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Les Chansons Perdues

Les Chansons Perdues

Mick Est Tout Seul

par Psymanu le 26 juin 2007

4

paru en janvier 2007 (Wagram)

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Mickey 3D, sans se scinder, laisse un instant libre cours à son front-man, manière de voir ce qu’il peut insuffler à quelques chansons laissées pour compte au moment de déterminer celles qui auront l’honneur de représenter le groupe sur galette.

Michael Furnon, c’est un personnage. Bourru, austère comme on a dans l’idée (parfois justifiée) qu’est St-Etienne, sa ville natale, et pourtant, infiniment attachant. Charismatique, surtout. Mais attachant. Attachant parce que sa voix, d’abord. Douce, profonde. Pas mélodieuse, même pas chantante, et pourtant c’est son métier. Pas une voix de chanteur, en fait. Une voix qui se demande presque ce qu’elle fout là au moment de pénétrer les ondes, empruntée, étonnée. Mais pas hésitante, posée, et qui tombe, chlac !, comme un couperet de mots péremptoires. Car Michael Furnon sait se montrer cassant. Et, pourtant, attachant parce que son propos, aussi. Radical, mais d’un radicalisme qui se range du côté de l’humain. Cassant, disais-je, mais mélancolique, aussi, et la mélancolie c’est la faille, la mélancolie c’est ce qui effondre les masques, les airs détachés ou supérieurs. Il y a parfois chez Furnon et sa musique cette ambiguïté à la Ian Curtis, cette froideur vocale immense mais qui échoue tout de même à dissimuler les blessures, en arrière plan. Une voix, une musique défensive, en quelque sorte, mais dont la porosité garde le contact, entre l’artiste et qui veut bien l’écouter. Il faut avoir vu le mec sur une immense scène, pour l’anniversaire de Canal +, une scène bleu-glace, vaste, et lui au milieu, seul, chanter son dérisoire hommage à Johnny Rep, sa gratte toute simple, ses mots tout simples, ses sifflements hésitants, un véritable casse-pipe pour quiconque autre que lui, et pourtant, toute cette foutue chaleur qui semblait soudain emplir l’espace, agiter chaque molécule d’air le séparant des murs, et du public, et soudain le monde entier (bon, ceux qui avaient la TV branchée sur cette chaîne-là, ok) était condensé en quelques centimètres, tout contre lui, à sursauter à chacun de ses battements de coeur. On appelle ça de la soul.

Michael Furnon chante. De plus en plus, de mieux en mieux. C’est peut-être ce qui frappe le plus vivement à la première écoute. Et à la première personne, il chante, et ça n’est pas si courant lorsqu’il officie au sein de Mickey 3D. Les titres ont d’ailleurs été écartés des albums du combo justement parce que celui-ci les trouvaient un peu trop personnels, et ceci se justifie pleinement, les textes de Mickey 3D étant, généralement, davantage tournés vers l’extérieur, vers le monde. Mick parle de lui sur Modi, et du regard des autres, thème hautement récupérable par chacun, évidemment, mais à la résonance peut-être trop forte chez son auteur pour le dissoudre dans une performance groupale. J’Te Jure, c’est presque impudique tellement c’est à cœur ouvert, sur une mélodie pourtant pas spécialement apathique, et ça cause d’un père qui est mort, une longue tirade pleine des souvenirs de l’absent, il y a une sorte de rage contenue qui perce au travers des intonations de Furnon et qui donne toute sa force à l’ensemble, qui est un au revoir, mais certainement pas un adieu. Et c’est bien la douleur qui fait les meilleures pistes de ces Chansons Perdues. Les Hommes Se Cachent Pour Pleurer est une complainte amoureuse comme on en fredonne au soir, entre ses dents et du fond de la gorge, effondré dans les vapeurs éthyliques, saoulés par sa propre douleur, et c’est simplement magnifique. La même somnolence se retrouve sur L’Océan, monotone et bardée d’une nostalgie tellement dense qu’elle en devient étouffante.

Il est beaucoup question de désillusion, face au monde, ou de rêves, envolés, ou bien encore inassouvis, sur ce disque. C’est déjà de cela qu’il s’agit sur l’excellent single La Clé Des Chants, très rock, un appel au fondamental, avec la régression à l’enfance comme seule alternative valable à la saleté de notre Terre. Des constats, forcément négatifs, comme on en a déjà bectés des tas dans la discographie de Mickey 3D, comme sur Encore, mais avec cette fois comme une petite touche de sensibilité supplémentaire. Il y a aussi ce petit quelque chose de mignon sur Si Tu Tombes, qui rappelle un peu le Polnareff d’Histoire De Cœur, ce côté petit garçon un peu gauche, et qui s’essaye à l’amour. Furnon se fait timide sur un Où Sont Passés Les Rêves. Et puis il y a tout ce noir dont il macule des titres tels Allez, et ses saturations électriques, ou encore Des Oiseaux Dans Mon Ventre, aux sonorités inquiétantes et au texte un brin halluciné.

« Oui mais alors, par rapport à du Mickey 3D ? » Bon, la question, un brin rasoir, est inévitable, parce que ces chansons étaient prévues pour le groupe à l’origine, et pourtant il faut l’éviter. À tout prix. Ces Chansons Perdues, lorsqu’on les regarde avec un peu de recul, prennent nettement des airs d’autobiographie. Certes, les sonorités, les bidouilles, la boîte à rythme, tout cela est du déjà entendu, plus ou moins, sur les différents disques du combo. Mais, encore une fois, cet album semble traversé par une sorte de fluide indescriptible, qu’on ne retrouve que ponctuellement chez les 3D. Et ce fluide, c’est l’âme-même de Michael Furnon. Ce truc en plus, c’est ce que la pudeur, ou la ligne directrice de Mickey 3D, obligeait à laisser de côté. Mais ici, il trouve toute sa pertinence, et singularise à lui tout seul ces morceaux-là par rapport à l’oeuvre du groupe. Il s’agit donc, à tout prix, de se dégonfler, et d’éluder une comparaison qui desservirait forcément les deux parties, car ce qui est absent de l’une fait la force de l’autre, et inversement. Les Chansons Perdues sont un premier et un excellent album de Mick Est Tout Seul, simplement.



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Tracklisting :
 
1- Modi (3’50")
2- La Clé Des Chants (3’54")
3- J’Te Jure (2’36")
4- Les Hommes Se Cachent Pour Pleurer (3’41")
5- Encore (2’45")
6- Si Tu Tombes (3’15")
7- L’Invitation Au Mal (3’36")
8- Où Sont Passés Les Rêves (3’28")
9- Des Filles Et Puis Des Mecs (3’53")
10- Allez (3’54")
11- Des Oiseaux Dans Mon Ventre (3’33")
12- Au Bois D’Aline (4’59")
13- Pianotom (1’45")
14- L’Océan (6’04")
 
Durée totale : 51’13"