Films, DVD
Live Power Trio

Live Power Trio

Louis Bertignac

par Aurélien Noyer le 30 janvier 2007

3,5

sorti le 27 novembre 2006 (Polydor)

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C’est étrange de constater combien le nom de Bertignac provoque en général chez le rockologue [1] un petit sourire en coin qui laisse sous-entendre un certain dédain : « Mais qu’est-ce qu’il nous parle de Bertignac, celui-là ?? Encore un paumé qui prend Téléphone pour un groupe de rock ». C’est vrai que l’ancien groupe de Jean-Louis Aubert a souvent été raillé pour son côté variété-rock qui est par la suite devenu la marque de fabrique de son chanteur lors de sa carrière solo. Mais arrêtons de parler de Téléphone, parce que je n’en ai rien à foutre de Téléphone, et penchons-nous sur le cas Bertignac et sur ce DVD en particulier.

La tâche n’est pas si ardue tant l’objet affiche la couleur dès la pochette : Louis Bertignac - Live Power Trio. Forcément, quand on lit « Power Trio », on pense à Cream, au Jimi Hendrix Experience, on se dit que l’ambiance ne sera pas trop propice aux ballades acoustiques et douces à la Carla Bruni. Et un coup d’œil sur le tracklisting suffit à s’en assurer : Help, Won’t Get Fooled Again, I’m Down, My Generation, le vieux Bertignac semble donc sur un trip rock’n’roll. Il ne reste donc plus qu’à mettre le DVD sur la platine et à vérifier...

Et dès les premiers images, on reste perplexe. Entre les vestes des personnes sur scène (vestes anglaises rouges genre Libertines), le « Bonsoir Paris... ROCK’N’ROLL » franchement ringard crié par Bertignac, on se demande ce que ça va donner. Heureusement, dès les premières notes de Rêves (chansons inconnue de ma personne, comme quasiment toutes les chansons de ce DVD, mis à part les reprises et les quelques chansons super connues de Téléphone), le son est rock, la rythmique basse-batterie est bien présente, assurée. La guitare de Bertignac est bien présente et dès le solo de Oubliez Moi, on sait que ce mec est un vrai guitariste rock. Mêmes les chansons les plus « variétés » sont sauvées par des arrangements astucieux (l’harmonica de Je Joue en est un bon exemple).

Finalement, le problème n’est pas vraiment le côté rock ou non du personnage. Bertignac connaît ses classiques sur le bout des doigts et est décidément un très bon guitariste, le solo de Vas-y Guitare est là pour le prouver. Ce qui pose problème, c’est plutôt ses qualités de chanteur et de frontman. Sur ses propres chansons, ça passe. Mais lorsqu’il reprend les Beatles et les Who, le résultat est vraiment limite. Help ! n’est sauvé que par les instruments et les choeurs assurés par le batteur et le bassiste. D’ailleurs, Bertignac aura la bonne idée de faire chanter I’m Down par son bassiste, sosie visuel et vocal de John Lennon. De la même façon, les chansons des Who valent plus par la qualité des parties de guitare de Bertignac que par sa performance vocale.

Sans trop de surprise, le concert se finit sur les inévitables tubes de Téléphone : Hygiaphone, Ça (C’est Vraiment Toi) et Un Autre Monde sur lequel Bertignac se paie le luxe de laisser chanter le public. On remarquera à ce moment-là que la majorité du public venait pour entendre les chansons de l’ancien groupe du guitariste. Si elles semblent être, pour les gens présents, le climax du concert, je dois avouer que c’était de mon point de vue le moment le plus faible. Trop convenues, sans véritable passion, on sent que Bertignac passe en mode pilotage automatique et laisse le public s’amuser avec les chansons qui souffrent alors cruellement de la comparaison avec la jam entre les musiciens, Paul Personne, un chanteur oriental et un joueur de sitar qui précédait Ça (C’est Vraiment Toi). Bien qu’un peu boudé par un public désorienté, ce grand mélange aux frontières du rythm’n’blues, du ragga indien, du rock et de la musique orientale confirme que Bertignac n’est pas un leader dans l’âme et qu’il ne s’éclate jamais autant qu’entouré d’autres musiciens, à égalité avec eux, pour le simple plaisir de jouer ensemble.

Le résultat final reste donc un bon concert, bien qu’un peu atténué par les « Allez Paris, ce soir, c’est rock’n’roll » lancés de temps en temps par Bertignac. Si on peut se dire qu’il a bien fait de refuser une reformation de Téléphone tant il semble libre et inventif dans son jeu de guitare, le côté « sympa et proche de son public » est un peu agaçant à la longue, surtout lorsqu’on regarde le concert en vidéo. Ajoutez à cela des effets de montage assez pathétiques et on regrette très vite que la réalisation de ce DVD ne soit vraiment pas à la hauteur des qualités de Bertignac. Et quant au petit docu amateur sur la tournée, on ne peut s’empêcher de le trouver d’un intérêt très limité. Donc honnêtement, si j’avais un conseil à donner, ça serait d’éviter de dépenser des thunes avec ce DVD et d’aller plutôt voir Bertignac en concert.



[1Pour savoir ce qu’est un rockologue, lisez l’excellent Dictionnaire snob du rock de David Kamp et Steven Daly

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