Incontournables
Doolittle

Doolittle

Pixies

par Fran le 4 octobre 2005

sorti le 17 avril 1989 (4AD / Labels)

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L’écoute de ce troisième album des lutins malins de Boston a de quoi dérouter l’auditeur non averti. A l’inverse, les aficionados de la plus jeune heure se réjouiront de retrouver ici le sillon que le groupe traçait depuis deux ans. Celui d’un rock sans complexes et sans commune comparaison alliant post-punk virulant et mélodies pop efficaces.

Sorti en 1989, Doolittle enterre doucement cette trouble décennie 80. Certes, l’éviction de Steve Albini aux manettes au profit de Gil Norton confère un son plus eighties aux compositions : il accentue la reverb’ et la batterie se fait plus claquante. Mais, loin de dénaturer le son du groupe, l’homme parvient au contraire à canaliser les talents. Alors que Come On Pilgrim (1987) et Surfer Rosa (1988) furent un jolie foutoir noisy ô combien avant-gardiste et jubilatoire, les Pixies ont acquis ici un son de groupe plus propre et maîtrisé qui leur ouvre les portes de la gloire.

Le single Monkey Gone To Heaven pourrait à lui seul illustrer ce qui fait la spécificité de leur musique. Un texte absurde, surréaliste, clamé par la voix aux mille prouesses de Francis Black qui ne trouve de repos que dans les lignes franches et pesantes de la basse de Kim Deal (ici rehaussées de violons). Puis d’un « Rock me Joe » incantatoire, Black laisse libre court au jeu de guitare détonnant de Joey Santiago qui fascine par son non académisme et sa puissance sonore (précisons que ce dernier n’a jamais appris le solfège !). Mais la recette n’est pas immuable et le groupe n’en finit pas de surprendre. Les Pixies distillent un rock nouveau, décalé, se permettant ce qui n’est pas permis et se foutant joyeusement des normes établies. Here Comes Your Man et sa guitare hawaïenne a tout du tube de l’été idéal. Sur Debaser, considéré comme le titre fondateur du grunge, le combo charge à l’unisson guidé par le chant possédé de Black dont les rires sarcastiques flirteront prochainement avec la folie (Mr. Grieves). Car Black Francis est un farceur et aime jouer de sa voix : des aigus abyssaux en compagnie de Kim Deal (Silver) aux hurlements bestiaux de Tame et Crackity Jones. Pour peu que vous ayez poussé vôtre ampli bien au-delà de la limite que vôtre voisinage - et à fortiori - vos oreilles autorisent, l’individu a de quoi vous vriller les tympans. Pas de panique, la voix de crooner (sur le retour) de Dave Lovering sur l’improbable et déjantée ballade La La Love You saura vous les adoucir.

En 15 titres et autant de tubes potentiels (pour la plupart au-dessous du format radiophonique des 3 minutes), Pixies réinvente le rock’n’roll et offre du grain à moudre aux générations suivantes. Les pontes des 90’s, de Nirvana à Radiohead leurs sont redevables à plusieurs titres : « J’ai tout piqué aux Pixies, notamment leur sens de la dynamique, ce truc du couplet joué très calme et du refrain qui explose » (Kurt Cobain). Mais, souffrant sans doute de ce foutu machin appelé charisme, permettant d’atteindre les foules et porteurs d’une musique dont la bizarrerie n’a d’égale que l’artwork qui l’accompagne, le groupe ne réussira pas à squatter durablement les charts.

Doolittle aurait pu devenir l’hymne de toute une génération mais les jeunes et moins jeunes ados découvriront bientôt Nevermind et en feront, à juste titre sans doute, leur « précieux » identitaire allant même pour certains jusqu’à ignorer l’existence des farfadets de Boston. Qu’importe le nombre des années, la reconnaissance est aujourd’hui évidente et il n’y a qu’à voir l’enthousiasme et l’affluence que suscite leur reformation pour s’en persuader.



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Tracklisting :
 
1. Debaser (2’52")
2. Tame (1’56")
3. Wave Of Mutilation (2’04")
4. I Bleed (2’35")
5. Here Comes Your Man (3’22")
6. Dead (2’21")
7. Monkey Gone To Heaven (2’58")
8. Mr. Grieves (2’06")
9. Crackity Jones (1’24")
10. La La Love You (2’43")
11. No. 13 Baby (3’52")
12. There Goes My Gun (1’50")
13. Hey (3’31")
14. Silver (2’25")
15. Gouge Away (2’46")
 
Durée totale : 38’47"