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Monsters

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Elvin Road

par Thibault le 17 avril 2012

Paru le 25 juillet 2010 (Autoproduction)

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Comme le dit le proverbe : « un album ouvert par un morceau appelé Kill the Hype dans lequel on entend clairement du Maynard James Keenan ne peut pas être mauvais ». Dans le catalogue des méthodes pour accrocher immédiatement l’auditeur, en voici une infaillible, d’autant plus que la pochette présente une jolie brune aux grands yeux bleus. Dans ces cas là, on est bon public et on se laisse entraîner sans rechigner par un groupe qui se révèle promoteur.

Elvin Road est donc un quintet français qui sait se vendre. Sur myspace le rayon influences est bien garni : John Barry, Nine Inch Nails, Depeche Mode, Mike Patton, Georges Delerue, A Perfect Circle, Gustav Mahler, sans oublier des cinéastes comme Michael Mann, David Lynch ou John Carpenter... Avouez que ça ressemble davantage à quelque chose que « Velvet Underground et MC5 ». Des références massives, assumées, identifiables mais plutôt bien assimilées dans une musique qui arrive à s’en détacher grâce à un très bon équilibre entre les différents instruments et registres, preuve que les musiciens ont du recul sur ce qu’ils font.

Il se dégage une véritable vue d’ensemble. Elvin Road propose diverses orientations mais ne se perd pas grâce à une production qui donne une agréable homogénéité à l’album. Il faut également souligner un souci de narration et d’évocation qui s’apprécie à travers un sequencing sans faux rythmes ni erreurs. Autre atout, une mise en valeur à bon escient de l’instrument, du jeu. Si les synthétiseurs se concentrent sur des nappes d’ambiance, les autres instruments prennent des initiatives bienvenues. Les claviers et le piano accompagnent la mélodie ou la prennent à leurs comptes, la basse fait aussi bien dans le groove que dans la discrétion et les guitares passent de riffs dont la texture évoque clairement NIN période The Fragile à des solos et arpèges plus fluets. Cette variété dans le jeu permet des nuances d’éclairages, des premier plan/arrière plan, des changements d’atmosphère... Bref, y’a du travail et du métier, aucun doute.

Néanmoins, cet album n’est pas sans limites, la faute à quelques partis pris moins heureux que d’autres. Les exercices de crooning dark-lyncho-romantique sont plutôt élégants mais versent aussi un peu dans la facilité. Derrière les synthés de Sutured, la section rythmique pique du nez et nous avec au terme de six minutes trop étirées. On regrette l’intro au piano de Colimaçon, trop prévisible et un peu balourde mais rattrapée par le reste du titre. Les choeurs de Recif peuvent évoquer ceux de Bono aux esprits chafouins, ce qui n’est guère recommandable. Division of Love propose un duo vocal propre mais carrément lounge. Heureusement, la basse et la batterie poussent le popotin des chanteurs sur ce titre et apportent un peu de force. C’est bête à dire, mais l’album s’appelle Monsters et convoque Nine Inch Nails, Maynard James Keenan et Mike Patton, on attend donc un peu plus de bagout et de cojones. Elvin Road brosse trop dans le sens du poil, faut que ça saigne un peu, finir plus vite l’apéritif pour passer au consistant.

On pourra légitimement rétorquer que c’est aussi une affaire de goût, mais bon... on troque volontiers Mulholland Drive pour Collateral ou Heat, A Perfect Circle pour Tool et un bloody mary pour un islay. Le groupe a posé des bases solides, maintenant il faut davantage d’autorité et d’affirmation, chopper l’auditeur au col et ne pas le laisser repartir. D’ailleurs, les morceaux les plus réussis sont les plus vindicatifs ou caustiques ; Kill the Hype est une chanson musclée à la progression qui se joue des structures trop rebattues, American Fury est un instrumental electro-rock de trois minutes bien pensées, Colimaçon propose un peu perversion et d’hilarité, on est preneur, et Prom Queen ressemble à un mix entre du A Perfect Circle et A Message to Harry Manback de Tool. En interview, le leader et claviériste Antoine Saison déclare que la complémentarité des membres du groupe se concentre vers quelque chose de plus en plus rock, c’est vraisemblablement la trajectoire à suivre.

Elvin Road sur MySpace



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