Chansons, textes
California Girls

California Girls

The Magnetic Fields

par Laurence Saquer le 22 février 2011

Sortie sur l’album Distortion le 15 janvier 2008 (Nonesuch Records)

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Avec la deuxième piste de l’album Distortion paru en 2008, The Magnetic Fields s’assure la sympathie d’un certain nombre de publics particuliers. California Girls (non, il n’y a pas que les Beach Boys dans la vie) s’adresse aux personnes en difficulté pondérale, aux couples qui doivent faire un « choix » entre payer la voiture et refaire le nez de madame, aux ménagères aux cheveux gris qui pleurent les joues roses de leur 20 ans. Stephin Merritt, l’Auteur du texte interprété par Shirley Simms, collaboratrice du groupe de la côte Est, se fait ici le prophète des oubliés, le guide spirituel des gens complexés, en grattant, vraiment fort, le vernis des filles de Californie.

Tel un super héros, Stephin Merritt avec le support vocal de Shirley, rôde au-dessus de Los Angeles et se fait une joie de massacrer, le mot est faible, la beauté juvénile de ces petites pestes à la peau trop bronzée pour être naturelle.

See them on their big bright screen
Tan and blonde and seventeen
Eating nonfood keeps them mean
But they’re young forever
[...]
I hate California girls

Voici un message qui a le mérite d’être clair : il les déteste. Avec la voix haut perchée de Shirley, officiellement inspirée par les salissures voulues des bandes de Psychocandy (1985) de The Jesus and Mary Chain, notre Super Stephin vise et tire à boulets rouges sur tout ce qui remue un peu trop son booty sur la plage de Santa Monica. Il ne craint rien, et dénonce les usages douteux que font ces demoiselles de coupe-faims illégaux, ce qui peut avoir pour conséquence de tomber dans l’oreille d’un narcotrafiquant, qui placera un contrat sur sa tête de chanteur engagé, mais Stephin Merritt, ce n’est pas Bob Dylan, alors du calme. Leur différence : l’un a de l’humour, l’autre, moins.

They breathe coke and have affairs
with each passing rock star
[...]
I hate California girls

Super Stephin est lancé, la rage monte et les dents grincent (à condition de ne pas être passé chez l’orthodentiste). Il ne fait pas bon être une Paris H***** sur le chemin de cet auteur reconnu pour ses saillies drôles et ses rafales de mots ironiques (même Trent Reznor est fan [1] ). Lisons.

So
I have planned my grand attacks
I will stand behind their backs
with my brand-new battle ax
Then they will they taste my wrath
They will hear me say
as the pavement whirls
« I hate California girls... »

Merritt s’acharne sur ses victimes en faisant répéter ses trois dernières lignes presque dix fois à Shirley. On ne s’en lasse pas.

Ce bonhomme n’est pas un musicien comme les autres. Vrai bon groupe américain, The Magnetic Fields joue avec les codes et sert des albums loins de la nécessité du prêt à écouter. Avec Distortion, son huitième album, The Magnetic Fields poursuit son projet de livrer des oeuvres sans synthetiseurs (le premier album de cette trilogie étant i, sorti en 2004, dont le titre de chaque chanson commence par la lettre i) et la patine noise de Distorsion est bienvenue dans un paysage parfois un brin surproduit.

La particularité de Magnetic Fields sont ses textes, hilarants, drôles. D’ailleurs, lors d’un entretien au Village Voice en octobre 2008, Stephin Merritt s’explique davantage sur son penchant pour peindre des portraits ravageurs et ironiques que sur la généalogie du disque ou du groupe. Là aussi, l’homme déplace à peine le curseur pour laisser apprécier le second degré de son art. Mais sa maman ne comprend pas, dit-il.



[1Il suffit de lire les commentaires qu’il adjoint aux pistes en streaming qu’il compile sur le site blip.fm. Cliquer là)

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