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It's Blitz !

It’s Blitz !

Yeah Yeah Yeahs

par Yuri-G le 16 juin 2009

1,5

paru le 31 mars 2009 (Polydor/Universal)

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Tout de suite flagrant. Zero, premier single dévoilé, proclamait fort que ce troisième album des Yeah Yeah Yeahs allait être une grosse mascarade. Synthétiseurs à la fête, mur du son electro pétaradant, et refrain sous plastique. Eh bien, on n’a rien contre la dance mais... quel est le principe à l’oeuvre exactement ? Synthétiser les pires effets du genre en une seule chanson ? Le faire sciemment et se dire que c’est drôle ? La plus grande perplexité était de mise. Le groupe l’avait annoncé, il allait sonner « différent ». Soit. On ne se décourage pas pour si peu parce que, après tout, on aime bien Karen O et qu’elle nous avait procuré du plaisir à l’époque de Fever To Tell, quand elle donnait dans les râles pas très corrects, les contorsions frénétiques et les giclées punk électrisantes.

Rien n’y fait. It’s Blitz ! est une superproduction fâcheusement vide et surtout le triste aveu d’un groupe sans cohérence. Autrement dit, les Yeah Yeah Yeahs n’ont plus aucune identité. Ils se contentent de récupérer des ingrédients « tendance » pour se prodiguer une (soit-disante) évolution. Et en ces temps, l’electro-pop fait fureur. Une electro-pop débarrassée de toute considération, basée sur le visuel, criard, et les rythmes, stridents. Parfait pour alimenter les jingle de Canal +. Alors Karen et ses copains tentent de rattraper le train en marche, c’est une évidence. It’s Blitz ! est leur arme de guerre pour s’imposer. Ses sonorités sont à ce point régressives et épaisses qu’on ne peut qu’être persuadé de leur roublardise. Hey, le synthé multi-couche ! Boom, bip ! Catchy ! À ce niveau, les années 80 étaient cyniques mais elles se fondaient sur un air du temps assez inédit. Tandis qu’un disque comme It’s Blitz ! n’est que la redite d’une époque déjà clinquante, sans même pouvoir prétendre à un charme égal dans ses rengaines robotiques, gainées de formules lourdes et de touches digitales. Celles-ci n’ont plus rien d’original, leur pertinence est nulle. Et Karen, consciente de l’imposture, se débat avec le programme de l’époque : « Dance ’til you’re dead », exhorte-t-elle. Auto-persuasion.

Ce constat effroyable qui hante l’album ne doit pas faire oublier qu’effectivement, danser, c’est pas mal. Mais danser sur quoi ? Danser sur ces rythmes là, qui flattent la soif facile de plaisir éclair/art absent ? Ce n’est pas une fatalité, on sait qu’il existe d’autres alternatives. Rien n’estompera le fait que It’s Blitz !, s’il peut combler quelques marges de testostérone disponibles, n’offre aucun effort de composition. Heads Will Roll, entre autre, repose uniquement sur d’horribles gimmicks dance, sans musicalité ni charme. Les chansons sont bardées d’effets, rien de plus. Parfois bien apprêtées (Runaway), elles ne visent pourtant que l’efficacité. On les aura totalement oubliées une fois que la fête sera officiellement déclarée morte. Le moment venu, ceux qui s’attarderont à y chercher encore un minimum de personnalité, voire, pour le parjure, de l’émotion, ceux-là iront se faire voir. Ils pourront bien dénicher dans cet opus quelques ballades pop romantiques et grandiloquentes, émaillant l’ensemble de leurs tentatives mélodiques. Mais aucune ne se détache, ne serait-ce que par un souffle. Dave Sitek et Nick Launay, à la production, ont leur part de responsabilité. Ils badigeonnent l’espace de fréquences et d’arrangements gadgets, en guise de créativité. Perdue au milieu, il reste la voix de Karen pour nous satisfaire, dégageant toujours un charme relatif, une belle tenue. À quoi bon ? Et même si Karen O n’est pas non plus l’emblème définitif du cataclysme actuel, elle est devenue une de ses fidèles représentantes. Surtout son album. En l’écoutant, on a vraiment envie que tout cela s’arrête, vite.



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Tracklisting :
 
1. Zero (4’26")
2. Heads Will Roll (3’42")
3. Soft Shock (3’53")
4. Skeletons (5’02")
5. Dull Life (4’08")
6. Shame And Fortune (3’31")
7. Runaway (5’13")
8. Dragon Queen (4’02")
9. Hysteric (3’52")
10. Little Shadow (3’57")
 
Durée totale : 41’45"