Pochettes
Faust

Faust

Faust

par Antoine Verley le 8 septembre 2009

Paru en 1971 (Polydor)

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Un marrant, ce boss. « Faites des pochettes d’albums ! Faites des pochettes d’albums ! » Des pochettes... Et puis quoi encore ? A l’heure où le support disparait, qui en a quelque chose à foutre, à part quelques vieux ? Comme si j’avais signé pour ça ! Moi, si je suis ici, c’est parce que, comme tout le monde, j’avais envie de chroniquer des disques dont on pourrait dire « Oubliez tout ce que vous savez sur le shoegaze », « Nouvelle livraison convaincante que ce huitième opus de la formation atypique de New York », ou « On vous l’a peut-être jamais dit, mais Homme/ Patton/ Vedder est un génie insurpassable », enfin bref, quelque chose de novateur et de jamais vu sur inside.

Bon, cessons de rêvasser, et au taf. Avant de révolu... Révolter... Merde, quel verbe on utilise ? Enfin bref. Avant d’offrir une claque bien sentie au monde de la critique rock, va falloir la faire, cette pochette. Il en faut toujours un pour remplir les quotas, et, cette fois, c’est bibi. Et je fais quoi, moi, comme pochette ? Tous les trucs qui m’offriraient la possibilité de rabâcher une millième fois un papier ancestral de Lester Bangs ou Yves Adrien sont déjà pris. Merde, The Third Reich And Roll, je pensais justement à ça. Et flûte, Sgt Pepper est pris aussi. Dommage, l’énumération des personnages sur la pochette aurait occupé pas mal de place. Ah, j’en ai un dont on m’avait dit beaucoup de choses : le premier Faust.

Et zut, mon café est déjà froid... Bon, je commence tout de suite : Faust est un groupe de Krautrock fondé en 1971. Le fastueux énoncé des membres ne vous avancerait à rien : les rares qui en auraient quoi que ce soit à foutre auraient oublié leurs noms dans la minute qui suit. Même Julian Cope, sans doute le plus grand admirateur du groupe extra muros, les a vus de multiples fois en concert et peine néanmoins à associer noms et visages... Ce ne sont d’ailleurs pas des visages qui ornent cette pochette : pas qu’ils soient spécialement moches. Ils ont des têtes d’allemands, quoi. C’est une simple main qui orne la pochette. C’est tout con à faire. Vous faites une radio (en noir et blanc), et hop. Sauf que ce n’est pas tout, apparemment...

Bon. Pour l’instant ça le fait, le lecteur est sensé accrocher. Qu’est-ce que je peux dire ? On m’a dit que la pochette était foutue de manière à avoir un impact psychologique sur toute personne qui la verrait, ce qui aurait occasionné des ventes phénoménales. Merde, les chiffres trouvés démentent cette hypothèse : 20 000 ventes la première année, dérisoire... Enfin, pas trop mal pour un album de krautrock [1] aussi bizarre. On n’a qu’à dire, ben, que ceux qui l’ont vu ont été marqués à vie, voilà tout. Ben oui, imaginez dans le bac des disquaires, une pochette de plastique transparent, ornée d’une photo avec effets spéciaux (plutôt rare pour l’époque...).

En gros, c’était juste une idée commerciale qui a foiré. C’est nul. Pas de quoi écrire un bon papier. Il me faut creuser. Qu’est-ce que ça peut être ?

Le poing squelettique peut représenter un dépouillement extrême, allant jusqu’à la libération de l’enveloppe charnelle ? C’est l’esprit de l’album, son expression la plus flagrante se trouve dans l’ouverture minimaliste de Why Don’t You Eat Carrots ? : pas le moindre instrument, larsens et interférences se superposent pour former un son cataclysmique, dans lequel on retrouve des bribes de collages artisanaux des Beatles et des Stones. Le message est clair (ou pas) : la musique décharnée, réduite à la simple expression de bruit, fait des dégâts inconsidérés (sans entrer dans des dérives type Metal Machine Music). Tout comme ce simple poing, humain mais menaçant.

Ce poing fermé (Faust voulant dire poing, j’aurais dû le dire plus tôt) peut aussi être le symbole du mythe de Faust ? Ce peut être le poing fermé du Doktor Faustus sur ce qu’il désire le plus : la connaissance [Arrête, c’est nul.].

Bon, ben tant pis. De toute façon, je n’ai plus rien à dire. Faites comme si vous n’aviez jamais lu ce tissu d’âneries, et continuez à chercher les secrets que ce poing menaçant peut encore cacher. [Stylée, la fin. Faudra que j’y repense]



[1En tenant compte de la publicité que John Peel accordait au mouvement, à l’époque, dans ses émissions de radio.

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