encore Sleeping Giant. Les pièces plus complexes semblent parfois nébuleuses, et il faut consulter la setlist après le concert pour vérifier que l’on a bien assisté à Megalodon, Circle of Cysquatch ou Where Strides the Behemoth.

C’est ici qu’on touche une des limites de Mastodon en concert. Le groupe propose quelques morceaux abrupts, dont la complexité et la densité ne sont pas forcément sous leur meilleur jour en live. A la décharge des américains, ils ne sont pas aidés par une balance sonore approximative. La guitare de Bill Kelliher est sous-mixée, la saturation est excessive et la batterie n’a pas du tout le son resplendissant qui est le sien en studio. Autant de problèmes récurrents qui laissent croire que les ingénieurs sont durs de la feuille et doivent pousser le son à onze pour entraver quelque chose. Pourtant, il suffirait de baisser le volume de quelques décibels pour rééquilibrer l’ensemble, qui deviendrait moins abrutissant sans pour autant donner le sentiment d’avoir étouffer la puissance de la musique du fait de la résonance dans une salle.

Et si les guitaristes s’en sortent plutôt bien grâce à leurs racks d’effets qui leur assurent une certaine maitrise du son, il semble que le batteur soit résigné au mixage poubelle qui efface considérablement la patine sonore de son jeu. Le résultat n’est pas catastrophique, loin de là, mais ces défauts toujours présents peuvent nuire à l’appréciation du concert.

Ceci dit, au-delà de réglages techniques inégaux, la musique de Mastodon ne prend pas de relief supplémentaire ou de dimension inattendue sur scène. La prestation est très honorable, il y a de bons moments (la fin de Colony of Birchmen, Blasteroid, le refrain d’All the Heavy Lifting, la conclusion sympa comme tout sur Creature Lives avec les copains de Red Fang, auteurs d’une première partie rafraichissante et bien plus assurée qu’au dernier Hellfest) mais les compositions du quatuor sont clairement des œuvres de studio, aux très nombreuses couches de guitares, aux structures déroutantes parsemées de détails souvent insoupçonnés aux premières écoutes. Ce n’est vraiment pas du metal à headbang ou à pogo façon For Whom The Bell Tolls ou Creeping Death. L’appréciation de Mastodon est plutôt solitaire, au casque ou sur une stéréo de bonne qualité, en prenant le temps de repasser un morceau et de l’examiner. Jouée sur scène pendant une heure et demie sans interruption, avec un son inégal de surcroit, une telle musique perd en impact.

Pourtant, le groupe dispose d’atouts qu’il n’utilise encore qu’avec timidité. Le jeu de lumières est plutôt bien pensé mais finalement assez conventionnel alors que l’univers graphique du groupe fourmille d’idées et appelle des shows à la Tool avec de belles projections. Jammeurs dotés d’une technique très solide, rôdés par dix ans de complicité et de route ensembles, les quatre musiciens proposent quelques variations sur un petit nombre de morceaux, mais ils ont largement les moyens de se montrer plus généreux et de radoucir le tempo pour offrir quelques improvisations auxquelles le public sera forcément très sensible.

Au final, chacun voit et apprécie le concert à sa manière, on peut avoir passé un très bon moment comme être un peu déçu. En l’état des choses, Mastodon n’est pas un must-see comme Kyuss Lives ! ou Metallica, et c’est à chacun de voir s’il veut débourser trente euros pour assister au spectacle. Le groupe est un peu paradoxal dans le sens où il fait des progrès continus dans certains aspects du live mais ne semble pas se pencher sur d’autres aspects d’un concert, ce qui donne l’impression qu’un certain pallier a été atteint et qu’il ne faut pas forcément attendre de grands changements par la suite. Mais on espère se tromper et être surpris !



Vos commentaires

  • Le 9 février 2012 à 17:29, par Antoine Verley En réponse à : Mastodon

    Boah Megalodon on la sentait passer quand même, surtout le gros passage berserk ! En fait bizarrement la seule pour laquelle j’ai mis quelques secondes à percuter c’était Colony Of Birchmen. Sinon les autres étaient très clairement identifiables.

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Setlist :
 
Dry Bone Valley
Black Tongue
Crystal Skull
I Am Ahab
Capillarian Crest
Colony of Birchmen
Megalodon
Thickening
Blasteroid
Sleeping Giant
Ghost of Karelia
All the Heavy Lifting
Spectrelight
Curl of the Burl
Bedazzled Fingernails
Circle of Cysquatch
Aqua Dementia
Crack the Skye
Where Strides the Behemoth
Iron Tusk
March of the Fire Ants
Blood and Thunder
 
Creature Lives

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