Chansons, textes
Stacy's Mom

Stacy’s Mom

The Fountains Of Wayne

par Aurélien Noyer le 16 juin 2009

Single sorti en août 2003 (Virgin)

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S’il est une chose entendue que le rock s’est fait depuis ses toutes premières années le héraut des états d’âmes adolescents notamment au travers des juvéniles Summertime Blues d’Eddie Cochran et Peggy Sue de Buddy Holly, on aurait pu craindre que, les années aidant, le rock tende vers une certain maturité, dans un processus d’évolution vers des thématiques plus sérieuses. Par bonheur, si certains dévoyés ont bel et bien tentés d’insuffler à cette musique des prétentions intellectuelles auxquelles elle n’aspirait pas de prime abord, il est indéniablement que le « teenage angst » reste un sujet porteur, dépassant les clivages et les époques.

En effet, le rock se revendiquant comme une « musique de jeune », son coeur de cible se renouvelle sans cesse et même si ce dernier a sérieusement été grignoté par les concurrents Pop et Rap/RnB, les mêmes recettes intemporelles permettent de séduire de nouveaux consommateurs, le secret de la réussite étant de bien choisir l’angle d’attaque qui offre une pénétration du marché optimale à un moment donné, l’exemple d’école étant le coup de génie de Geffen qui joua la carte « rébellion désabusée » en 1991.

Néanmoins, il serait faux de croire que l’exercice est aussi facile qu’il y parait, car le risque est grand qu’à trop vouloir s’abaisser au niveau de l’adolescent moyen (et rappelez-vous qu’on ne pourra jamais s’abaisser suffisamment pour atteindre son niveau réel), on en devienne ridicule et perde ainsi toute crédibilité. Pour éviter cela, plusieurs solutions existent : la première consiste à ignorer le ridicule et s’enfoncer toujours plus bas avec une obstination qui finira par faire passer le mauvais goût le plus absolu pour une esthétique (n’oublions pas que cela a réussi pour David Bowie période Ziggy Stardust), la seconde solution consiste à assumer franchement le ridicule et à en jouer en oscillant entre premier et second degré.

Et parmi tous les groupes jouant dans la deuxième catégorie, il en est un qui se distingua récemment avec une chanson qui constitue encore à ce jour le parangon du genre, j’ai nommé les Fountains Of Wayne et leur ineffable Stacy’s Mom. Pourtant, avec comme concurrents directs Basket Case de Green Day, réactualisation de clichés made in Ramones, et Buddy Holly de Weezer, pillage sans vergogne les recettes de l’ancêtre, il y avait fort à faire pour remporter le titre.

C’était sans compter l’aptitude des Fountains Of Wayne à concentrer en une chanson de 3 minutes 20 une quantité astronomique de clichés sur fond de power-pop exploitant l’immuable structure I-IV-V-IV. Or, pour facile que paraisse l’exercice, il y a certaines règles à respecter pour arriver à un bon résultat. La première est de jouer sur la nature même du cliché : toujours garder en mémoire qu’un cliché se définissant comme un artefact culturel universellement reconnu, il vaut mieux le suggérer que d’insister lourdement dessus. Ainsi, grâce à quelques éléments bien choisis (la pelouse à tondre, la piscine, le voyage d’affaire), le contexte est posé : on se trouve dans l’archétype de la banlieue pavillonnaire américaine, incarnation pré-Desperate Housewives de l’American Way Of Life. Viennent ensuite les personnages... Au vu du contexte, il suffit d’un rien pour faire comprendre à l’auditeur le plus crétin qui sont les protagonistes : le héros, environ 15 ans au compteur, sa petite amie et la mère de cette dernière.

Et enfin, vient le plot, l’argument, l’élément principal, le pitch, la quintessence de la chanson, ce qui lui donne tout sont sens : le fait que le héros fantasme sur la mère de sa petite amie [1]. Et s’il était préférable de se contenter de suggérer les éléments contextuels, le fait est que l’exercice permet alors de traiter extensivement le sujet, empilant les clichés du fantasme adolescent. Et les Fountains Of Wayne de nous régaler d’un florilège de poncifs et de stéréotypes bien trop nombreux pour qu’il soit décent de tous les citer ici, bien que je ne résiste pas au plaisir de transcrire le superbe vers « since your dad walked out, your mom could use a guy like me ».

C’est d’ailleurs ce profond déséquilibre entre un contexte à peine évoqué (bien que suffisamment évident) et la surchage de détails sur les réflexions du jeune héros qui permet à la chanson de fonctionner, dans le sens où l’insistance récurrente sur un sujet aussi trivial couplée à des arrangements power-pop à la limite du kitsch (riff outrageusement accrocheur, chœurs mièvres et solo immonde) laisse suggérer un second degré sans lequel le titre sombrerait dans le mauvais goût le plus absolu. Il faut également mettre au crédit des Fountains Of Wayne le fait d’avoir réussi à éviter l’écueil d’une distanciation trop prononcé qui aurait fait basculer dans la chanson dans le registre de la parodie ratée.

Et pour finir, faisant fi de tous les efforts que j’aurai déployé pour établir une distanciation analytique permettant une étude objective et critique de cette chanson, je me dois de faire preuve d’un brin d’honnêteté, tombant par là-même dans la subjectivité la plus élémentaire et révélant des considérations esthétiques qui sont loin de contribuer à ma crédibilité de critique [2] : cette chanson est réellement géniale !!!



[1Et ce, bien avant la consécration de la MILF par la série Weeds, il convient de le noter.

[2D’ailleurs, heureusement que je ne vous parle pas d’American Idiot.

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