Sur nos étagères
One Man Band

One Man Band

James Taylor

par Emmanuel Chirache le 15 janvier 2008

1,5

Paru en décembre 2007 (Hearmusic)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Il y a trop de disques, on ne peut pas tous les aimer. Parfois, on se donne pourtant du mal, surtout quand on a aimablement reçu le disque pour le chroniquer. On sent une sorte de responsabilité idiote peser sur ses épaules. Alors on le passe, on le repasse, on étudie les paroles, on scrute la musique à la recherche d’une seconde de mélodie potable à laquelle on pourrait se raccrocher, du type : « ce n’est pas le disque du siècle, mais à un moment donné, il y a une seconde vraiment sympa ! » Il arrive que cette seconde ne vienne jamais. Du coup, le critique parcourt les chroniques de ses confrères, il épluche la presse, surfe sur le web. Il veut savoir. Savoir s’il est fou. Mais le verdict tombe, implacable : les autres ont aimé ! Bordel, c’est James Taylor quand même. L’argument d’autorité fait recette un peu partout, car l’homme a vendu plus de 40 millions d’albums, « ce qui en dit long sur son talent » apprend-on. Figurez-vous également que sa tête à claques est encadrée dans un couloir du Rock & Roll Hall Of Fame. Mieux, vous serez heureux d’apprendre qu’une académie quelconque lui a décerné le prix de la personnalité de l’année 2006. On ne sait pas pourquoi. Mais on s’en fout, ce mec a vendu 40 millions d’albums, c’est un putain de génie.

Il faut toutefois reconnaître l’exceptionnelle longévité de la carrière de James Taylor, ainsi que le succès phénoménal qu’il a connu dans les années 70. Une époque où certains chanteurs folk et country versaient dans la musique de supermarché, à coups de ballades atrocement sirupeuses. Des trucs horribles, même pas dignes de figurer dans un film de Meg Ryan, de la guimauve en barres, du sentimentalisme de sitcom des années 80, avec la fille qui regarde la pluie tomber dans sa chambre pendant que le type fait pareil chez lui. Multipliez ça par quarante ans de carrière, pressez le tout pour en tirer la sève et vous obtiendrez ce One Man Band enregistré en public. Un disque qui va au-delà de l’ennui. N’espérez même pas vous endormir avec. Oui, voilà ce que j’aimerais écrire sur le sticker qui décore la pochette de l’album : « La légende James Taylor... Partez pour un voyage au-delà de l’ennui ». Ou alors : « Après une chanson de James Taylor, l’ennui qui suit est encore de James Taylor ».

Issu d’une tradition folk à vocation de poil-à-gratter, de garde-fou moral et populaire des dérives de la société moderne, James Taylor fait partie de ces auteurs-compositeurs qui ont fait voler en éclat cet héritage pour lui substituer des bluettes dont la fadeur le dispute à l’inanité. De quoi flatter un public qui se complaît dans une musique rassurante et sans aspérités. James Taylor, c’est Dylan qui sait chanter, Pete Seeger qui sait écrire de jolies chansons, Phil Ochs superstar. C’est la face polie du folk, son versant propre. Là où les artistes cités plus haut touchent l’auditeur par leur authenticité, leurs faiblesses, leurs faille ou leur humanité, Taylor rebute par son talent sans âme. D’une chanson l’autre, son art témoigne d’une « égalité » d’humeur, d’une personnalité artistique réduite au plus petit dénominateur commun, une façon commerciale de toucher à l’universel. D’où son immense succès. Pire que tout, le disque se veut une version épurée de la musique du chanteur, un condensé sobre et quintessentiel, un retour aux sources. « One Man Band », on vous dit. Juste l’artiste, sa guitare, et tout de même Larry Goldings au piano. Techniquement parlant, on appréciera d’ailleurs le travail des musiciens, le picking subtil du chanteur, la maestria aux claviers de Goldings. Pour ce qui est du reste, on préférera se jeter sous les roues d’un camion plutôt que de supporter une nouvelle écoute du disque. D’après la rumeur, certains morceaux mériteraient pourtant le surnom de « classiques indémodables ». Il ne faut pas croire les rumeurs.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1. Something In The Way She Moves (3’47")
2. Never Die Young (4’24")
3. The Frozen Man (5’07")
4. Mean Old Man (3’42")
5. School Song (1’27")
6. Country Road (4’08")
7. Slap Leather (3’07")
8. My Traveling Star (4’11")
9. You’ve Got A Friend (5’02")
10. Steamroller Blues (5’59")
11. Secret O’ Life (3’42")
12. Line ’Em Up (4’39")
13. Chili Dog (1’57")
14. Shower The People (4’56")
15. Sweet Baby James (3’41")
16. Carolina In My Mind (5’04")
17. Fire And Rain (4’52")
18. Copperline (4’52")
19. You Can Close Your Eyes (3’08")
 
Durée totale :77’53"