Chansons, textes
Wraith

Wraith

Peace

par La Pèdre le 7 février 2013

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Le moment est venu de voir caracoler dans les classements rétrospectifs de circonstance toutes sortes de groupe. On s’agace déjà de voir des groupes d’indie pop faire la nique à des groupes d’indie pop, nous plongeant dans une mosaïque de photos Instagram au fondu rosé. Puis, ici et là, des albums de métal pour la caution puriste et éclectique - décidément, même dans la célébration, les albums de métal sont toujours sujets à un traitement condescendant. Dans cette hystérie de fin d’année, il est difficile de mettre de l’ordre et de distinguer clairement ce qui restera de notre temps. C’est à sa demander si on remarquerait un single du calibre de This Charming Man. Qu’est-ce que l’on peut faire, chaque époque vomira sa propre idiosyncrasie.

Si la prudence semble alors la seule attitude esthétique valable, on ne manque pas de plonger le bras dans le sac baveux des groupes prometteurs. On en retire Peace et son premier EP Delicious ; un nom pioché dans le lot des substantifs les plus plats, des poses de gamins ahuris et trendy from Bricklane, une pochette qui correspond parfaitement à tout ce à quoi la modernité nous a habitué, avec son effet Instagram maladif. Encore un groupe d’indie rock, souffleront à raison les sceptiques.

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Combien de publicitaires ont planché sur cette pochette ?

Et la musique le confirme vite. Sorti en septembre dernier, ce premier travail de 4 titres s’écoute plaisamment tout en gardant un aspect quelconque. Il parait que le NME, comme bien souvent, trouve ça génial. Force est de constater que Peace fait resurgir un spectre anglais plus vaste que ses contemporains ; on pourra vaguement faire le lien avec la scène shoegaze, baggy ou britpop. Puis deux frères au devant du groupe, alors viennent en tête trop facilement la fratrie des Jesus and the Mary Chain, Happy Mondays, Oasis. Mais si on devine par éclats les possibilités de ce jeune groupe de Birmingham, l’ensemble ne se départit pas de la concurrence ; trop souvent similaire à Foals, sur les ponts parfois même à du Arctic Monkeys exotique. C’est là qu’on sent tout le pseudo-caribéenisme auquel s’abandonne le rock anglais ; ce qui se voit par ailleurs dans le vêtement londonien, si l’on me permet une interstice sémiologique, où chaque hipster jouit d’intégrer dans le matériau urbain la fantaisie ethnique. Il est vrai, il y a eu Macchu Pichu des Strokes, personne ne semble s’en être remis. Dès lors, tous ces groupes indie ne rejetteraient pas l’imagerie kitsch d’un Stevie Wonder, bien au contraire.

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« Hey ho, hey ho, on rentre de chez Tesco... »

Mais la preuve qu’il faut garder l’oreille attentive est le dernier single du groupe, servi sans prévenir à Noël pour accompagner le foie gras, qui avance ses parfaites couleurs ludiques. Petite fulgurance aux guitares caribéennes, Wraith enroule ses gimmicks festifs dans une toge léopard pour les faire rouler ensuite sur la piste de danse, exactement sous les strobocscopes couleur pénis - du rose au violet. Notez que la peau de léopard de la pochette est la même que le chanteur dans le clip jette sur ses épaules ; nous comprenons le symbole, car la peau de léopard est, rappelons-le, la matière de la cape de Bacchus. Ce clip même, où pendant que de superbes popotins d’ébène se révulsent - et il n’y a pas de raisons pour que d’horribles rappeurs s’en gardent le privilège - les musiciens restent là, avec l’air idiot et génial de Shaun Ryder.
On voudrait dire une résucée ludique de Suede dans une robe trop courte et vulgaire, Wraith renoue plutôt avec le tube new orderien, pour ne pas dire happy mondaysque - c’est-à-dire parfaitement décomplexé. Analysons : un texte qui aurait pu être écrit par un Ian McCulloch lubrique, perdant les pédales face à un tanga de cuir violet (« You could be my ice-age sugar ! ») ; une composition secouante et aérienne, avec cette ligne de guitare cocotière qui fera transpirer même à Glasgow et ce clavier qui fait office de pont, moment platonique pour patin graisseux. Décidément les Anglais réussissent bien mieux le mariage de la qualité à la récréativité, pendant que l’Amérique dégueule ici et là ses infectes Maroon 5. En quasiment trois minutes, on fait rentrer dans la boite un titre ajusté pour le plaisir le plus transpirant. Pour l’instant on n’en demande guère plus. Mais leur premier album, du nom de TBC, prévu pour mars prochain, nous offre dans son acronyme même le mot de la conclusion : to be continued.



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