Films, DVD
The Texas Chainsaw Massacre

The Texas Chainsaw Massacre

Tobe Hooper

par Psymanu le 20 décembre 2005

5

Paru en 1974.

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En 1974 parait une des œuvres classées « horreur » qui auront fait couler le plus d’encre. A tort, et à travers. Interdit par chez nous, odieusement censuré, classé X, tronçonné (ha ha), il ne dû sa reparution en France qu’à un revirement politique au début des années 1980. Qu’importe, il avait déjà acquis son statut culte chez tous les amateurs du genre, parfois même avant d’y avoir seulement jeté leurs yeux avides et avertis.

Le propos ? Très simple, en apparence. Une bande de jeunes se rendent dans la maison natale de deux d’entre-eux, au fin fond du Texas, et vont avoir affaire à une famille locale et voisine aux mœurs pour le moins étranges. Des scénarii de ce type, on en connaît aujourd’hui plusieurs dizaines, et pour qui découvre le film aujourd’hui, rien ne prépare à priori à ce qui va suivre. Dès le départ, dès le générique, l’air se raréfie autour du spectateur. Une image rougeoyante, on devine des éruptions solaires, tandis qu’en fond, on entend quelqu’un trimer. A quoi ? Qui est-ce ? Puis des flashs lumineux nous balancent des images, que l’on distingue mal, des morceaux de cadavres, accompagnés de stridances à s’en déchirer les tympans. Plan large : une écœurante sculpture mortuaire sur une tombe. On ne saisit pas bien ce qui se passe mais ça sent déjà mauvais.
Car si l’on devait décrire Massacre A La Tronçonneuse en terme de sensations, on parlerait de chaleur suffocante et d’odeur de pourriture. La soleil frappe fort. Rien ne va. Franklin Hardesty est en fauteuil roulant, et de sa bouche ne sortent qu’anecdotes sinistres et idées de mort. On sent qu’il est autant un poids pour lui-même qu’il l’est pour sa sœur. Il y a cet auto-stoppeur, aux airs de doux dingue, mais authentique cinglé. Et puis les gens du coin sont bizarres, taciturnes ou délirants. Bon, on va pas le cacher plus longtemps, vous vous en doutez, nos sympathiques djeunz vont se faire latter, tous sauf...

Le film le plus gore qui soit, une orgie sanguinolante, un festival d’hémoglobine, et autres joyeusetés. C’est comme ça qu’on vous a peut être décrit Texas Chain Saw Massacre. Si on vous l’a décrit comme ça, c’est peut être que votre interlocuteur ne l’a pas vu. Mais peut être que si. Car ce film est un mythe, et que, comme tout mythe, il trimballe avec lui sa grosse part d’imaginaire, de fantasmes fabulés. Des meurtres qui seront perpétrés par Leatherface (personnage librement inspiré du fameux Ed Gein, gentil garçon à sa maman à qui l’on aurait donné le bon Dieu sans confession mais vous l’aurait rendu en petits morceaux et se serait fait des masques avec la peau de ses fesses) et sa famille, vous ne verrez pas grand-chose, finalement. Mais l’horreur des évènements vous sera suggérée si fort que votre cerveau reconstruira peut être comme un grand les morceaux que Tobe Hooper lui-même vous aura refusés. Ainsi, la scène du crochet de boucher, et la pauvre fille qui s’y retrouve plantée dessus. Certains vous auraient parié dix tournées de bière qu’ils revoyaient encore le dos de cette dernière pénétré du fameux instrument. Ou encore les ravages de la tronçonneuse de notre vilain garnement sur le corps de l’ultime victime. Pourtant, malgré leur bonne foi, ils n’ont rien vu de tout ça.

J’y reviens : c’est une question d’atmosphère. Le réalisateur parvient, tout le film durant, à maintenir un état de tension qui agite la boîte à fantasmes et nous fait voir au-delà de l’image. La bande-son n’aide pas à se détendre. Pas de musique, mais des bruits. Des bruits d’ossements ou le bourdonnement constant d’un groupe électrogène. Des images de la maison maudite où tout est sale, rien n’est à sa place, et surtout pas les squelettes humains qui servent de mobilier, ni les instruments de boucher qui prennent ici valeur de tortures potentielles. Aucun répit pour les sens, sans cesse stimulés. Le film ne joue pas sur l’effet de surprise, aucun effet « porte qui claque pour faire sursauter ». Seule la première apparition de Leatherface pourrait être classée dans cette catégorie. Un des jeunes gens est intrigué par un grognement de cochon, une porte s’ouvre, un gros coup de massue, le mec s’effondre et gît, pris de spasmes nerveux, sur le sol, Face-de-cuir l’entraîne dans son antre et referme la porte. Ça n’a duré que quelques secondes, ça nous a cloué au siège et ça nous laisse là avec notre horreur, sans plus d’informations sur ce qui vient de se passer exactement. Mais le reste, c’est juste une lente escalade vers des sommets de dégoût. Chaque indication nouvelle sur les mœurs des résidents surpassera la précédente. On vous parlera toujours de ce film en évoquant la scène du dîner, et vous comprendrez pourquoi en y assistant. On souffre avec Sally Hardesty (interprétée par Marilyn Burns, peut être la plus fameuse de ce que l’on appellera plus tard les « Screaming Queens », ces héroines de films d’horreur qui n’ont que des « Haaa ! » comme ligne de texte), on finit par avoir simplement envie que ça s’arrête, qu’ils l’achèvent une bonne fois pour toutes et qu’on puisse aller respirer dehors.

Certains, lorsqu’ils le découvrent à notre époque, sont déçus par The Texas Chainsaw Massacre. Parce qu’ils croyaient revoir Braindead, ou parce que depuis d’autres paliers ont été franchis dans le domaine horrifique, et qu’on s’y est habitué. C’est parce qu’avant de visionner cette œuvre, il convient de la re-contextualiser, et de se débarrasser du nuage de on-dit qui entoure ce film. Non, ça n’est pas « gore » pour deux sous. Oui, il faut accepter de rire à certaines scènes, notamment la poursuite entre Leatherface et Sally, parce que c’est un effet voulu. Parce que Hooper ne voulait pas spécialement faire un film d’horreur au sens classique du terme : il voulait surtout faire un film, tout court, mais dans son style à lui, mi-documentaire (caméra au poing), mi-surréaliste, sur des évènements horribles. Remettre dans son contexte, disais-je, parce qu’il est des choses qui ne se faisaient ni ne se montraient, à l’époque. Epoque où l’on en était encore à censurer Night Of The Living Dead de Romero, et sa scène matricide. Et puis, on peut parler, pour expliquer le remue-ménage occasionné, de l’humeur contestataire, de la guerre du Vietnam et du sentiment d’une jeunesse sacrifiée pour des idéaux qui n’étaient pas les siens. Car dans Massacre, des jeunes sont bien assassinés par l’Amérique profonde. Et les membres de la famille meurtrière ne sont elle-même que des victimes de l’industrialisation et du chômage auquel ils furent réduits, c’est donc le système tout entier qui est attaqué. Car il génère la barbarie absolue.

Alors oui, The Texas Chainsaw Massacre est un film rock. Parce qu’on ne le regarde pas avec ses parents mais entre « jeunes » (pour ce qui concerne l’état d’esprit) consentants. Parce qu’il a osé aller plus loin et à l’encontre de ce qu’il était convenable de faire. Parce qu’il n’en oublie pas de dénoncer, à juste titre, la mauvaise tournure que les choses semblent prendre. Et parce qu’il est bien plus inclassable que l’on veut bien le faire croire. Et comme en plus d’être rock il est excellent, jetez-vous dessus avidement.



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