Films, DVD
High Fidelity

High Fidelity

Stephen Frears

par Kris le 26 septembre 2006

4

paru le 6 septembre 2000 (Gaumont Buena Vista International).

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« Les gens s’inquiètent de voir les gosses jouer avec des pistolets, les ados regarder des films violents. Personne ne s’inquiète d’entendre les gosses écouter des milliers de chansons qui parlent de cœurs brisés, de trahison, de douleur, de malheur et de perte. Est-ce que je me suis mis à écouter de la pop-musique parce que j’étais malheureux. Ou étais-je malheureux parce que j’écoutais de la pop-musique ? ». C’est sur cette citation mythique que s’ouvre le film de Stephen Frears, High Fidelity, adaptation du best-seller du même nom de Nick Hornby.

Rob est disquaire dans un quartier de Chicago et vient de se faire plaquer par sa petite amie Laura. Telle est la situation initiale présentée au début du film. John Cusack (« Minuit dans le jardin du bien et du mal », « Dans la peau de John Malkovitch ») qui interprète le personnage de Rob s’est totalement investi dans cette adaptation du roman de Hornby, à la fois acteur principal, co-scénariste et co-producteur de High Fidelity. Le casting de ce film est en tout cas bien servi avec en seconds rôles l’hilarant Jack Black, Catherine Zeta-Jones, Joan Cusack - sœur de -, ou Tim Robbins. Le thème principal abordé est l’éternel questionnement et difficulté du couple. Sa signification, son importance existentielle, sa prédominance lascive. Rob se fait larguer par Laura et celui-ci se remet donc en question. Pourquoi la veut-il tellement ? Pourquoi son monde se désaxe-t-il au départ d’une seule personne ? Rob passe par cette phase post-rupture et adopte le modèle de Kubler-Ross des cinq étapes face à la mort, en l’adaptant à la mort de son couple : négation, colère, marchandage, dépression et acceptation.

À la manière du personnage principal de Broken Flowers de Jim Jarmusch, Rob va recontacter ses ex-petites amies afin de comprendre ce qui ne va pas chez lui, comprendre pourquoi ses histoires de couples se finissent toujours par le départ de l’autre. High Fidelity pose comme sujet d’analyse ce besoin du couple et de l’existence. Pourquoi se raccroche-t-on à une seule personne alors que des milliards d’autres personnes sur cette Terre nous conviennent probablement mieux ? Pourquoi se raccrocher à cette seule et unique personne alors que visiblement certaines choses ne collent pas, et ne colleront sûrement jamais ? Parce que nous n’avons pas humainement le temps de passer notre temps à chercher, et que l’on revient toujours vers ce que l’on connaît de mieux, vers des sentiers battus où l’on sait que l’on se sent bien. Ces endroits familiers même si omparfaits, on s’y sent assez bien pour passer outre les défauts. D’où le retour de Rob vers ces ex, d’où cette nécessité de vouloir garder son couple malgré les difficultés. Le sujet est traité en tout cas ici dans cette adaptation cinématographique de manière plutôt juste, décalé et avec humour, avec en prime un John Cusack très juste et parfait pour incarner ce Rob désabusé, adolescent de trente-six ans au cœur instable.

Mais le point le plus intéressant du film et probablement le plus inédit est sa vision et son analyse du rapport qu’entretient Rob avec la musique. Pour tout assidu avec un bagage musical normal dira-t-on, ce film permet de pointer certaines choses en relief. La vie de Rob est axée principalement sur sa passion pour la musique. Sa vie entière tourne autour de la musique et ne jure que par elle : travail, manière de vivre, discussions, références. Et High Fidelity mets le doigt sur quelque chose qui ne fera réagir que certaines personnes, ceux pour qui la musique est devenue une obsession plus qu’une passion. Hornby, puis Frears pour le film, se « moque » ouvertement de ces lubies, de cette passion phagocyte hyper-répandue. High Fidelity s’adresse surtout aux amateurs de rock, d’indie, aux fervents de l’underground, qui sont alter-mainstream, qui vénèrent Zappa et Captain Beefheart plutôt que les Beatles ou les Who bien trop connus. Le personnage incarné par Jack Black est le stéréotype de l’indie pédant et supérieur qui ne jure que par la grosseur de sa culture musicale. Jack Black exagère à peine l’épaisseur du trait caricatural de son personnage. « C’est quoi que vous avez mis ? » « The Beta Band » « C’est vachement bien » « Je sais ». Quoi de plus horrible que cette attitude hautaine et snob ? C’est cette malversation de la passion que souligne High Fidelity d’un trait aussi énorme que l’absurdité de cette attitude.

Également, l’incarnation du personnage de Rob parvient à finement critiquer les critiques de tous niveaux. Dans un contexte actuel de régence des critiques musicaux, High Fidelity sonne juste. L’artiste prime et primera toujours sur les critiques, quels qu’ils soient et aussi nombreux qu’ils soient. Dans l’idéal artistique bien sûr. Car tout le monde peut critiquer, apporter un avis quelconque sur une chanson, une peinture, une danse, mais combien ont le pouvoir de faire cela ? Même si ce n’est pas parfait, il s’agit toujours d’une démarche artistique. L’art subsisterait sans critiques. Pas le contraire. Lorsque Rob sort son premier single : « Toi... le critique ! Le spécialiste va enfin apporter quelque chose au monde. » Il s’agit de ça, quels que soit l’apport, l’effort et la démarche sont louables.

Le dernier point cocasse mis en exergue par ce film, mais de manière un peu moins explicite est le rapport quasi-absurde entre le fan et la musique. Cette irrationalité fanatique gagne le spécialiste musical cherchant à tout prix un vynil rare quelconque à un prix exorbitant, ou bien s’extasiant devant le nombre de disques présents dans sa discothèque. Il n’y a ainsi plus aucune différence entre le nerd collectionnant les BD de Spiderman et l’indie collectionnant tous les singles de Belle And Sebastian. Enfin si il y a une différence on ne peut plus ironique, l’un étant persuadé quelque part d’être supérieur à l’autre. On se demande bien lequel... Dans les deux cas, cette fanatisation dilapide l’essentiel. Collectionner des 45t, exposer son énorme discothèque, afficher des photos de soi avec les plus grands artistes ne remplace pas l’essentiel : la musique. Qu’elle soit sur un cd gravé, une cassette, à la radio, jouée par un gars jouant dans le métro, la musique est la seule chose importante et qui vaille la peine d’être gardée. C’est la seule chose qui restera au bout du compte, c’est l’unique chose qui vaille la peine.

Quel plaisir en tout cas de pouvoir entendre Belle And Sebastian, Marvin Gaye, Stereolab, The Beta Band et autre Stevie Wonder comme bande originale. Avouez que cela n’arrive pas souvent. Les acteurs sont justes, certaines scènes nous arracheront des rires, le ton est naturel et le personnage de Rob est facilement transposable à la nôtre tant la description de l’ambiguïté du couple et la recherche d’un équilibre intérieur est commune à tous. Sympathique, ironique et lucide, High Fidelity est un film décalé et attachant. Et comment ne pas aimer un film où l’on peut voir Jack Black conseiller l’achat de Psychocandy, franchement...



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