Livres, BD
Status Quo

La Route Sans Fin

Status Quo

Philippe Duponteil, Philippe Robin

par Our Kid le 27 juin 2006

4,5

paru en 2005 aux éditions Le Camion Blanc, 454 pages

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De nos jours, il est de bon ton de se gausser de Status Quo et d’ailleurs personne ne s’en prive, les critiques musicales en tête. Au fait, sait-on ce qui rend ce groupe si risible ?

A priori, rien de renversant et à y réfléchir, Status Quo est une formation comme il en a existé des dizaines en Grande-Bretagne durant les années 1960, période où se rencontrent les deux leaders, Francis Rossi et Rick Parfitt. En fait, là où l’on ne rit plus, c’est que le groupe existe toujours ! Et oui, il entre dans le cercle très fermé des dinosaures toujours en activité, aux côtés des Graviers, des Hollies, de Queen, des Stooges, de MC5, etc... En gros, on a affaire à des acharnés qui ne sont évidemment pas prêts de renoncer. C’est cet aspect qui rend le groupe sympathique et qui irrite également. À s’y pencher de plus près, on constate que c’est un réel miracle que Status Quo soit encore en vie. Cette fois, c’est la fascination et le respect qui apparaissent. Justement, la présente biographie - la première en français - se propose de nous relater la carrière du groupe. Réalisée par deux amoureux du groupe, le travail est colossal (454 pages !) et la lecture y est fascinante. La force de cet ouvrage réside dans la présence d’illustrations, d’affiches de tournées et dans le souci d’exhaustivité. Plus qu’un simple exposé de dates, cette biographie met en avant la bande à Rossi à travers son côté sympa, travailleur, et ce, à coups d’anecdotes toujours amusantes et croustillantes. On apprend que JJ Goldman est un fan du groupe, que la bande à Rossi, durant sa jeunesse, dut changer son nom de The Traffic en The Traffic Jam pour éviter tous problèmes avec le combo de Stevie Winwood...

Ainsi, on découvre - mais ce n’est pas une réelle surprise - que les débuts de Status Quo sont des plus communs pour la décennie sixties : des amis se rencontrent à l’école et jouent pour le plaisir, puis, ils décrochent quelques engagements et se mettent à jouer dans des stations balnéaires, durant les vacances scolaires. Le travail de scène prend et la petite troupe passe à la composition. Il y a le traditionnel nom du groupe à changer (de The Spectres en The Traffic Jam en The Status Quo puis simplement Status Quo), la signature avec un label qui ne fait pas trop d’efforts pour promouvoir ses recrues... l’histoire est classique mais révélatrice d’une époque. On est surpris de découvrir une période psychédélique chez ce groupe (que l’on croit né le boogie aux fesses), frappé d’apprendre que son premier single (Pictures Of Matchstick Men) entre directement à la 7ème place des charts britanniques, amusé d’entendre Rossi révéler que ce morceau a été écrit dans... ses toilettes ! Jusque là, rien d’exceptionnel mais alors que d’autres formations resteront sur le carreau, Status Quo saura surmonter la fin du psychédélisme en se forgeant un style propre, à base de blues et de rock : le fameux boogie rock et ses douzes mesures. Véritables incarnations de ce style, les Anglais vont même plus loin : ils inventent carrément un look « crade », à base de jeans, de T-shirts et de cheveux (très) longs. Ainsi, on est amusé de lire que la marque Levi’s s’est attaché les services du groupe pour ses publicités. De même, l’attitude à venir hard-rock, gothique, c’est-à-dire une tête qui remue ses cheveux longs de bas en haut, des guitares jouées à saturation : c’est Status Quo qui l’a mise au point !

Avec ce style, la machine est lancée et les succès tombent. La Grande-Bretagne, l’Europe et même la France succombent. Il faut dire que le groupe est généreux et ne rechigne pas à tourner, ce qui permet d’accueillir de plus en plus de fans à travers le monde. Ce qu’il y a aussi, c’est que le Quo est un groupe de rock et qu’il a connu son lot d’excès : les tournées américaines et ses groupies, les boissons en tous genres, les drogues en tous genres... Justement, au début des années 1980, au moment où l’addiction de Rossi à la cocaïne est astronomique, le groupe va mal : départ de membres, besoin de souffler, perte d’envie... On ne donnait pas cher de la peau du groupe qui entre en sommeil pour un temps, miné par des problèmes d’utilisation du nom de groupe que le bassiste dissident Alan Lancaster s’estime propriétaire... Revigoré par des concerts de charité (Status Quo inaugure le Live Aid en 1985) et des collaborations toutes azimuts, le groupe trouve un second souffle et reprend la direction des studios et des stades avec un line-up tout neuf. À un moment donné, Rossi et sa bande se rendent compte que le boogie ne peut se passer d’eux et qu’ils se doivent de continuer et d’être présents, chose qu’ils font toujours en ce début de XXIème siècle.

Les succès pleuvent (In The Army Now) et le groupe décide de s’attaquer à des records de plus en plus fous : le Quo entre dans le Guinness Book Of Records en donnant quatre concerts en moins de douze heures dans quatre villes différentes, sur une idée (?) de leur manager qui l’aurait rêvée ! Les hommages affluent et les récompenses pour leur contribution à l’industrie musicale britannique les consacrent définitivement dans le gotha du rock. Malgré tout, on s’aperçoit que ses membres ne changent pas, ils sont toujours fidèles à la classe ouvrière et manient l’humour et l’auto-dérision à merveille. D’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, le film Spinal Tap de Rob Reiner s’inspire largement de Status Quo pour présenter son groupe, Spinal Tap. Et c’est cela qui rend la bande si sympathique, cette simplicité et les anecdotes pataudes - à la limite du gag - comme lorsque Rossi tombe dans une mare remplie de poissons, au Japon, après avoir « glissé » d’un pont, le roadie qui se fait expulser de la scène par la sécurité et qui ne peut rentrer dans la salle de concert, les cheveux du guitariste emmêlés dans les clés de la guitare de son bassiste qui les obligent à se suivre durant tout un concert, etc... Cela renforce l’affection pour ce groupe, en dehors de toute considération musicale.
En 1995, en pleine brit pop et durant la guéguerre médiatique Oasis/Blur, le groupe se retrouve au creux de l’affaire, étant respecté et admiré par l’une des formations, dénigrée par l’autre. Comme d’habitude, la bande prend cela avec le sourire. Depuis, le groupe poursuit ses tournées et sort régulièrement des albums. D’où la justesse du sous-titre : La Route Sans Fin.
Ultime hommage et la preuve que le groupe revient en grâce : le duo electro Death In Vegas reprend des samples du premier tube du Quo Pictures Of Matchstick Men sur son album Scorpio Rising en 2002 avec aux chants un certain Liam Gallagher d’Oasis...

Au final, quelques chiffres qui éclairent assez bien la carrière des Anglais : 40 ans d’activité, le plus grand nombre de singles dans les charts britanniques (devant les Rolling Stones et bien d’autres) et il existe même une étoile portant le nom de Status Quo ! Qui dit mieux ?



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