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Le Bordel Magnifique

Le Bordel Magnifique

Cali

par Psymanu le 23 janvier 2007

2

paru le 2 octobre 2006 (Labels / Virgin Music)

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Parce qu’à ce qu’il parait, c’est en live qu’il faut savourer la musique et la personnalité de Cali. C’est là qu’il est rock, c’est là qu’il se déchaîne, qu’il se livre, bref : qu’il est à son meilleur. On veut bien le croire tant ses efforts studio peinent à convaincre que le Perpignanais n’est pas qu’un engouffré un rien oportuniste dans la brêche « tendre esquinté de la vie » ouverte à coups de massue par Miossec (son pote, par ailleurs) quelques années auparavant. La pochette de ce Bordel Magnifique est alléchante et fait parfaitement écho à cette réputation scénique qui est tellement établie qu’on se dit que tout de même, merde, elle doit bien trouver quelques justifications. Cali qui flotte sur les torrents pleins de doigts d’une foule déchaînée, donc, pour la couverture, puis, au dos, le même effondré sur les planches, sous sa guitare. Une certaine méfiance s’installe, tout de même : puisque ses lives sont si chauds, était-il nécessaire de le prouver de façon si appuyée par l’image ? Voyons...

Hélas, cette réserve concernant cette volonté un brin malsaine de montrer à quel point Cali déclenche l’hystérie trouve confirmation dès les premières secondes : des hurlements, majoritairement féminins, son nom scandé à s’en décrocher les mâchoires... Too much. Si Je Te Souhaite À Mon Pire ennemi n’est de loin pas la chanson la plus vilaine de son auteur, son effet est quelque peu sapé par cette façon de mettre sa voix tellement à l’avant que le groupe derrière lui semble n’être là que parce que ça fait plus sérieux qu’une simple bande musicale. Et puis, ce public qui gémit dès que le chanteur se tait deux secondes... Sinon, Cali aime U2. Ça s’entend. Dans ses intonations, certaines vocalises, y a du Bono là-dedans, jusque dans ce timbre qui possède indéniablement quelques similitudes avec celui de l’Irlandais. Le problème, c’est qu’il n’est pas évident d’apprécier ou même de simplement de faire fi du maniérisme accru de sa diction par rapport aux versions studio, cette façon d’articuler qui est loin de lui être propre mais semble plutôt dans l’air du temps. « C’est q’chan le bonheur », « espooaarrr », ce genre de choses, ces manies d’en faire trop sortir de sa bouche, de cracher lorsqu’on pourrait juste dire et laisser les mots bosser pour soi, dès lors qu’on a remarqué le risque est grand de s’en agacer, voire de n’en plus pouvoir et de cesser l’écoute pour aller boire frais et se calmer deux secondes. C’est aussi ce qui rend de petites chansonnettes telles Menteur, Roberta, ou bien encore Le Grand Jour au final bien plus agréables que les gros tubes, parce que leur interprétation nécessite un certain minimalisme dans l’exécution qui laisse peu de place aux exhubérances.

Parlons-en, des gros tubes. Ils y sont tous. Normal, Cali ne compte à son palmarès que deux albums et puis on se demande si le public n’aurait pas pendu haut et court leur idole s’il ne leur avait pas permi de chanter avec lui voire à sa place ce qu’il semble manifestement être venu entendre. Et puis il en joue, le Bruno. Quel est l’intérêt des mystères d’une longue intro à la trompette si ce n’est de dérouter les gens pour mieux déclencher leur liesse dès lors qu’il reconnaissent finalement les premiers vers de C’Est Quand Le Bonheur ? Puis faut les entendre, ensuite, hurler, crisser comme sur des montagnes russes. Attention : il n’est pas question ici de faire le procès d’un public qui a tout à fait le droit d’être content et de prendre activement son pied. Non, ce qui est plus ennuyeux, c’est que ces débordements auraient pu nous être un peu épargnés par un simple réglage du volume au mixage, afin, par exemple, au hasard, de nous laisser mieux profiter de la performance de l’artiste lui-même. Lequel doit être salué pour sa débauche d’énergie, sa volonté d’en faire plus pour ceux qui firent l’effort de venir le voir sur place, OK. Même s’il en fait vraiment des caisses, parfois. Ses délires émotifs et lubriques durant Pensons À L’Avenir, où pendant plusieurs minutes il invite chacun à caresser son voisin en gémissant de façon plus évocatrice encore qu’un Robert Plant en pleine bourre, sont simplement insupportables. In situ, sur l’instant, c’était sans doute marrant, comme une « private joke », mais hors contexte c’en est presque gênant.

Faut pas croire, Le Bordel Magnifique est loin d’être un mauvais disque pour qui aime Cali et ses histoires d’amour tantôt pathétiques tantôt teigneuses. Il y a même de bons moments pour ceux qui n’adhèrent pas au personnage (Dolorosa notamment). Mais sur l’ensemble, tout cela tourne trop au culte de sa personne pour être tolérable de bout en bout.



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Tracklisting :
 
1- Je Te Souhaite À Mon Pire Ennemi (5’00")
2- Je M’En Vais (Après Miossec) (4’26")
3- Je Ne Vivrai Pas Sans Toi (3’59")
4- C’Est Quand Le Bonheur (5’46")
5- Menteur (4’34")
6- La Fin Du Monde Pour Dans 10 Minutes (4’19")
7- Il Y A Une Question (5’28")
8- Je Sais (4’24")
9- Roberta (8’27")
10- Pensons À L’Avenir (7’42")
11- Dolorosa (5’39")
12- Le Grand Jour (4’34")
13- Qui Se Soucie De Ça (4’49")
14- Elle M’A Dit (5’42")
 
Durée totale : 74’49"