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Robert Hancock

Robert Hancock

par Le Daim le 17 avril 2007

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Il est certain que pour nombre de lecteurs le nom de Robert Hancock n’évoquera rien, et c’est bien dommage. Le bonhomme trimbale dans son sac-à-dos les souvenirs passionnants d’un peu plus de 20 années d’une carrière musicale qui l’a emmené de la Nouvelle-Zélande à la France via l’Ecosse. L’interview qu’il a accordé à Inside Rock révèle un artiste sincère et humble travaillant toujours hors des sentiers battus. Après les débuts psyché-folks du projet avorté The Magic Roundabout, le succès (et les galères) du défunt groupe June Frost aux multiples line-ups, Robert aurait pu en finir avec le rock, et pourtant... Son dernier album en date, Microclimate, réalisé à la maison, est un petit bijou d’atypisme et de mélancolie. Et c’est probablement son meilleur disque à ce jour. En attendant la sortie du prochain, déjà en préparation, il revient sur son parcours d’homme et d’artiste : une bien belle et authentique aventure rock’n’roll.

 Les débuts : The Magic Roundabout

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The mysterious man at the station...
© Le Daim

Inside Rock : Je propose qu’on commence par le début... Parle-moi un peu de ton enfance, de tes parents si tu veux bien. Tu es donc né en Nouvelle-Zélande...

Robert Hancock : Oui, à Wellington. Mon père est arrivé d’Angleterre dans les années 50. Il est assez jeune pour ne pas avoir eu à se battre pendant la guerre bien qu’il ait connu des choses assez horribles dans la banlieue de Londres. Il a rencontré ma mère en Nouvelle-Zélande et ils se sont mariés. Je suis leur quatrième enfant. Lui il voulait être chanteur, mais la famille étant trop pauvre pour l’envoyer au conservatoire il dut travailler dès l’âge de 15 ans. Il est devenu imprimeur. Ma mère chante et joue du piano, mes deux sœurs aussi. Mon frère a fait un peu de violon... Tout ça pour dire que chaque matin je me réveillais au son des gammes ! Chez nous c’était assez naturel de chanter, de faire de la musique.

IR : C’était du classique, des airs traditionnels ou autre chose ?

RH : Un peu de classique oui, et aussi des thèmes de films. Ce genre de musique était populaire dans les années 50 (il chantonne Moon River de Henri Mancini). Et puis l’église aussi. Mes parents sont protestants. Je faisais partie d’une chorale d’enfants, je chantais au temple tous les dimanches jusqu’à ce que je sois en âge d’avoir le droit de ne plus y aller. À ce moment là mes orientations musicales ont pour ainsi dire changé ! (rires).

IR : Ouf ! D’où t’es venu le déclic rock ?

RH : Je faisais du piano, mais je n’accrochais pas trop. Vers l’âge de 14 ou 15 ans j’ai débuté la guitare. C’est là qu’il y a eu un déclic, j’ai compris que j’étais plus naturellement fait pour les instruments à cordes. Mes premiers disques de rock étaient ceux de ma grande-sœur. David Bowie, et des trucs folks comme Don McLean (il chantonne) « Bye bye Miss American Pie... », Peter Paul & Mary... Et puis j’ai découvert le hard-rock. J’étais à fond dans AC/DC, Motörhead, Led Zep, Deep Purple... Je profitais que mes parents n’étaient pas là pour mettre ça à fond dans la maison. Un peu de cette période m’est restée, je continue de bien aimer la saturation, le feedback... So... Ensuite je suis entré à l’université pour étudier l’anthropologie.. Mais les universités en Nouvelle-Zélande ça n’a rien à voir avec les universités françaises, là-bas il y a une vraie communauté, une vraie vie étudiante. Il y avait toujours des concerts sympas de musique alternative sur le campus. J’ai laissé de côté la ringardise du heavy-metal pour des choses un peu plus underground : Cure, Joy Division, le Velvet... Avec mon premier groupe on a commencé à faire des reprises de ces gens-là avant d’écrire nos propres chansons dans le même style.

IR : Tu es en train de me dire que ton premier groupe, The Magic Roundabout, faisait dans la cold-wave et le noisy ? Pourtant, quand on écoute tes enregistrements de l’époque la musique est plutôt acoustique, planante, limite hippie.

RH : Non, The Magic Roundabout c’est venu après. Là oui on était vraiment dans un trip acoustique... On fumait aussi pas mal. Et on écoutait des trucs psychédéliques comme le Pink Floyd de la période Syd Barrett. The Magic Roundabout c’est la version anglophone du Manège Enchanté. On trouvait hallucinante la musique de cette émission... En Nouvelle-Zélande à l’époque il y avait aussi un mouvement musical alternatif intéressant porté par le label Flyin’ Nun Records. So, tout ça nous a inspiré et on a fini par créer notre propre style.

IR : En effet, ce que vous produisiez alors n’avait certainement rien à voir avec toute la new-wave qu’on entendait à la radio. Ce qui est marrant c’est que ce style très acoustique, instrumental et libre on le retrouve aujourd’hui dans ton album solo Microclimate, alors que tu as passé des années à faire du pop-rock avec June Frost. Finalement ce que tu avais dans les tripes étant gamin ne t’a pas quitté et sert toujours de matière première à ta musique.

RH : Je pense que tous les musiciens passent leur vie à essayer de composer LA chanson. Je crois que j’aurais du mal à écrire dans un style totalement différent. J’essaye de rester vrai, de ne pas me trahir. Oui il est possible que quelque part je reste dans cette espèce de continuité mais cette idée-là ne me dérange pas.

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The Magic Roundabout
© DR

IR : Revenons à The Magic Roundabout. Vous étiez une bande de copains qui faisaient une musique peu commune, vous avez commencé à multiplier les concerts, à avoir un certain succès... Et vous avez sorti un EP. Comment ça s’est passé ?

RH : On était soutenus par le New Zealand Arts Council, un peu l’équivalent de la Direction des Affaires Culturelles en France. Ils aidaient les jeunes groupes en finançant un EP 6 titres et une vidéo. La vidéo ça n’était pas rien à l’époque... Il y avait un camion, des lumières, une maquilleuse, de gros moyens... Aujourd’hui tu peux faire la même chose avec un camescope numérique ! So... On avait un manager, un ancien policier... Mais il avait des gros soucis avec les impôts, il est parti avec notre argent. Avec ça l’un des membres du groupe était assez fragile psychologiquement, il a d’ailleurs terminé en hôpital psychiatrique... On était jeunes, on avait des projets pour ne pas dire un plan de carrière et voilà que tout se cassait la figure. On était dégoûtés.

IR : Et tes études ?

RH : Je faisais le minimum. J’ai quand même réussi à passer tous les examens jusqu’à la maîtrise. Mais les méthodes d’enseignement ne me plaisaient pas trop. C’était assez sec, froid. Les professeurs avaient le chic pour rendre terriblement ennuyeux ce qui aurait dû être passionnant ! Mon avenir me semblait plus excitant dans la musique.

IR : Un groupe comme The Magic Roundabout pouvait-il réussir en Nouvelle-Zélande à cette époque ?

RH : Réussir... Pas vraiment, à moins de quitter la Nouvelle-Zélande. Le chemin classique passe par l’Australie. Si ça marche là-bas, tu vas à Londres. Ca aurait peut-être pu nous arriver, mais on était jeunes et fragiles. Quand mon pote du groupe a vu que ça capotait il a pété un plomb, c’est là qu’il a été interné... Moi j’ai plié bagages pour l’Europe.



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