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The Fabled City

The Fabled City

Tom Morello The Nightwatchman

par Sylvain Golvet le 9 décembre 2008

3,5

Paru le 06 octobre 2008 (Epic)

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Un des événements musicaux de 2007 a été sans conteste la reformation de Rage Against The Machine, donnant leur premier concert au festival de Coachella en avril 2007, après 7 ans d’absence. Pourtant ce fait majeur en éclipsait un autre. Et bien que cela fait bientôt 10 ans que l’on attend le projet solo de Zach de la Rocha, son Chinese Democracy à lui, c’est Tom Morello qui prenait tout le monde par surprise en sortant incognito son opus perso, sous le nom de The Nightwatchman, se rêvant chroniqueur de la rue et pourfendeur de l’injustice, armé de sa seule guitare acoustique. Intitulé One Man Revolution, il marquait les débuts du guitariste dans l’univers de la protest song et sortait en avril 2007, soit exactement au même moment que les premiers concerts de reformation de RATM. L’occasion idéale pour Morello de faire rejaillir un peu de cette actualité sur ce projet plus personnel. Pourtant bien loin de démériter, l’album est cependant sorti dans une indifférence polie.

Alors que l’actualité de son groupe est retombée, sans indice quant à la concrétisation réelle de la reformation, Tom Morello enchaîne sur un deuxième opus, The Fabled City, une manière de réaffirmer sa volonté de carrière solo et son envie de conquérir de nouveaux horizons. Le pire, c’est qu’il ne démérite pas le bougre. On pouvait pourtant avoir une certaine appréhension à voir cet adepte du gros riff se lancer dans des contrées beaucoup moins groovy. Une crainte balayée assez vite par une évidence, car même lesté de ses amplis, Morello n’est pas un compositeur manchot. Doté de mélodies solides et efficaces, le disque a le bon goût de varier les plaisirs, de la ballade hantée (Midnight In The City Of Destruction) au folk-rock (Whatever It Takes). Il puise même dans ses racines irlandaises et parmi les chansons de marins les plus alcoolisées des mélodies à accompagner du pied (Saint Isabella, The Iron Wheel). Au final, il ne perd même pas en énergie et reproduit même quelques riffs dignes des Rage avec son Ibanez acoustique sur le single Whatever It Takes (qui se trouve être également le nom qu’il a donné à la guitare en question).

Deux figures tutélaires surplombent cet album, Johnny Cash et Bruce Springsteen. Deux artistes que Morello a déjà croisés au cours de sa carrière. En jouant avec le premier lors des American Recordings, il en a retenu les leçons de production de Cash et de Rubin, mêlant retenue et sobriété. Une règle aussi bien vocale, avec l’impression que Morello tente de reproduire le timbre grave du maître, qu’au niveau des arrangements qui même s’ils sont plus fournis que pour l’opus précédent, n’en restent pas moins reconnaissable par leur économie, que ce soit un piano, une basse et une batterie ou même une guitare-slide, cette dernière étant particulièrement bien utilisée (The King Of Hell).

Morello n’a ensuite jamais caché son admiration pour le second, en reprenant par exemple The Ghost of Tom Joad avec RATM pour en donner une version percutante. Ce morceau les a ensuite réunis sur scène pour un duo magistral en avril dernier [1] Enfin, il serait difficile de ne pas déceler dans Saint Isabelle ou The Lights Are On In Spidertown des réminiscences des Seeger Sessions enregistrés par le Boss en matière de gigue irlando-américaine. Les deux partagent d’ailleurs le même producteur en la personne de Brendan O’Brien.

En se penchant sur les titres, ce qui étonne le plus est la forte présence d’images religieuses. Jugez plutôt : The King of Hell, Saint Isabelle, Lazarus On Down, n’en jetez plus. Et encore je vous fais grâce des « angels » et autres « lord ». Étonnant, car c’est assez peu courant qu’un marxiste proclamé se réfère autant à la Bible, mais ce que Morello a probablement compris c’est que le livre saint comporte bien plus d’images iconiques que Le Capital, bien plus difficile à faire incarner dans une chanson de trois minutes. Ceci dit, c’est bien du côté des démunis que se situe ses préoccupations et évoque aussi bien le travail des immigrés que les gens affamés ou les barricades. L’honneur est sauf.

Peut-être un poil en deçà du précédent, ce deuxième album de Tom Morello prouve tout de même que cette aventure en solo est loin d’être une récréation pour le guitariste. Sans être un chef d’œuvre, l’album est suffisamment sincère et émouvant pour mériter une place. Et ce n’est pas de la complaisance envers un musicien autrefois aimé que d’affirmer que cette nouvelle carrière lui va très bien. Allez Tom, RATM c’est du passé, tu peux maintenant aller de l’avant !


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Tracklisting :
 
1. The Fabled City (3:10)
2. Whatever It Takes (4:11)
3. The King Of Hell (3:14)
4. Night Falls (3:48)
5. The Lights Are On In Spidertown (3:21)
6. Midnight In the City Of Destruction (4:53)
7. Saint Isabelle (3:31)
8. Lazarus On Down (3:34)
9. Gone Like Rain (3:39)
10. The Iron Wheel (2:40)
11. Rise to Power (3:57)
 
Durée totale : 39:58

Nightwatchman (The)

Disques Chroniqués
World Wide Rebel Songs World Wide Rebel Songs

par Sylvain Golvet


3,5

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