Incontournables
The Madcap Laughs

The Madcap Laughs

Syd Barrett

par Arnold le 31 janvier 2006

paru en 1970 (Harvest/EMI)

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Dans la famille des destins tragiques du Rock, je demande Syd Barrett. Le génie psychédélique... Le premier leader de Pink Floyd. Celui sans qui ce groupe n’aurait jamais connu le succès. Celui sans qui le psychédélisme anglais n’aurait pas porté aussi haut ses couleurs très bariolées.

Avant la sortie du premier album de Pink Floyd, Syd Barrett était une véritable force créatrice et aurait écrit une quarantaine de chansons en moins de six mois. Suite au succès du groupe avec The Piper At The Gates Of Dawn, Syd Barrett perd la boule et sombre corps et âme dans le LSD. L’artiste n’est plus gérable et ses compagnons doivent se séparer de lui après une tournée cauchemardesque. Convaincu que sans lui le groupe n’a pas d’avenir, le jeune manager Peter Jenner décide de le suivre et de produire ses albums solo. Grave erreur quand l’on considère les 30 ans de franc succès du groupe par rapport à la fulgurante carrière du prince déchu. [1]

Erreur ou pas, Jenner ne regrette rien et il a raison. Barrett a dans son sac plus d’une trentaine de chansons encore inutilisées qui ne demandent qu’à être enregistrées. Syd retrouve donc les studios pour enregistrer son premier album, aidé par Roger Waters et David Gilmour, ses anciens compagnons du Floyd. Les sessions sont chaotiques, Syd est perpétuellement sous acide, son jeu et sa voix sont aléatoires. Gilmour doit parfois reprendre les parties de guitares pour obtenir un son audible. D’autres fois, le génie revient au galop et de véritable perles sont couchées sur la bande. Mais cela ne dure malheureusement pas. L’enregistrement est même interrompu quelques mois par un séjour en hôpital psychiatrique... Jenner dira « Quand j’ai travaillé en studio pour The Madcap Laughs, on avait l’impression que l’inspiration revenait, puis tout se dissipait. On espérait qu’il reviendrait parmi nous, sur la planète Terre. Mais il est resté sur la planète Syd. »

Au-delà de ces anecdotes de studio, le résultat réside en un album incontournable intitulé The Madcap Laughs. Incontournable pour tout fan de rock qui se respecte, au point que Syd Barrett est cité en référence par nombre de jeunes pseudo-artistes maudits, soucieux de s’acheter une crédibilité, en vain. Car Barrett, c’est plus qu’un artiste au destin tragique... Même diminué, malgré ces sessions chaotiques, chaque titre de cet album est une véritable perle psychédélique, touchante de vérité, encore imprégnée de LSD... Car même s’il n’a plus toute sa tête, Syd Barrett donne tout ce qu’il a. C’est ce qui donne sa force à cet album, au-delà du talent.

Parfois, à l’écoute de l’album, on a même envie de pleurer. Tellement les mélodies sont bien faites, tellement les harmonies viennent naturellement... Terrapin, Dark Globe, Octopus le magnifique, Golden Hair inspiré d’un texte de James Joyce, Feel qui est à pleurer... Impossible de préférer un titre à un autre. Chacun transporte quelque chose de différent et de fort, chaque titre est une perle... La voix de Barrett passe par différents états : tantôt cassée, puis chaude, parfois déraillante. Tout cela donne une dimension humaine à cet album qui est en quelque sorte le testament de l’un des plus grands artistes que le rock ait connu...

Et quel testament ! C’est là que la gorge se noue. Syd Barrett est passé, nous a livré trois pépites puis s’en est retourné chez maman le cerveau en vrac, quasi-autiste, pour peindre, sur la planète Syd...

Shine On You Syd...



[1Mais Jenner se rattrapera plus tard avec notamment un petit groupe répondant au doux nom de The Clash

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Tracklisting :
 
1. Terrapin (5’04")
2. No Good Trying (3’26")
3. Love You (2’30")
4. No Man’s Land (3’03")
5. Dark Globe (2’02")
6. Here I Go (3’11")
7. Octopus (3’47")
8. Golden Hair (1’59")
9. Long Gone (2’50")
10. She Took A Long Cold Look At Me (1’55")
11. Feel (2’17")
12. If It’s In You (2’26")
13. Late Night (3’11")
 
Durée totale : 37’41"