Livres, BD
Le Dictionnaire Snob Du Rock

Le Dictionnaire Snob Du Rock

David Kamp et Steven Daly

par Aurélien Noyer le 2 septembre 2009

4

paru le 23 novembre 2006 (Editions Scaly) : 213 pages

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Parce que c’est bien connu, les fans de rock (que, pour emprunter l’expression de cet astucieux dictionnaire, nous nommerons rockologues) sont des chieurs, l’utilité de ce petit livre est capitale. Tous ceux qui ont lu ou vu High Fidelity se souviennent du personnage pinailleur et pour tout dire insupportable de Barry (joué par l’immense Jack Black dans le film). Et s’ils sont honnêtes, ils vous diront que Barry représente à la fois tout ce qu’on peut aimer et détester chez un rockologue : une érudition conséquente sur tout ce qui touche au rock et une propension à le faire savoir et à imposer ses points de vue sur le sujet par tous les moyens.

Et bien ce que vous offre ce Dictionnaire Snob Du Rock, c’est de pouvoir décrypter et comprendre les multiples références qu’un Barry potentiel peut vous sortir au cours d’une de ces tirades dont les rockologues sont friands. Groupes obscurs, classifications de groupe absconses (du néo-folk psychédéliques ?), marques d’instruments « mythiques », etc... Autant d’entrées que ce dictionnaire vous propose de découvrir. Enfin, du moins, c’est ce qu’il prétend... Car, malheureusement pour le néophyte plein d’espoir, ce livre s’adresse avant tout au rockologue un minimum confirmé et a avant tout pour but de dénoncer avec beaucoup d’humour les travers de ce dernier. Comme l’explique le quatrième de couverture, le rockologue est une sorte de snob érudit cultivant avec une délectation contagieuse un élitisme des plus restreints, une partialité saugrenue et une certaine mauvaise foi lorsque son crédit est en jeu. Il préfèrera consacrer un paragraphe à Andrew Loog Oldham, le manager légendaire des Stones, que trois lignes au groupe lui-même. Vous vous reconnaissez dans cette description ? Alors, ce livre est fait pour vous.

Et je pense que vous vous amuserez beaucoup à le lire, car on y trouve toute la mauvaise foi et les travers élitistes qui peuvent affecter les discours sur le rock. Bien sûr, ces défauts sont passés au crible d’un humour d’autant plus percutant que les auteurs, journalistes à Vanity Fair, savent de quoi ils parlent (Steven Daly fut même le premier batteur d’Orange Juice, le groupe d’Edwyn Collins). Ainsi, on trouve des articles hilarants sur des quasi-inconnus que la rockologie a élevé au rang d’artistes cultes tel le fameux Alexander ’Skip’ Spence, batteur de Jefferson Airplane et surtout guitariste de Moby Grape (il est à noter que Spence est un artiste fétiche de ce monument de rockologie que sont Les Inrockuptibles). De la même façon, on trouve des termes plus saugrenus comme la définition du suffixe ica : « employé par les critiques rock et les musiciens pour donner une connotation vaguement futuriste et universelle à un mot banal ». Dans le même genre, on trouve aussi des explications des préfixes « psyché », « néo », etc... Certaines expressions sont également décortiquées. Donc, si vous voulez connaître le sens profond de « Cet album se révèle après des écoutes répétées », si vous voulez savoir ce qu’est un « mur de Marshalls », un son « cristallin » ou de la musique « roots », les définitions de ce dictionnaire ne vous aideront sans doute pas beaucoup. Mais si, par contre, vous avez déjà une petite idée sur la question, le ton décalé et pince-sans-rire des définitions ne saurait vous laisser indifférent, définitions parfois agrémentées de citations typiques du rockologues. Par exemple, l’article sur la compile Nuggets [1] se conclût par la très rockologique citation : « L’album Nevermind de Nirvana associait des mélodies beatlesiennes à une désinvolture très Nuggets. »

Outre le côté « dictionnaire » de l’ouvrage, on trouve aussi une série de listes (et oui, le rockologue adore faire des listes et des classements !!) toutes aussi saugrenues et indispensables les unes que les autres. Car, outre les classiques « livres que tout rockologue doit prétendre avoir lus » ou « films que tout rockologue doit prétendre avoir vus », on trouve aussi un « purgatoire des rockologues : les dix personnes que le rockologue se doit de haïr ». Et je ne peux résister au plaisir de citer le paragraphe sur McCartney : Paul McCartney, ex-Beatles. Haï pour son caractère joyeux au point de friser la sociopathie et pour les inusables pouces dressés en l’air qui vont avec. Pour Maxwell’s Silver Hammer, pour les Wings, pour Give My Regards To Broad Street. Pour avoir enregistré avec sa femme, mais d’une façon beaucoup moins cool que le couple Thurston Moore-Kim Gordon. Parce qu’il n’est pas John Lennon.

Maintenant, je ne vais pas décrire toutes les rubriques et entrées de ce fort amusant « dictionnaire ». Alors, c’est à vous de voir. Si vous ne comprenez pas ce qui peut être drôle dans le paragraphe sur le Beatle au sourire niais, si vous pensez qu’il est honteux de critiquer un artiste aussi talentueux que Macca, alors je suis désolé, mais cet ouvrage n’est définitivement pas pour vous. Pour l’apprécier, il faut savoir faire preuve de recul et de pas mal d’auto-dérision. Il faut savoir rire de ses propres défauts (car soyons honnêtes, nous sommes tous des rockologues snobs dans l’âme). C’est pour cela que ce livre a été écrit et il y parvient à merveille... Et puis, après tout, it’s only rock’n’roll !!!



[1Compilation de morceaux de garage-rock américain sixties

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