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Riddle Of Steel

Riddle Of Steel

par Parano le 29 janvier 2008

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Riddle Of Steel pourrait être « the next big thing ». Issue de la scène rock indépendante, le trio du Minnesota sort du ghetto underground, avec un troisième album exceptionnel.

Riddle of Steel, quel est le rapport entre Conan le barbare et le rock independant (le nom du groupe fait référence à l’histoire de Conan, NDA) ?

Andrew (guitare, chant) : Notre nom ne fait pas directement référence au rock indé. Nous l’avons choisi parce qu’il sonnait bien. Sans vouloir être excessif, ni ridicule, car nous ne sommes qu’un groupe de rock, je dirais que the riddle (l’énigme) et the steel (l’acier), mettent en relation l’esprit et la matière. L’acier ne représente rien, avant qu’une personne ne décide de créer quelque chose avec. Cette chose n’aurait jamais existé sans son créateur. C’est ce que les artistes font tous les jours.

Aujourd’hui, Conan/Schwarzenegger est gouverneur de Californie. Reagan l’a été avant lui. Vous êtes engagés politiquement ?

J’essaie d’être le plus attentif possible aux évènements politiques. En ce qui concerne Reagan et Conan, je crois qu’élire un acteur à un poste de responsabilité est un phénomène lié à l’« humain ». Les gens votent pour eux parce qu’ils ont l’impression de les connaître à travers les films ou la TV. Je ne veux pas en dire plus, car je ne représente qu’un tiers du groupe, et que je ne peux pas parler pour les autres. J’ai des opinions politiques précises, mais je les réserve pour une prochaine interview (sourire).

Comment avez-vous formé le groupe ?

Le groupe est né en 2000, lorsque j’ai quitté San Diego, en Californie, pour revenir à St Louis. Je connaissais Jimmy, notre bassiste, depuis un petit moment. Il avait envie qu’on fasse de la musique ensemble. C’est ce que nous avons fait, à mon retour. Notre premier batteur s’appelait Ken McCray, un bon ami, qui joue aujourd’hui dans Shame Club, un groupe rock plus conventionnel.

Vous avez signé chez Ascetic Records. L’ethique underground, l’esprit DIY (Do It Yourself, NDA), c’est important pour vous ?

Yeah, nous sommes sur Ascetic Records, qui est dirigé par un des meilleurs type au monde, Hieu Nguyen. En ce qui concerne l’esprit « DIY », je dirais que c’est une philosophie que nous partageons tous. C’est l’idée que tu n’attends pas tranquillement assis, que quelqu’un fasse quelque chose pour toi. Tu le fais toi-même. Ceci dit, nous ne sommes pas contre l’aide extérieure pour le groupe, qu’elle soit volontaire, ou que nous payons pour un service. Quant à l’éthique underground… j’ai 31 ans, et je peux t’assurer qu’à St Louis, tout au moins, il n’existe pas de scène underground. En tout cas pas selon ma propre définition. Pas de concerts sauvages, pas de lieux indépendants, etc… Je ne saurais dire si c’est une bonne chose, ou pas. Au-delà de toutes ces histoires sur l’underground, l’important c’est d’être indépendant. En fin de compte, cette musique est la notre, et elle le restera.

Vous avez enregistré 1985 avec Paul Malinowski, du groupe Shiner, qui est une de vos influences. Comment est-ce arrivé ?

Nous connaissions Paul depuis pas mal de temps, car nous fréquentons la même scène. Paul est un chic type, et nous savions qu’il enregistre des groupes. Lorsque nous avons décidé de faire un nouvel album, nous avons choisi de faire appel à lui. Et nous sommes très heureux d’avoir pris cette décision.

L’album a été facile à enregistrer ?

Franchement, oui. L’enregistrement a été très détendu, très confortable. Le studio était situé chez un ami, avec une arrière cour très sympa, deux chiens, et plein de bières. C’était une très bonne expérience.

1985 a un son clair et percutant. Python et Got This Feelin’ (NDA : les albums précédents) sonnaient de façon moins naturelle, plus lourds. C’est ce que vous vouliez ?

Oui et non. Comme nous avons enregistré dans un studio différent, avec un ingé son différent, nous savions que 1985 sonnerait différemment. Nous voulions un son un peu plus « intemporel » qu’auparavant. Un son plus « naturel » ; comme tu dis. Nous sommes vraiment contents du résultat. Paul est épatant.

1985, c’est un hommage à l’album 1984 de Van Halen, ou au livre de George Orwell ?

Peut-être un peu des deux. (sourire)

Vous avez tourné avec Headcases (groupe français dont le dernier album est distribué par Ascetic Records, NDA). C’était comment ?

Oh, écoute… on ne dira jamais assez de bien d’Headcases. Nous aimons ces mecs, et ils nous manquent beaucoup ! Non seulement c’est un très bon groupe, mais en plus ce sont des gens de valeur. C’est rare. J’espère qu’ils ont eu autant de plaisir que nous à faire cette tournée. Avec un peu de chance, on pourra jouer en France avec eux. Je suis très content qu’Ascetic Records soit capable de distribuer leur album aux USA.

Quand allez vous revenir jouer en Europe ?

Hum… en 2008, c’est tout ce que je peux dire. Nous n’avons pas de plan précis pour l’instant. Peut-être au printemps prochain ?

Andrew, ton jeu de guitare est assez inhabituel, assez sophistiqué. Tu n’aimes pas les power chords ?

Ha ! merci du compliment. En fait, j’utilise des power chords, pour la première fois, sur le dernier album. Je dirais que, par le passé, je faisais l’effort d’écrire des parties de guitare plus complexes. Pour 1985, j’ai voulu trouver le meilleur équilibre entre complexité et musicalité. Il est facile d’écrire une ligne de guitare compliquée, mais incroyablement difficile d’écrire quelque chose de mélodieux, mémorable et unique. Quelque chose qui compose une chanson, plutôt qu’une succession de parties hasardeuses ou mal reliées. Ceci dit, j’aime les accordages alternatifs. J’en utilise trois différents, que j’essaye de garder secrets. Sans cela, je tomberais vite à cours d’idées !

Les lignes de basse, dans ROS, sont très impressionnantes. Il y a une compétition entre toi et Jimmy (Vavak, bassiste de ROS, NDA) ?

Oui, Jimmy est un très bon bassiste, mais il n’y a aucune compétition entre nous. C’est juste notre façon de jouer. Jimmy est capable de proposer des lignes de basses intéressantes et mélodiques, qui collent parfaitement avec la batterie de Rob. C’est le style que je préfère, J’ai beaucoup de chance de jouer avec une telle section rythmique.

L’arrivée de Rob (Smith, batteur de ROS, NDA) a donné un son plus direct, plus musclé, au groupe. Tu es d’accord avec ça ?

Je suis d’accord. Le jeu de Rob est plus percutant que celui de nos précédents batteurs. C’est un style que nous aimons. J’aime les batteurs démonstratifs, impressionnants, mais il faut trouver un juste milieu. Selon moi, Rob est la meilleure combinaison de styles, spécialement pour la musique que nous jouons.

Votre musique est trop sophistiquée pour le punk rock, et trop abrasive pour le prog. Vous avez eu des difficultés à trouver un public ?

C’est vrai. Mais il semble que le public « punk rock » réagisse moins bien à notre musique que le public « prog ». Cela prouve, selon moi que le punk rock est devenu une affaire de mode (aux USA en tout cas). Beaucoup de gens écoutent du punk ou de l’emo, vont à des concerts punk/emo, principalement parce que c’est tendance. Le public plutôt prog semble s’intéresser davantage à la musique… Je sais que c’est une généralisation, donc j’exagère peut être. Mais pour répondre à ta question, je n’ai pas l’impression qu’il ait été difficile de trouver des fans. Après tout, si nous sommes trois à apprécier notre musique, nous ne devrions pas être les seuls, non ?

Vous voudriez avoir plus de succès ?

Et bien… ça dépend de ce que tu entends par succès. D’un côté, nous avons réussi à sortir 3 albums, à sillonner les États-Unis d’Est en Ouest, un nombre incalculable de fois, à jouer deux fois au Royaume-Unis et en Europe. Nous avons fait beaucoup. Mais, c’est vrai, ce serait bien de pouvoir payer nos factures avec l’argent que nous gagnons grâce au groupe. Disons que si nous pouvions avoir un public de 250 – 300 personnes à chaque concert, ça serait bien. Mais, nous ne regrettons pas que ce ne soit pas encore le cas. Si le groupe devait disparaître demain, nous serions fiers de ce que nous avons fait.

The Police est une des influences du groupe. Tu penses quoi de leur retour ?

Ma copine m’a acheté des places pour leur concert à St Louis. J’aime The Police depuis très longtemps, et les voir jouer live, c’était presque incroyable. Bien sûr, tout n’était pas parfait, mais Andy Summers était époustouflant. De loin le musicien le plus affûté de la soirée. J’aimerais bien qu’ils enregistrent quelques nouveaux titres.

Led Zep est également de retour. Vous devez être heureux, non ?

Il reste à voir combien de temps cette reformation va durer. Pour l’instant, c’est juste pour un soir. Nous ferions n’importe quoi pour les voir en concert. Je sais que nous n’avons pas un son rock bluesy classique, comme Led Zep, mais nous sommes vraiment fans de ce groupe.

Vous voudriez jouer avec quel groupe ?

Ecoute, il y en a tellement… en comptant les groupes actifs, et les groupes disparus, je dirais… Jesus Lizard, Jawbox, QOTSA… et je pourrais continuer longtemps. Nous avons déjà joué avec tellement de groupes que nous voulions rencontrer, comme Rye Coalition, Cave In, High On Fire, Brant Bjork, Dismemberment Plan, The Forms, Headcases, Open Hand, Don Caballero, Fucking Champs, etc..
Oh, attends… tu veux peut être parler du groupe dans lequel j’aimerais jouer personnellement, en tant que guitariste ? Si c’est ça ta question, la réponse est : Le groupe dans lequel je joue. (ce n’était pas ma question, mais la réponse est intéressante ! NDA)

Andrew, tu sembles en colère contre Radiohead ?

Et bien, je suis vraiment un grand fan de Radiohead. Tu veux parler de mon blog à leur sujet ? (Andrew a pris position sur Internet contre le téléchargement libre de l’album « In Rainbows », NDA) le problème, c’est de laisser quelqu’un payer ce qu’il veut pour obtenir une œuvre, au point qu’il puisse l’avoir gratuitement. Je crois que les gens, Radiohead inclus, ne voient pas les conséquences de cela. D’un point de vue philosophique, il est parfaitement juste qu’un artiste espère être payé pour son œuvre. Ce n’est pas parce que quelqu’un aime ce qu’il fait, qu’il ne mérite pas d’être payé. Ceci dit, Radiohead peut choisir de donner sa musique, si ça lui chante. Mais je crois que cela propage l’idée, au sein du grand public, que la musique devrait être gratuite. Je ne dirais jamais assez à quel point je suis opposé à cette idée. Pourquoi tous les arts ne seraient-ils pas gratuits ? pourquoi faudrait-il payer les musiciens ? Pourquoi payer pour un concert ? Pourquoi payer pour un film ? La musique est l’œuvre de musiciens. Prétendre qu’ils ne doivent pas être payés sous prétexte qu’ils aiment ce qu’ils font, est pour moi une vision de la vie très sombre. Cela signifie, en fin de compte, que le succès et le plaisir sont incompatibles, et que les seules personnes qui méritent d’être payées sont celles qui détestent leur boulot, ou qui font un travail qu’ils méprisent. Ce n’est pas ma vision de l’existence. Imagine, si Radiohead avait donné sa musique tout au long de sa carrière. Ils n’existeraient pas. Personne ne les connaîtrait, et tous les fans de Radiohead, dont les vies ont été illuminées par leur musique, que feraient-ils ???
Le droit du consommateur n’est pas d’avoir quelque chose gratuitement, mais d’avoir le choix d’acheter une chose ou pas.

Le téléchargement, le Peer to Peer, c’est le moyen pour ROS de se faire connaître ?

Je n’en suis pas sûr. Une chose gratuite est intrinsèquement d’une moins grande valeur, d’une signification moindre. Avec le téléchargement gratuit tu as un autre problème, tout au moins aux USA : les gens ne viennent plus aux concerts. Pour moi, l’idée que distribuer ta musique gratuitement amènera du monde à tes concerts est fausse. Nous voyons bien le résultat. Si les chansons sont gratuites, pourquoi les concerts, les tee-shirts et les DVD ne le seraient-ils pas ?
La musique a plus de valeur que ce que les gens ne le pensent. Imagine la vie sans elle. Les gens ne payent rien grâce à un avantage technologique, mais ce n’est pas juste. Pour moi, dépenser 10 dollars pour un CD que j’aime et que je garderais tout au long de ma vie, c’est une affaire. Si je n’aime pas, je n’achète pas. Je payerais deux fois ce prix pour un CD de Led Zep, Bowie ou Police. Ceci dit, je ne pense pas que cela durera, donc c’est aux musiciens et aux groupes eux même de trouver d’autres moyens de gagner de l’argent pour continuer à jouer et à enregistrer.
J’insiste, je crois sincèrement qu’un groupe peut choisir de donner sa musique, si c’est ce qu’il veut. Nous le faisons souvent. Mais je ne suis pas d’accord avec cette idée qu’un fan a le droit d’avoir la musique gratuitement. Ce ne doit pas être un droit, ce doit être un cadeau. La musique représente tellement pour moi, je ne pense pas que je pourrais penser autrement, un jour.

Vos projets pour 2008 ?

Tourner, tourner, et tourner encore ! aux States, au Royaume –Unis, et en Europe. Marteler des milliers de crânes.

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