Concerts
Didier Super

Lille (Le Splendid)

Didier Super

Le 8 février 2007

par Parano le 20 février 2007

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Faites une expérience. Prenez deux personnes de votre entourage, moyennement proche, c’est-à-dire ni dans votre lit, ni dans l’annuaire. Vous pouvez leur offrir un café, car, tout de même, nous ne sommes pas des chiens (plutôt des loups, si j’en crois un anglais d’il y a fort longtemps). Parlez leur de tout et de rien, de rock et de roll, de saucisses et de François Bayrou. Et soudain, au détour d’une phrase, glissez leur à l’oreille que vous êtes allé voir Didier Super en concert. Baissez-vous, on ne sait jamais, un coup est vite parti. En relevant la tête, vous observerez deux types de réactions, à condition que votre corpus ait été judicieusement choisi, c’est-à-dire, mais oui madame, qu’il soit constitué, à parts égales, d’un individu raisonnablement crétin, et d’un autre, abusivement con.

« Sans blague ? T’es naze ou quoi ! Ce mec est pathétique, pas drôle, genre réac trash, pas cool, tu vois. La place tu l’avais gagné ou quoi ??? Genre ! »
Ou bien :
« Ah ouais, l’autre y déchire trop ! C’te poilade quand on écoute ça avec les potes. Et pis y dis des trucs que quand même y son vachement vrai. Trop d’la balle ! »
Bon bon bon, avant de sauter par la fenêtre en hurlant que le monde est foutu, mais que c’est bien fait pour l’humanité, prenez le temps d’analyser ce résultat. Hé oui, Didier Super est un personnage controversé, adulé par les uns, méprisé par les autres, pas comme Tintin ou Barbapapa, ni Darth Vader ou Hitler. Bref, une star.

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Le gendre idéal ? (photo Parano)

Je suis donc allé voir la star en chair (qui pendouille) et en os, avec la permission de ma mère, tout de même. Ma qualité de grand reporter pour B-Side Rock m’a ouvert grand les portes du Splendid de Lille (à croire que leurs vigiles sont des faux). Verdict : dans la salle, le public se compose de trois sous-catégories d’humains à chromosome XY : les lecteurs de Rock Sound, qui ont interro de math le lendemain, leurs papas, alertés par les paroles de l’album, qui tourne en boucle sur le disque dur de l’ordinateur familial (« Les Arabes, c’est comme les lesbiennes et les drogués... »), et quelques écumeurs de concerts, venu observer le phénomène local. Hé oui, Didier est un ch’ti. Un gars né à Douai en 1973. Hum... ce n’est pas que je vous aime bien, mais je vous épargne tout de même la biographie de la star. Cette chronique de concert est déjà suffisamment lourdingue, isn’t it ?

Les lumières s’éteignent. Une misérable clameur, gonflée à la testostérone et à la bière, s’élève : « Diiiiiiidieeeeeeeeeeer  !!!! » Peine perdue, la scène reste vide, et les enceintes crachent un tube de Lorie, que la morale et la dignité humaine ne me permettent pas de citer. Bien fait pour les cons, et un point pour la star, qui a récemment déclaré au sénat (ou était-ce au Macumba ?) : « Peut-on être à la fois artiste et vedette du show business ? ». Il faut quand même monter sur scène, et super Didier fait une entrée digne, boudiné dans un sous pull beige à la Deschiens, et chaussé de converse rouges. La classe. Bien entendu, la question que tout le monde se pose, de Anzin à Bornéo, est la suivante : Didier est-t-il aussi nul sur scène que sur son album ? Et bien... il fait beaucoup d’effort pour chanter mal, jouer comme un pied, et parler comme un demeuré. Mais parfois, il s’oublie. Baisse la garde. Et on voit poindre, sous les pitreries du beauf, un artiste sincère, sensible et talentueux. Le show est bien rodé. Une basse et une batterie pour tenir la baraque, et la star qui se déchaîne. Les chansons sont allègrement massacrées, détournées, le public est chahuté, mais tout le monde a l’air de s’en foutre. L’important est ailleurs. L’important c’est Didier, qui enfile les blagues comme des perles et ne déçoit pas.

Didier peut tout. Disparaître de scène, et ressurgir au milieu du public pour jouer une demi douzaine de titres acoustiques, se foutre de la gueule de la terre entière, et provoquer la foule. Didier peut jouer de la batterie debout, taper sur une poubelle, faire hurler son synthé pourri, enrouler un préservatif plein d’un liquide blanchâtre autour d’un pétard, et le faire exploser au dessus des premiers rangs. Didier peut tout dire, surtout le pire. La star s’amuse, et nous aussi. Ce type est avant tout un comique, comme l’était Coluche, ni cynique ni méchant, juste révolté. Ses provocations, habiles ou maladroites, sont autant de larmes versées sur la souffrance du monde, autant de pains dans la tronche des salauds. Le concert, ou plutôt spectacle, s’achève avec frénésie, dans une joyeuse cacophonie, où les rappels (des reprises de Zeu Discomobile, son ancien groupe) sont comme englouties. Didier Super a semé le chaos, et peut déserter la scène satisfait, repus. Le public est aux anges, et quitte sagement la salle, avant de s’éparpiller dans la ville.

Didier Super peut-il changer nos vies ? Non. On espère seulement qu’il saura durer sans épuiser son talent, et continuera à rire de tout, plutôt que de s’en foutre.



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