Incontournables
Mr. Fantasy

Mr. Fantasy

Traffic

par Psychedd le 27 septembre 2005

Sorti en décembre 1967 / Produit par Jimmy Miller / Enregistré entre avril et novembre 1967 aux Olympic Studios, Barnes, West London.

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Mr. Fantasy n’est pas un album comme les autres, loin de là... Rien que l’âge de Steve Winwood, arrangeur de tout l’album, multi-instrumentiste, œuvrant déjà dans le Spencer Davis Group, le tout à 19 ans. 19 ans, quand les rois de la pop que sont les Beatles ont déjà passé la vingtaine et qu’il viennent de faire leur Sgt. Pepper. Ses comparses ne sont pas plus vieux et tout aussi multi-instrumentistes, permettant un foisonnement d’idées et d’expérimentations...

...Surtout quand les quatre larrons décident de s’installer en communauté dans la campagne du Berkshire, la créativité fuse littéralement et les compositions brillantes, extravagantes, en un mot, psychédéliques qui en ressortent sont aussi bien inspirées par la vie quotidienne, que par la prise de drogues et des pensées philosophiques, choses on ne peut plus normales à cette époque.
Les compositions sont d’ailleurs si brillantes qu’il est vite hors de question de les sacrifier à la simplicité, juste pour les jouer en concert. Non... A l’instar des Beatles, toutes les technologies modernes des studios, la magie de la stéréo et des consoles 8 et 16 pistes seront utilisées. Bonne décision, la seule pouvant restituer correctement ce bouillonnement créatif et toutes les influences utilisées, digérées et re-créées à la sauce Traffic.

Rien que le début en contretemps de la première chanson, Heaven Is In Your Mind, surprend, intrigue et séduit. La suite est tout aussi surprenante avec l’utilisation de la stéréo et ces voix qui se promènent d’une enceinte à l’autre. Pour bien se mettre en condition, le refrain annonce :

Guiding your visions to Heaven
And Heaven is in your mind

Comme un voyage qui commence, il se poursuit dans le Berkshire (Berkshire Poppies), leur chère campagne, pour une critique humoristique de la vie en ville, avec une sorte de piano de bar, d’un saxo jazzy comme il faut et divers bruitages. Au fond, tout reste d’une très grande spontanéité, ce n’est pas parce que la meilleure technologie est utilisée qu’il faut figer l’album dans un sérieux qui serait mal venu pour exprimer toute la fantaisie de la jeunesse...
Fantaisie qui n’est pas que dans le titre de l’album, mais aussi dans la chanson House For Everyone, un morceau pop efficace, enfantin à souhait avec un petit fond philosophique idéal pour l’ambiance, et toujours sans se prendre au sérieux. C’est fort !
On zappera plus volontiers la chanson d’après, sauf si l’on aime les chansons d’amour un peu lacrymales et la flûte (au demeurant, très bon jeu de flûte tout au long de ces 10 morceaux !).

Arrive la chanson Dear Mr. Fantasy aux influences blues et l’on commence à se rendre compte d’une constance dans certaines compositions du groupe : le rythme, souvent lent dans les couplets, s’accélère un peu dans les refrains. Mais on ne peut pas leur en vouloir, quand une recette marche, il faut en utiliser toutes les facettes (et cet effet n’est pas systématique à toutes les chansons). Le guitariste, Dave Mason, fournit un très bon solo au milieu de la chanson et ça repart pour un tour à la fin, structure très classique pour un bon morceau de rock, sauf que d’un coup, ça s’emballe, dommage que ça ne dure pas plus longtemps.
L’ambiance change juste après et tandis qu’une flûte toute en légèreté domine l’ensemble, Dealer est plus « pesante », plus lourde et d’une ambiance plus grave. Il faut dire que le thème n’est pas non plus très simple ou très gai mais c’est un bon morceau, très moderne et qui peut très bien s’appliquer à n’importe quelle époque par son contenu descriptif.
Utterly Simple rassemble tout ce qui se fait dans la mode indianisante du moment, sitar et tambourins indiens avec paroles métaphysiques sur le sens de la vie, ça louche carrément vers les morceaux de George Harrison pour les Beatles. Et Dave Mason se débrouille très bien, plus qu’une pâle copie, on peut presque voir ça comme un hommage.
L’album s’achève sur l’instrumental Giving To You, qui est jazz... D’ailleurs, c’est dit au début du morceau : « Well, I’m in jazz !  ». La flûte est excellente, le rythme entraînant. Une vision du jazz, certes personnelle, mais qui plaira à tout inculte en cette matière dont je fais partie...

Au final, un seul regret : que l’album ne dure pas plus longtemps. Mais bonne nouvelle, il a été réédité avec des morceaux en bonus, la version américaine en mono du disque apparemment. Car on sent bien que Traffic a beaucoup de choses à dire et beaucoup de talent à faire partager.

Mais rien que les dix morceaux de l’album original suffisent à découvrir et apprécier l’univers de Traffic. A essayer donc...



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Tracklisting :
 
1. Heaven Is In Your Mind (4’20")
2. Berkshire Poppies (2’58")
3. House For Everyone (2’06")
4. No Face, No Name, No Number (3’34")
5. Dear Mr. Fantasy (5’43")
6. Dealer (3’12")
7. Utterly Simple (3’19")
8. Coloured Rain (2’44")
9. Hope I Never Find Me There (2’10")
10. Giving To You (4’24")
 
Durée totale : 34’30"