Portraits
The Specials, la conscience de la communauté

The Specials, la conscience de la communauté

par Milner le 8 mai 2005

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« Well it’s a punky reggae party and it’s tonight », tonnait Bob Marley sur le classique du même nom en 1977. À cette époque, personne n’éleva la moindre objection sauf qu’en réalité, il faudra attendre de voir débouler sur la scène musicale britannique deux ans plus tard un jeune groupe ambitieux pour vraiment comprendre la phrase du prophète jamaïcain. Car entre 1979 et 1982, The Specials étaient sans conteste le groupe le plus festif de la planète. Aucun détail ne fut épargné lors de la méticuleuse préparation de leur ascension qui fut fulgurante. En l’espace de seulement trois exubérantes années, ils osent synthétiser une sensibilité punk dans le reggae, puis mélangent des improvisations jazz dignes de Charlie Parker d’une manière si relaxante qu’elles donnent naissance à la démocratisation de la lounge music avant de finaliser une vision du jazz cool très caricatural pour les novices les plus sophistiqués. A la différence de leurs contemporains - et souvent assimilés à tort comme frères siamois - de Madness, The Specials ne furent jamais un combo soudé à la un pour tous, tous pour un. Les sept individus qui constituaient le groupe le firent musicalement et socialement par nécessité au départ avant de développer des fulgurances compétitives trop souvent à l’encontre du groupe. Ensemble, ils composèrent quelques-unes des chansons les plus toniques jamais enregistrées mais dans le même temps, ils se traitaient les uns les autres de telle sorte qu’ils brûlèrent leur potentiel dans des vendettas d’ego à donner le vertige.

 L’aube d’une ère nouvelle

L’histoire de The Specials regorge de jeunes personnages talentueux, mais deux individus reviennent invariablement au devant de la scène : Jerry Dammers, le leader naturel du groupe, et Terry Hall, le rebelle qui essayait de prendre le pouvoir pour contrôler artistiquement les autres. Né en Inde à la fin des années 50, Dammers, de son vrai nom Gerald Dankin, avait grandi dans la multi-ethnique Coventry au cœur de l’Angleterre et pour tuer le temps, avait fondé en 1977 un septuor baptisé The Automatics avec des camarades de la ville. Pris de passion pour la musique des Caraïbes et propriétaire d’une impressionnante collection de singles jamaïcains, le dictateur à la dentition défaillante fit rapidement de son escorte une attraction du circuit musical de la cité des Midlands, jouant une mixture unique de punk et reggae au point de concentrer finalement ses explosifs agissements au sein du Mr. George’s Club. Au bout d’un moment, le chanteur Tim Strickland laissa tomber le groupe et céda sa place à l’ancien frontman de Squad, Terry Hall, au moment où le groupe trouva un arrangement pour enregistrer au Berwick Street Studios sous les ordres d’un DJ de Coventry nommé Pete Waterman. Nous sommes alors en 1978, et l’époque n’était pas encore prête à entendre une telle débauche d’énergie si bien que Dammers aura beau faire le tour des maisons de disques pour leur proposer ces maquettes, ces dernières ne montrèrent qu’un faible intérêt. À l’instar des multinationales du disque, John Peel, animateur vedette sur les grandes ondes de Radio One, ne fut pas plus enthousiasmé et laissa lui aussi passer sa chance, mais se rattrapera par la suite avec la réussite qu’on lui connaît (Squeeze, The Undertones).

Le coup de pouce du destin, The Automatics le vit prendre les traits de Steve Conolly. L’homme était une connaissance de Dammers depuis son adolescence à Coventry. Apprenant qu’il officiait désormais en temps que roadie pour The Clash, ce dernier lui demanda de le présenter à Bernie Rhodes, manager des 4 punks londoniens. Le résultat de cette rencontre fit que The Automatics se virent proposer d’accompagner le combo phare du punk alors dominant pour les escales de juin et juillet de leur tournée On Parole. Originellement prévue pour quelques concerts, leur collaboration s’éternisa finalement tout au long de la tournée britannique et ce, grâce au vif intérêt du chanteur et leader du groupe Joe Strummer, mais surtout sur l’insistence de Dammers. C’est à cette période-là que The Automatics mutèrent une première fois en The Coventry Automatics puis de nouveau en The Specials AKA The Automatics pour enfin choisir The Special AKA. Ce changement incessant de patronymes reflétait alors l’incompréhension du public de The Clash vis-à-vis de ces énergumènes semblant s’être échappés tout droit d’un zoo avec leur reggae à deux pounds et six shillings. Bizarrement, alors que l’autre première partie (le duo new-yorkais Suicide emmené par Alan Vega) recevait un accueil plutôt enthousiaste de la part de la foule, la mayonnaise reggae punk du combo de Coventry ne prenait pas et il n’était pas rare que certains soirs, le groupe soit la cible de projectiles divers tels briquets ou canettes de bières vides de la part d’assoiffés venus se défouler aux concerts de The Clash.



[1Références bibliographiques :

  • Magazines : Q Magazine, Mojo, Rock & Folk
  • Ouvrage : You’re Wondering Now - A History Of The Specials de Paul Williams, ISBN 1 898927 25 1

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