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Merriweather Post Pavilion

Merriweather Post Pavilion

Animal Collective

par Yuri-G le 17 février 2009

4

paru le 12 janvier 2009 (Domino/PIAS)

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Pas gagné pour Merriweather Post Pavilion. À l’heure où était annoncé ce nouvel album d’Animal Collective, l’impression de pastiche dégagé par le précédent, Strawberry Jam, avait refroidi les ardeurs. L’attente de cette sortie s’est faite sans nous : parce que leur musique semblait devenir mécanique, confuse jusqu’à devenir horripilante. Parce que leur aura grandissante de « génies pop » n’arrangeait guère les choses. Mais, le moment venu, on ne pouvait que s’y mettre. Il fallait inévitablement écouter. Au départ, désillusion. Ça y était donc, ils étaient devenus irrécupérables. La sensation d’esbroufe sonore toujours d’actualité, nous voilà rebutés par la surface, certes plus dégagée, mais nettement digitale, sans plus d’aspérités. Le groupe avançait dans une direction synthétique qui ne séduisait pas. Ponctuées de quelques trouvailles, les premières écoutes se déroulèrent sans grande passion. Les chansons filaient comme des petites choses sans grâce ni pouvoir, renforcées dans leur impuissance par l’écho dantesque qui se profilait dans la blogosphère et autres webzines américains au goût tout-puissant. Mais à présent, un peu plus d’un mois après sa sortie, les perceptions ont changé.

Ce n’est pas tant grâce à une quelconque auto-persuasion pour dissiper les brumes de Merriweather Post Pavilion. Simplement, ce neuvième opus, bien qu’il soit clairement plus abordable qu’aucun autre des Animal Collective, est lui-même un objet mystérieux, aux facettes multiples. Avant tout, il a beaucoup plus de ressources à dévoiler que son prédécesseur. Il fait les choses de manière détournée. Le plus pop du groupe, lit-on unanimement ? On pourrait dire ça. Mais comment expliquer ce qualificatif quand leurs compositions reposent cette fois-ci entièrement sur des textures électroniques, encerclant de toute part chaque bribe d’arrangement, bouclées en circuit fermé ? Des motifs/séquences qui s’étirent à l’infini, sans constituer de véritables mélodies : où peut-on parler de « pop » ? De toute évidence, la notion, si elle doit s’appliquer à Merriweather... est retorse. Mais elle est inévitable.

Soyons clair : Animal Collective a totalement lâché les facettes organiques de la période Feels. On doit l’accepter : ces types ont désormais la tête dans les machines. Kraftwerkien dans l’âme, l’album l’est. Vous pourrez reconnaître quelques arpèges de guitare (délicieusement ensorcelants) sur In The Flowers, mais pour le reste, ce n’est que claviers, voix, bruitages traités par ordinateur. En résulte une volée de morceaux qui glougloutent, parés de répétitions obsédantes, de basses compactées, de rythmes technoïdes et de textures qui témoignent encore d’un goût pour la cacophonie. Il y a surtout, en toile de fond, cette petite marche ronronnante et imperturbable qu’on retrouve sur les disques krautrock. Tout cela donne une opacité bienvenue à une oeuvre qui se présente comme une somme homogène, sérieusement plus cohérente que dans le précédent essai. Et pour survoler cette étrange masse bourdonnante, Avey Tare et Panda Bear déploient les harmonies vocales dont on les sait friands depuis un bon bout de temps. Elles atteignent désormais des sphères renversantes. Leurs voix s’élancent pour aller chercher des dénouements mélodiques surprenants (Bluish), des alliances irradiantes (Also Frightened), creuser des sillons surnaturels (No More Runnin). Comme une prodigieuse matière dont on ne sait quelle forme elle prendra sur tel ou tel support, ces harmonies s’immiscent avec une créativité et une beauté sûres dans les cadences rebondies et autres sonorités aquatiques réparties sur Merriweather Post Pavilion. Parlons de pop, mais de pop quasi-autiste n’ayant que faire de son statut.

C’est une véritable odyssée psychédélique dans laquelle on s’immerge. L’affluence de détails épars - vrombissements, stridences, échos, amplifications - crée l’illusion. Comme celle de la pochette. On tombe dedans pour une bonne raison : Animal Collective retrouve pour la plupart ce qui avait été négligé, à savoir sa force d’incantation. Ainsi en est-il dans l’ouverture In The Flowers, où, après avoir navigué en apesanteur, retentissent des décharges percussives et des giclées synthétiques terrassantes. Le titre Bluish est également témoin de ce retour en grâce. En l’espace d’une phrase (« I’m gettin’ lost in your curls ») et de quelques ondulations de claviers, un trouble romantique se dégage. Les meilleurs instants sont ceux-là mêmes ; des passages semblent s’ouvrir vers cet univers marin que crée la musique, menant à des songes intrigants, dont on sent qu’ils peuvent être encore modelés, parfaits dans leurs images au fil des écoutes.

Merriweather Post Pavilion est en définitive une belle échappée. Alors qu’on doutait fortement de retrouver ce type de liberté avec Animal Collective. Mais ne pas se voiler la face : le groupe est encore trop sûr de son pouvoir d’émerveillement. Deux, trois morceaux dégagent une béatitude à la limite de la suspicion et de l’agacement. Il y a des ratés, des failles (Brother Sport, final douteux bien que récréatif ; on ne sait si l’on se trouve dans une rave à Rio, ou bien dans une fête foraine, la tête coincée dans les enceintes du stand d’auto-tamponneuses). Et pourtant, on s’y attache au-delà de tout. Au-delà de savoir s’il se trouve être le point d’achèvement de la discographie du groupe, au-delà même de s’interroger sur leur statut d’inventeurs formidables (une assertion au centre de beaucoup de préoccupations). Animal Collective nous réconcilie avec leurs excentricités. Laissons tomber le sens de cet album. Laissons tomber sa portée. Il s’agit juste d’y plonger la tête entière.



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Tracklisting :
 
1. In The Flowers (5’22")
2. My Girls (5’41")
3. Also Frightened (5’14")
4. Summertime Clothes (4’30")
5. Daily Routine (5’46")
6. Bluish (5’14")
7. Guys Eyes (4’31")
8. Taste (3’53")
9. Lion In A Coma (4’12")
10. No More Runnin (4’23")
11. Brother Sport (5’59")
 
Durée totale : 54’42"