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Sweet Beliefs

Sweet Beliefs

Cyann & Ben

par Yuri-G le 9 janvier 2007

3

paru le 11 septembre 2006 (Ever)

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Instinctivement, on voudrait louer ce nouvel album de Cyann & Ben sans réserve. Il faut dire qu’ils sont peu nombreux, en France, à élaborer une telle maîtrise de la matière sonore, à se vouer à un réel sens atmosphérique. Ambiance, durée, texture et couleurs : ce qui vaut, c’est l’immersion. Et dans nos contrées, on pourra bien relever Hitchcockgohome ! et Arman Méliès, évoluant également dans ce registre, ou même indirectement Gomm ou Nelson ; sinon, le vide ou presque. Être plus exigeant est souvent ingrat.

Tout est admirablement dense dans ce disque, il faut en convenir. Que ce soit dans la tension ou dans l’apaisement, chaque titre constitue un foisonnement de sonorités prêtes à envahir l’espace ambiant, à abolir les frontières. Comme dans une quête définitive d’un absolu évidemment inatteignable. Il faut alors modeler les contours sonores, stratifier les mélodies, dessiner un horizon irradiant de claviers languides et aériens, de guitares passant d’une béatitude translucide à des rugissements emportés. Pour peut-être entrevoir une grâce lumineuse et réparatrice.

Mais, pour peu théorique et abstrait que cela puisse paraître, Cyann & Ben n’en restent pas moins animés par une volonté de composer des mélodies évidentes et pures (le titre inaugural Words, qui dévoile sans détours une trame dorée à la mélancolie élancée et poignante). Malgré tout, l’ensemble se révèle plus sinueux que par le passé. Il faut dire que le son est davantage poussé, abouti. Un souffle psychédélique nouveau plane sur certains titres : ainsi, Sunny Morning résonne d’ondes vaguement chamaniques dans lesquelles Low aurait distillé sa résignation et sa profondeur, éclairé par des flashs sonores qu’on songerait avoir croisés dans Blade Runner. On devine que la musique du groupe se trouve être au carrefour de multiples influences, sans pour autant en devenir décousue, car les ayant parfaitement absorbées. Folk profondément mélancolique associé à un psychédélisme astral (Espers n’est jamais loin, Greg Weeks apparaissant d’ailleurs sur un titre) et rock progressif incorporant une sunshine-pop discrète. Impeccable.

Et pourtant, les mélodies se font moins renversantes que sur leur précédent opus, Happy Like An Autumn Tree (où peut-on retrouver ici une extase aussi envahissante que celle qui pouvait clôre A Moment Nowhere ?). Les guitares sont toujours aussi brillantes, certes, allant appuyer une phrase de piano d’une sentence macabre totalement adéquate (le final de Sweet Beliefs), ou voilant de stridences fumeuses inquiétantes la rythmique implacable de Let It Play. Les voix cristallines portent encore cette naïveté éclatante, avivant de force une flamme tragique face à de telles lueurs pâles et déclinantes. Oui, certes.

Mais, c’est comme si les limbes survolées lors de cette odyssée avaient quelque chose d’irrémédiablement géométrique, d’ordonné, ou peut-être de familier. Comme si les irrégularités avaient disparues de cette géographie fantasmée, ou qu’elles n’y avaient pas leur place. Cyann & Ben font preuve d’une maîtrise exacerbée de leur univers. Allant peut-être jusqu’à bannir toute intuition de leurs arrangements, toute maladresse de leur démarche. Bâtissant en quelque sorte, pour reprendre l’image de Gondry, « une science des rêves ». Serait-ce cruel de leur reprocher si peu ? Possible. Pour autant, il serait vain de suspendre tout discernement critique, sous prétexte que ce type d’imageries flamboyantes se croise rarement, en France.



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Tracklisting :
 
1. Words (4.46)
2. Sunny Morning (7.10)
3. Sweet Beliefs (6.12)
4. In Union With... (7.06)
5. Guilty (5.16)
6. Recurring (5.18)
7. Let It Play (3.32)
8. Somewhere In The Light Of Time (3.44)
9. Sparks Of Love (8.47)
 
Durée totale : 51:56