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Interview Secret Chiefs 3

Interview Secret Chiefs 3

par Aurélien Noyer le 20 octobre 2011

Merci à Olivier de zicazic.com pour ses photos ! English version page 2.

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Le hasard fait parfois bien les choses... Le matin, un enregistreur mis dans la poche sans trop y croire, puis le soir, des embouteillages, un groupe en retard, Secret Chiefs 3 qui passe avant a.P.A.t.T, et me voilà en train de faire une interview semi-improvisée de Trey Spruance, ancien guitariste de Mr Bungle, passé brièvement chez Faith No More, et leader incontesté de la nébuleuse Secret Chiefs 3...

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Trey Spruance et son saz électrique... ou l’inverse
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Durant cette demi-heure à essayer de démêler les tenants et les aboutissants d’une musique mélangeant rythmes persans, gnosticisme, death metal, philosophie orientale, Ennio Morricone, Trey Spruance s’est montré volubile, passionné, passionnant, parfois cryptique dans ses métaphores... mais surtout d’une gentillesse extrême.

Merci à lui d’avoir accepté cette interview !

Inside Rock : Le mysticisme et l’hermétisme sont deux composantes essentielles de Secret Chiefs 3. Alors ma première question est : comment un gamin qui jouait quelque chose comme The Raging Wrath of the Easter Bunny à 17 ans s’est retrouvé passionné par des écrits gnostiques et ésotériques ?

Trey Spruance : Peut-être à cause de ce plafond. Si vous grimpez sur un échelle, que vous utilisez uniquement votre esprit rationnel, vous allez forcément arriver à ce plafond que Nietzsche a décrit et ce que vous faites une fois que vous avez atteint ce plafond est important. À la suite de Nietzsche, certaines personnes se tapent la tête contre le plafond, jusqu’à ce qu’elle soit pleine de sang et hideuse et dégoûtante. D’un autre côté, vous avez ceux qui ont peur de regarder ce plafond. Ils sautent de l’échelle et retombe s’écraser sur le sol. Je crois que je n’accepte pas le plafond - c’est déjà une chose - et je n’accepte pas qu’il y ait une progression linéaire qui mène inévitablement à Nietzsche et à ce plafond. Donc la seule chose que je peux dire maintenant, c’est que peut-être que j’ai regardé sur le côté et que j’ai vu d’autres échelles qui passaient à travers ce soi-disant plafond sans aucun problème. C’est mon point de départ.

IR : Et comment cela a-t-il commencé ? Avec quels livres ?

TS : C’est difficile de répondre à cette question parce que, oui, tu as mentionné le gnosticisme ou l’hermétisme et, bien que je dirais que je n’ai jamais trouvé de doctrine gnostique qui soit suffisamment cohérente, ça a comblé certaines lacunes concernant des questions que je pouvais me poser à propos de certains trucs religieux qui me semblaient incomplets. À partir de là, ça m’a rendu plus curieux et je pense qu’étant ouvert à ce genre de choses, j’ai pu finalement trouver la philosophie persanne de l’époque séfévide (entre le 12e et le 13e siècle en Iran). C’est un équilibre très gracieux entre l’approche rationnelle de la philosophie et un univers très ouvert où la dimension mystique est traitée avec autant d’égards que la philosophie, si ce n’est plus. C’est d’ailleurs la façon dont Aristote lui-même a dit que cela devrait être et, pour une raison ou pour une autre, cette approche a changé dans le monde occidental. Quand on y réfléchit, on s’aperçoit qu’on accuse Aristote d’être responsable de tout un tas de problèmes conceptuels que nous connaissons en Occident. Mais si on lit Aristote, on voit qu’il met la métaphysique d’abord et explique que la physique dérive de la métaphysique... mais que nous enseignons la physique d’abord de façon à pouvoir redécouvrir le fait que la métaphysique vient forcément en premier. C’est cette partie que nous avons perdu et c’est cette partie qui a été conservée dans le monde musulman. Et les philosophes persans de l’époque séfévide, en particulier, sont extrêmement lucides et extrêmement équilibré vis-à-vis de ces deux perspectives.

IR : Le projet Secret Chiefs 3 est beaucoup influencé par la surf music, par la musique persane, par les bandes originales de films, mais aussi par les écrits de René Guénon et Julius Evola [1]. Comment fait-on de la « Guénon music » ou de la « Evola music » ?

TS : Et bien je dirais que René Guénon et Evola sont des personnes qui peuvent aider à découvrir certaines choses. Tu vois comment fonctionne une boussole et comment elle indique toujours le Nord magnétique ? Je pense que ces écrivains, ou ce mouvement, étaient les seules personnes au 20e siècle qui ont essayé de localiser ce Nord magnétique... parce que c’est très facile de partir dans n’importe quelle autre direction, et de dire « okay, tel phénomène vient d’entrer dans notre sphère de perception, donc si on veut comprendre la nature de la réalité, il faut se diriger par là ». Alors que, sachant que nous conditionnons tout, Guénon et Evola comprenaient parfaitement que nos perceptions conditionnent et colorent tout phénomène qui y pénètre. Donc comment peut-on vraiment dire qu’on va découvrir la vraie nature des choses en suivant des choses qui sont conditionnées par nos perceptions ? Guénon et Evola sont les seuls penseurs du 20e siècle qui, je pense, ont pris ça en compte et ont dit « okay, à partir de quoi est-ce qu’on travaille maintenant ? » et « alors qu’il existe une sagesse construite tout au long de l’histoire par l’humanité, est-ce que c’est des intéractions matérielles qui vont nous donner un aperçu de la réalité ? Est-ce vraiment ça ?! » Et je pense que leur critique de ce point de vue est extrêmement importante. Donc on ne peux pas vraiment jouer de la musique influencées par eux, on peut juste honorer leur perspective et leurs efforts pour clarifier les choses. Et c’est pour cela que j’ai l’impression que faire référence à eux de la façon dont je le fais est un moyen de rendre hommage au fait qu’ils ont fait ça et qu’ils ont fait un putain de bon boulot. Evola, peut-être moins bien et avec quelques soucis... Il y a des problèmes avec Evola, il y a aussi quelques problèmes avec Guénon aussi, mais ce n’est que mon avis à la con et ils ont fait du beau travail à essayer de maintenir l’aiguille de la boussole.

IR : Le projet Secret Chiefs 3 est constitué de sept groupes-satellites qui jouent chacun un style différent de musique. Quand vous écrivez un morceau ou que vous répétez, est-ce que tu te dis « j’ai cette mélodie qui conviendrait mieux à tel genre » ou plutôt « j’ai envie de jouer plutôt tel style et on doit trouver une mélodie qui convient » ?

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Trey Spruance en mode Star Power
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TS : Si j’ai un idée pré-conçue en tête, je dirais « voici la matrice géométrique avec laquelle on va travailler » et on voit comment on peut plonger au fond de cette matrice géométrique, tels éléments mélodiques ou rythmiques en sortent. C’est un groupe en particulier qui fait ça. Alors que, parfois, des mélodies arrivent de nulle part, et c’est dans d’autres groupes que je prends ces mélodies et que je les habilles de certaines façons ; et parfois je prends ces mêmes mélodies et je les fait passer à travers la matrice géométrique. C’est la raison pour laquelle certains thèmes se retrouvent partager entre les différents groupes, parce qu’il traitent les choses différemment. Donc parfois le matériau d’origine existe déjà et passent à travers le filtre consistué des différents groupes, et parfois l’idée derrière le groupe est ce qui génère le matériau musical.

IR : En parlant de matrices géométriques, j’ai lu que vous utilisez parfois des gammes pythagoriciennes. Est-ce l’une de ces matrices que vous utilisez ?

TS : Je dirais que nous n’utilisons pas vraiment les gammes. Ce ne sont pas des gammes pythagoriciennes, par contre, nous utilisons la géométrie pythagoricienne pour créer des gammes... qui ne sont même pas vraiment des gammes ! Ce sont des familles de gammes reliées entre elles harmoniquement.

IR : Comme de la composition modale ?

TS : Exactement ! C’est comme un monde modal qui tient tout seul de la même façon qu’une pelote de fil tient toute seule. Il y a des tensions qui s’exercent dans toutes les directions et si vous n’avez pas les bonnes relations, les bons ratios, alors ce n’est plus une boule, c’est un oeuf ou quelque chose d’autre. Nous appliquons un pythagorisme strict à ce niveau-là, but si vous regardez ce que sont vraiment les gammes pythagoriciennes, dans un livre actuel sur Pythagore, vous verrez que nous dévions un peu de ça parce que nous devons faire certaines choses pour adjuster ces tensions : il y a d’un côté les séries harmoniques et de l’autre, la modulation... et, avec des instruments accordés à la bonne hauteur, on peut faire les deux. Donc, pour moi, dans Secret Chiefs 3, il est surtout question de savoir quand nous dévions de l’harmonie naturelle réelle et quand nous imposons une structure mathématique qui permet de faire tenir les tensions ensemble. Et nous savons précisément où nous le faisons, quand nous le faisons aux trois différents intervalles d’un tétracorde. Je pense que c’est ce qui a été perdu quand nous sommes passés à la musique tempérée, nous avons oublié que nous avons imposé la règle harmonique actuelle et comment nous en avons dérivé les douze tons. Quand on oublie ce qu’on a fait, on maltraite l’harmonie.

IR : Et il y a des orgues de la Renaissance qui ne sont même pas accordé avec un la à 440Hz. Donc cette règle n’est pas si vieille, même dans la musique occidentale.

TS : Absolument. Et je ne suis même pas contre que la musique occidentale soit devenu ce système régulé et rigide de tons supposément parfaits qui ignore complètement la réalité harmonique. Mais, c’est vrai qu’au Moyen-Âge et à la Renaissance, le système harmonique était différent parce que les gens savaient ce qu’étaient l’harmonie naturelle, leurs oreilles étaient conditionnées à entendre les choses de cette façon... et ils essayaient de comprendre comment moduler à travers les différentes tonalités sans trop dégommer l’harmonie naturelle, parce qu’ils entendaient encore les dissonances. D’une certaine façon, nous avons reconditionné nos oreilles pour savoir quand nous violons l’harmonie naturelle. Et quand nous le faisons, nous le faisons sciemment ; et il y a d’autres fois où nous essayons de nous en éloigner le moins possible, parce que nous faisons différentes choses dans différents groupes.

IR : Les sept groupes satellites de Secret Chiefs 3 sont The Electromagnetic Azoth, UR, Ishraqiyun, Traditionalists, Holy Vehm, FORMS et NT Fan. Sauf erreur de ma part, le premier morceau de NT Fan est apparu récemment sur Satellite Supersonic, Vol. 1 (paru en 2010). Or cela fait longtemps que tu dis que Secret Chiefs 3 est constitué de sept groupes. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

TS : (sourit) Est-ce que ce titre est crédité à NT Fan ?

IR : Sur Internet, oui.

TS : Sur Internet... mais, sur le CD lui-même, il est crédité à NT Fan ?

IR : Euh... pas sur le CD.

TS : Voilà le truc. C’est un enregistrement qui date de 1995, je crois, des années avant que Secret Chiefs 3 existe et... hmmm... revenons-en à Hegel pour quelques instants. Tu sais ce que dit Hegel : « il y a la thèse, l’anti-thèse et il y a la synthèse qui fait une sorte de pont entre les deux ». C’est une explication simpliste, mais quand tu analyses le truc, tu t’aperçois que la synthèse est en réalité le phénomène a priori et que l’opposition entre la thèse et l’anti-thèse est une coïncidence, une co-incidence qui vient de cette synthèse en tant qu’a priori. Donc, dans les faits, nous avons six groupes qui sont une co-incidence issue de NT Fan.

IR : Dans un article, Pacôme Thiellement...

TS : Oui ! Il est brillant !

IR : En effet... Il a écrit il y a quelques années que NT Fan était en quelque sorte l’Iman Caché de Secret Chiefs 3, et ne serait jamais révélé.

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Secret Chiefs 3
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TS : Oh ! On n’a jamais dit ça ! Et je ne vais pas reconnaître que c’est ce que le groupe est... mais les fans ont décidé que c’était ça, alors qu’on a écrit cette chanson bien avant qu’il y ait un projet Secret Chiefs 3 qui porte ce nom. Donc je ne sais pas... (rire)... c’est à toi de me le dire...

IR : Euh... disons que c’est une théorie.

TS : Hmmm... pourquoi pas. C’est une façon intéresant de voir les choses, bien sûr... parce que, qu’est-ce que l’Imam Caché ? C’est un personnage, une personne... c’est une personne. Et c’est la personne qui réside au centre des choses. La façon dont les Ismaéliens le voit, qu’ils utilisent le système des Sept Imams ou le système des Douze Imams avec le Mahdi, c’est la personne qui mène l’être naturel vers l’être divin ou vers l’état de divinité. Donc, d’une certaine façon, ça serait irresponsable de ma part de dire quoique ce soit à ce sujet, parce qu’il ne s’agit pas de mon égo, là. Je respecte la façon dont ce genre de contours symboliques s’expriment par eux-mêmes, mais en tant qu’artiste, c’est là que ça devient piégé. Je ne représente pas que moi-même, et je veux représenter quelque chose que les gens peuvent s’approprier. Donc si Pacôme voit ça de cette façon, je n’ai pas envie de le contredire parce qu’il y a une part de verité là-dedans. Mais, en même temps, personne ne peut rien affirmer. Vraiment personne ! Quoi qu’on dise, ça se révèlera être faux... Même moi, j’aurais tort. Je suis la personne qui créé le truc et j’ai tout aussi tort que lui ou toi, tu vois...

IR : Et est-ce qu’il y a une signification symbolique au fait que Timb Harris, votre violoniste, cache son visage sur scène ?

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Timb Harris
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TS : C’est tout autre chose, ça. C’est très intéressant... Très souvent, les gens perçoivent le fait qu’on porte des bures de pleins de façons différentes. J’ai fait une interview à New York récemment, par un mec d’origine perse, et il me disait « pourquoi est-ce que vous ne révélez pas votre visage ? vous n’êtes pas hideux, alors pourquoi ? ». Et d’autres personnes sont plutôt « aaaargh... c’est tellement sombre et sinistre ! » Chacun perçoit ça de façon différente, même à l’intérieur du groupe. Je pense parfois que, dans le groupe, c’est perçu comme une sorte d’anonymat, quelque chose pour nous rendre anonyme. L’idée que j’avais en tête, ça a toujours plutôt été que c’était un moyen de nous pousser à une certaine intériorité, de sorte que nous puissions vraiment être ensemble, que nous puissions jouer ensemble sans être distraits. Nous allons à l’intérieur de nous-même et nous percevons des aperçus fugaces les uns des autres ; et nous savons alors que nous partageons ce moment musical et ça devient plus profond parce que nous ne sommes pas distraits par plein de choses. Timb percevait comme une forme d’anonymat, alors il a ressenti le besoin de s’affirmer. J’ai invité le groupe à concevoir leur propre costume pour que nous puissons emmener tout ça au niveau suivant, où chacun implique sa propre personnalité un peu plus. Personne ne voulait le faire, personne ne l’a fait... sauf Timb qui s’est pris au jeu. Il ressentait le besoin de s’affirmer d’une façon qui était comme s’adresser à moi pour me dire « Yeah ! Je t’emmerde ! Je suis là ! » ; parce que je suis le créateur du truc. Je ne pense pas que ce soit un problème d’égo mais plutôt quelque chose comme « Je t’emmerde ! Je suis là ! Je joue de cet instrument ! » et c’était génial ! Pour moi, c’était très excitant, c’est là que ça devient réel parce qu’il s’agit de lui habitant son espace dans le groupe... et il a complètement respecté le principe d’intériorité ! C’était superbe, c’était superbement exécuté ! Je pense qu’il est devenu mille fois meilleur depuis qu’il a fait , en tant que musicien et en tant que personne. C’est tout simplement merveilleux.

IR : Et le violon a un rôle tellement important dans Secret Chiefs 3. Il faut donc qu’il soit à la hauteur et qu’il ait confiance en lui.

TS : Ouais ! Et il s’est montré totalement à la hauteur. Et même si c’est parce qu’il ne voyait pas cette histoire de costume de la même façon que moi - parce que, pour moi, ce n’était pas du tout « tout le monde dans le groupe doit être anonyme ! » - même ce genre de légère incompréhension génère quelque chose de bien à la fin. J’adore les trucs comme ça !

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Matt Lebofsky
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IR : Vous avez repris des thèmes de films comme Halloween, Exodus ou Le Jour où la Terre s’arrêta, vous avez aussi composé des BO imaginaires avec le groupe Traditionalists. D’où vient cet intérêt pour la musique de film ? Un ami à moi aime bien vous imaginer, Mike Patton et toi, adolescents, en train de regarder des tonnes de films avachis dans un canapé. Est-ce que ça vient de cette période ?

TS : Non, on écoutait Obsessed By Cruelty de Sodom et Le Sacre du Printemps de Stravinsky. On n’écoutait pas encore de BO. C’est venu plus tard. Vers 1993 ou 1994, on a commencé à s’intéresser vraiment aux compositeurs de musique de films.

IR : Pourtant sur le premier Mr Bungle, il y a des références à une certaine sous-culture cinématographique, comme Girls Of Porn. Comment vous en êtes venu à utiliser ça dans votre musique ?

TS : Je pense qu’on fonctionnait d’une façon très automatique à ce niveau. Le truc, c’est qu’on vient d’une petit ville et on réagissait fortement à ce qui nous entourait. « Allez, on fait la fête ! » et les trucs de ce genre... Je dirais que nous étions dégoûtés par ce mode de vie hédoniste et très ennuyeux. Donc notre forme de réaction nihiliste n’était pas seulement d’être asexuels mais aussi socialement en retrait, reclus et bizarres à propos de ce genre de choses. C’était tout ce qu’on partageait, tout ce qu’on avait en commun... et à l’époque, notre solution à ce problème de développement personnel était ce genre de position très solipsistique, très onaniste. Ça n’avait pas grand chose à voir avec les films ou des trucs comme ça...

IR : Et c’est ce genre de réaction qui vous a poussé à lire des livres bizarres à propos de trucs religieux et de dieux cachés ?

TS : Hmmm... Non. C’est compliqué, maus je dirais que c’était le fait de boire le poison nietzschéen. Vous avez Nietzsche assis là, disant des choses comme « ce qui ne me tue pas me rend plus fort » avec ce ton bravache, comme si c’était un putain de viking et il fait ça alors qu’il critique Wagner parce qu’il est jaloux de Wagner... et c’est deux semaines avant qu’il ne deviennent totalement muet et fou. C’est un invalide, bloqué dans son lit qui écrit ces choses - « ce qui ne me tue pas me rend plus fort » - un invalide faible et pathétique. Tu vois ce que je veux dire ? C’est ce qu’il faut bien comprendre parce que c’était la même chose pour nous : ces conneries de bravades, de jouer les durs depuis un point de vue complètement flacide et malade corporellement et, d’une certaine façon, mentalement. Et je reconnais que c’est ce qu’on faisait à l’époque. On reprenait ce genre de réaction très bravache - « on ne veut rien avoir à faire avec ces conneries » - et on était complètement nihilistes. Le punk était beaucoup trop positif, ces gens étaient trop « ensemble », trop idéalistes, ils pensaient qu’ils allaient changer les choses. On se contentaient d’en rire : « c’est ridicule ! ». On étaient très sombres... très déconstructionnistes. Sans le savoir, on participait automatiquement à ce processus de désintégration. On participait à part entière à la mentalité de désintégration de l’époque.

IR : Une dernière question... j’ai lu que tu vas jouer avec Faith No More au Chili

TS : Oui. Ils m’ont invité et on a commencé à répéter et tout...

IR : Ils t’ont juste invité et tu as dit « okay » ?!

TS : Ouais... et on a répété et ça sonne putain de bien ! Ça va vraiment être cool !

IR : Okay... Et bien, merci beaucoup !

TS : Merci à toi. Dommage qu’on ait raté l’autre concert...



[1Écrivains de la première moitié du XXe siècle dont la pensée était très influencée par l’ésotérisme et les traditions antiques et orientales

[2Writers from the first half of the 20th Century, whose thinking was influenced by esoterism and ancient and eastern traditions

Vos commentaires

  • Le 24 octobre 2011 à 02:20, par Pimous En réponse à : Interview Secret Chiefs 3

    Une explication est prévu pour toute la partie sur l’harmonie ou c’est incompréhensible pour tout le monde ?
    J’ai vaguement cru comprendre qu’il n’utilisait pas de gamme tempérée mais je n’ai pas l’impression qu’il ai refretté sa guitare ou accordé son piano.

    Sinon, les violonistes (et les dérivés, altos, violoncelles, etc) utilisent encore maintenant un la 442 lorsqu’ils sont entre eux (et exigeant... parce que 2Hz, c’est relativement peanuts).

  • Le 24 octobre 2011 à 15:25, par Aurélien Noyer En réponse à : Interview Secret Chiefs 3

    Désolé... Les explications de Trey Spruance sur l’harmonie ne sont pas spécialement claires pour moi non plus. J’ai cru comprendre qu’il n’utilise effectivement pas toujours la gamme tempérée et qu’en studio, il utilise parfois des guitares microtonales comme celles-ci : http://www.jeanpierrepoulin.com/Gui.... Ce qui lui permet d’utiliser d’autres tons que les 12 tons de la gamme classique, mais l’oblige en même temps à oublier les règles associées à la gamme classique qui sonnent « faux » avec les notes alors utilisées.

    Cela dit, mes connaissances musicologiques ne s’étendent pas pas jusque là et j’ai l’impression que Spruance est surtout un autodidacte qui a sa propre façon de s’exprimer. Du coup, je ne peux pas proposer d’explication avec certitude.

  • Le 27 février 2012 à 20:50, par JPP En réponse à : Interview Secret Chiefs 3

    Sur plusieurs vidéos j’ai vu que les frettes des guitare et de la basse sont droites. S’ils étaient accordés en « Pythagore » les frettes seraient tordues à cause des grands et des petits demi-tons. Je les soupçonne donc de jouer sur des guitares tempérées !

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