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The Dillinger Escape Plan

Le Trabendo (Paris)

The Dillinger Escape Plan

Le 1er octobre 2010

par Sylvain Golvet le 5 octobre 2010

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Vendus, mielleux, commerciaux, voici des adjectifs que l’on a vus fleurir par-ci par-là pour décrire les derniers opus de Dillinger Escape Plan, à fortiori chez des fans de la première heure. Il faut dire que le fan de hardcore a l’âme du puriste et une certaine tendance à la posture morale. Dès lors, il suffit que son groupe préféré, celui qu’il aime à considérer comme des « purs », des « vrais » se lance vers des territoires musicaux tellement vulgaires, comme la mélodie ou le refrain, cela devient intolérable (ou mainstream #euphémisme).
En 1999, les Dillinger sortaient Calculating Infinity, un premier album abrasif, compact, quasi intégralement composé d’un hardcore aux structures complexes, aux breaks incessants et à la puissance ininterrompue. Mais derrière, c’est l’EP Irony is a Dead Scene qui met DEP sur le devant de la scène, grâce à la présence au micro d’un certain Mike Patton, un individu bien louche, connu pour son utilisation excessive de gomina, tel Ulysses Everett McGill dans O Brother, Where Art Thou ?. À partir de là, le ver est dans la pomme et DEP sort trois albums controversés puisqu’ils contiennent tous trois des morceaux jugés mielleux. En effet, dans une volonté de ne pas reproduire infiniment ce premier album, DEP tente des trucs. La voix se fait mélodieuse, un piano peut faire son apparition, on y entend même des refrains à reprendre en cœur. Bref, une infamie. Il y a qu’à lire les chroniques de X_Jpbowersock sur X-Silence, pour ressentir la douleur du fan meurtri jusqu’au plus profond de son être.

Le DEP actuel serait donc un groupe très différent qui, au gré de changements de line-up successifs et d’orientations musicales déroutantes, se serait totalement coupé de ses origines. Or ce procès d’intention sent quand même le gros bullshit. Faites écouter Option Paralysis, leur dernier album, à votre entourage. Il est fort à parier que 99,8% vous diront d’arrêter ça tout de suite et que le mot qui fera l’unanimité sera « bruit ». Et là où effectivement, le line-up d’origine n’existe presque plus, on ne peut omettre que Ben Weinman, guitariste originel et compositeur principal est toujours là pour tenir la baraque, entouré d’excellents musiciens qui n’ont pas à rougir de leurs prédécesseurs, tel Billy Rymer, batteur de 25 ans plus que convainquant. DEP reste un groupe « élitiste » : comptez une bonne vingtaine d’écoutes pour que les morceaux commencent à prendre forme dans votre tête.
Pour être tout à fait honnête, il existe un titre qui est à lui seul une faute de goût dans la discographie de Dillinger : Unretrofied, une ballade très émo-mèche-rebelle pas facile à défendre. Les autres incursions mainstream sont par ailleurs plutôt classes, de la très NIN Parasitic Twin, au jazzy Mouth of Ghosts.

Bref, un concert de Dillinger Escape Plan, c’est l’occasion de remettre les pendules à l’heure. Du coup, c’est forcément un peu court car privilégiant l’intensité, mais c’est surtout une bonne grosse claque dans la face. Malgré un petit flottement sonore en début de parcours (les guitares presque inaudibles), la salle en redemande, et telle une horde de disciples du Christ, elle tend l’autre joue sans se faire prier. Privilégiant le dernier album, la setlist se veut équilibrée, alternant grosses attaques bien brutasses (Fix Your Face, Panasonic Youth) et morceaux quasi-prog’ (Widower). Le groupe se fend même, au bout de trois morceaux, d’une petite reprise instrumentale de Paranoid Android, comme ça, pour le fun. Visuellement, c’est pas mal non plus, avec des gratteux bien gesticulants. Ils montent sur la batterie, se trémoussent la guitare en l’air tout en jouant des accords hyper techniques, ou se jettent sur le public. Le frontman n’hésite même pas à piétiner ses spectateurs, qui n’ont pas l’air de le prendre trop mal. À vrai dire, on en était pas là :

Mais on est en début de tournée européenne, ils en gardent sûrement sous le coude. Dans le public, ça pogotte gentiment, il faut dire qu’il est quasiment impossible de se lancer dans un pas de danse quelconque, le binaire n’étant pas une règle très courante chez DEP.

On ressort à la fois remonté et fourbu, et sur le chemin du retour on se marre tout seul à l’évocation du mot « mainstream ».

PS : À noter en premières parties : The Ocean, une sorte de mélange Tool/Mastodon assez crédible et Cancer Bats, du hardcore bas du front et malheureusement pas très fun.



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Setlist :
 
Farewell, Mona Lisa
Milk Lizard
Fix your Face
Paranoid Android (Radiohead cover)
Room Full Of Eyes
Chinese Whispers
Sugar Coated Sour
Gold Teeth On A Bum
Widower
Black Bubblegum
Good Neighbor
Panasonic Youth
Sunshine The Werewolf
 
Rappel :
 
Mouth of Ghosts
43% Burnt