Livres, BD
Victor Jara : an unfinished song

Victor Jara : an unfinished song

Joan Jara

par Vyvy le 12 février 2008

4,5

paru chez Bloomsbury (paperback edition) en 1998 et chez Aden en septembre 2007 pour la traduction française

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Peut-être ne le connaissez-vous pas. Peut-être avez-vous déjà entendu son nom, au coin de la table, au recoin d’une chanson (car des Clash à U2 on lui rendit hommage [1]). Peut-être êtes-vous un fervent admirateur de sa carrière de chanteur révolutionnaire, et avez-vous la Zamba del Che comme sonnerie de portable. Peut-être enfin, que vous avez été bercé par ses ballades lors de votre enfance et que votre complète incompréhension de la langue de Cervantès vous empêche de comprendre de quoi parle le bel homme en poncho posant devant le Machu Pichu en 1973.

Quoi qu’il en soit, laissez moi vous conviez, le temps d’un court article, dans les pages de Joan Jara et sur les pas de Victor Jara. Allons au Chili, oui, changeons d’hémisphère et allons donc en été. Et remontons le temps, jusqu’au milieu des années 50, quand commence réellement cette histoire.

Quelle est donc cette histoire ? C’est l’histoire d’une danseuse anglaise, qui tombant amoureuse d’un danseur chilien, l’épouse et l’accompagne au pays en 1954. C’est l’histoire de ce jeune homme auquel elle donne des cours d’expression corporelle, et qui deviendra, après bien des péripéties, son deuxième époux chilien, autour duquel vivra sa famille. C’est l’histoire de cet homme, Victor Jara, qui du village miséreux qui le vit naître à la ville qui emporta sa mère, se construisit un parcours, laborieux. D’enfant de la classe populaire, il deviendra un des plus grands metteurs en scène de théâtre de sa génération en Amérique latine. Puis, démangé, rattrapé par les non-évènements et la stagnation de son pays, il se fait chanteur de cette classe, artiste populaire car venant du peuple, ou, comme il aimait à se décrire, travailleur culturel. C’est l’histoire d’un renouveau culturel fondé sur le retour aux sources. L’histoire de ces jeunes gens qui vont cueillir les chants des bouches des paysans dans la montagne, et du mouvement, de renaissance, puis de création d’une Nouvelle Chanson Chilienne. Et c’est enfin l’histoire du Chili, de ce milieu des années 50 au 14 septembre 1973, ou, trois jours après « l’autre onze septembre » et la chute de Salvador Allende, les mains brisées à coup de bottes et de crosses de mitraillettes, le corps criblé de balles de Victor Jara est jeté dans une ruelle sale d’un quartier de Santiago.

Il y a bien des moyens de présenter l’évolution des protagonistes de ce livre, écrit une dizaine d’années après les faits, et qui vient seulement d’être traduit en Français. Musicalement, c’est la création d’une production chilienne indépendante de l’invasion FM américaine, qui dans sa chasse gardée (doctrine Monroe oblige) importe des idoles ou les crée sur place. C’est graduellement l’évolution de ces chansons d’un contenu traditionnel et descriptif vers un contenu de plus en plus engagé et actif. Humainement parlant, c’est l’histoire d’un homme, d’un couple, raconté par sa femme, sa femme qui vient d’une autre culture, d’autres moeurs. Politiquement, c’est l’histoire d’un engagement commun pour que le Chili décide au Chili, l’histoire rageuse de massacres de paysans qui réclament des terres, l’histoire de la montée en force du parti communiste chilien et de ses alliés, jusqu’à l’élection en 1970 de Salvador Allende à la présidence du Chili. Et l’histoire triste de la lutte de ce gouvernement élu démocratiquement contre une très riche opposition, soutenue par un grand frère très intéressé par les mines du pays et qui voit décidemment très mal le rapprochement avec le Cuba de Fidel Castro.

Racontant des anecdotes de la vie de tout les jours, les fait divers qui ont donné telles ou telles chanson, l’évolution de Victor Jara et d’autres (notamment Quilapayùn ou Inti-Illimani), le mélange des genres entre Théâtre, Danse et Chant auquel ce couple contribuait, l’émulation artistique, estudiantine et politique d’un Chili qui s’ouvre lentement, glorieusement, avant de réaliser rapidement que ce n’était pas son heure, Joan Jara conte un pan d’Histoire, celle d’un homme, d’une musique, celle d’un pays, d’un idéal, avec finesse et conviction.



[1Washington Bullets sur Sandinista pour les Clash avec un please remember Victor Jara, in the Santiago stadium et One Tree Hill sur Joshua Tree pour U2 avec dans les paroles Jara sang his song a weapon / In the hands of love / You know his blood still cries from the ground

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom