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Un Chien De Ma Chienne

Un Chien De Ma Chienne

Yan Caillasse

par Psymanu le 25 mars 2008

2,5

paru en mai 2007 (Mosaic Music)

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Enregistré en 2006, ce premier album des cinq de Yan Caillasse annonce dès le départ se situer au carrefour du rock et du balloche, trimballer plein d’influences dans sa musette. Un mix réussi ? Voyons. Au fait, il s’intitule Un Chien De Ma Chienne.

La Ballade Des Pendus annonce la couleur générale de l’album : alternance de ska-musette et de rock un peu lourd, et, il faut le dire, c’est dans cette dernière partie que le bat blesse quelque peu. La voix confesse une certaine mollesse qui plombe un peu un texte manifestement ciselé, en recherche de sonorités autant que de sens. Je sais bascule clairement du côté d’un rock vraiment hard. Encore une fois les mots sont mis bien en avant, mais cette recherche de sonorités vocabulaires dont je parlais plus haut tend hélas à devenir pénible, surtout lorsqu’elle tend trop ouvertement les bras vers ses références : y a du Cantat, y a du Renaud, du Christian Olivier. « Je sais, ça parait suspect, mais bon on s’y fait », clame-t-il... Suspect, pas vraiment, tant tout cela fleure bon la spontanéité, mais il faut plusieurs écoutes pour s’y faire. Et ce violon qui grince douloureusement a tendance à crisper l’audition. L’Homme Est Un Loup, rétablit un peu la balance en la faisant pencher un peu plus vers le musette français à la Têtes Raides, quoi que la guitare déchire régulièrement l’espace. C’est un bon morceau, et c’est avec lui que l’album semble enfin décoller, décrispé.

Ernest La Peste, en effet, est de tenue encore supérieure, texte décomplexé, franchement drôle, violon et cuivres légers. Presque prog-rock, figurez-vous, tant il fait dans la variation de ton. Notre Epoque, sombre, mélancolique sous médocs, franchement apathique, rappelle volontiers certains climats que les Louise Attaque aimaient parfois explorer. Ça tient surtout au violon, cette impression, mais aussi au désabus qui transpire du texte. Curiosité : un solo de guitare, comme ça, en plein milieu. Sympa, sans plus. Quarantième Hurlant entame tambour battant en rock trépidant et ne ralenti pas tout du long des deux minutes et quelques poussières qu’il dure. Sans doute le titre le plus efficace, à la Comme Elle Vient de Noir Dez. Yan Caillasse tire également son épingle du jeu sur la valse musette de Tiens ! Il Pleut ?, à l’optimisme en bandoulière. Le refrain est sacrément accrocheur, du genre qu’on a tendance à fredonner une journée entière : « Le ciel se couvre, et on s’en fout, il peut pleuvoir des grenouilles, des cannettes, des pots de peinture, des sacs de clou, ça continue jusqu’à temps qu’ça s’arrête ». Impec.

Alors ensuite,Vendetta, c’est en italien, je serai donc infoutu de dire précisément ce que ça raconte, et pour être honnête il donne peu envie d’en savoir plus. Bon sang qu’elle est lourdaude cette partie de basse toute en courbes et volutes... Dommage, car la rythmique est plutôt enlevée, mais voilà, l’effet est plombé. Bancal aussi est J’Aimerais Tant. Les parties énervées, comme savent l’être certains Têtes Raides, alternent avec les parties déclamées, nettement moins convaincantes à cause notamment d’un texte qui force un peu trop le trait facile sur le pastiche des stars éphémères. Pas mauvais, mais clairement trop entendu par ailleurs. Le refrain de Sex Is Dead réunirait presque les Béru (slogan scandé entre deux riffs) et Offspring (le riff, justement). Un morceau entre folklore régional et hard rock féroce, c’est un peu la marque de fabrique du groupe finalement, et ça passe plutôt bien cette fois-ci, quoi que le semi-solo de guitare électrique à 1’30 soit de trop. Sans prétention, pas sérieux, décomplexé donc réussi.

Pas de compromis pour D’Un Coup, en revanche, qui lui ne lorgne que du côté de la chanson française la plus traditionnelle. On se rend compte à l’occasion que c’est bien lorsque son débit est rapide que la voix dévoile le plus ses charmes et trouve le plus d’assurance. Bravache est rock, juste rock, et un peu noise (à quelques secondes d’exception près, au milieu) assez déroutant en comparaison du reste du disque. Malgré l’énergie déployée, on a du mal à y entrer, peut-être est-ce dû au mixage en avant du chant, qui a tendance du coup à retenir automatiquement l’attention, au détriment de l’ensemble. Du Feu sonne au départ comme une tentative un peu veine de jouer les One Trip One Noise, avant de s’embraser soudain, puis de ralentir à nouveau en reggae, et ainsi de suite. Là encore, ça ne prend pas. Enfin, Chien De Caillou situe la barre bien plus haut, pour ce qui concerne l’ambition artistique du combo. Texte cryptique sur lequel il semble tout miser, ambiance noire et pesante. Pardon de ressortir les références faciles, mais il y a du Septembre, En Attendant, là-dedans, un peu. Et hélas, lorsque l’on parvient à oublier quelque peu les bordelais, le morceau entre dans son dernier mouvement, tout en électricité, et puis c’est fini. Plusieurs écoutes sont nécessaires, encore une fois, pour parvenir tout à fait à s’imprégner de la personnalité propre de Yan Caillasse sur cette piste. Certes, une fois fait, on apprécie.

Au final, cet album, parce qu’il a tendance à balader l’auditeur de droite à gauche, d’une inspiration à une autre, d’un style à l’autre, laisse quelque peu circonspect. De bons moments, à l’évidence, mais aussi pas mal d’agacements, le groupe semble encore peiner à trouver une véritable cohérence, un son qui lui soit propre. Néanmoins, Un Chien De Ma Chienne est d’évidence une promesse de réussite en live, tant il est plein d’énergie et de bonne volonté. A suivre.



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Tracklisting :

1- La Ballade Des Pendus (3’00")
2- Je Sais (3’16")
3- L’Homme Est Un Loup (4’04")
4- Ernest La Peste (3’52")
5- Notre Epoque (3’15")
6- Quarantième Hurlant (2’13")
7- Tiens ! Il Pleut ? (3’00")
8- Vendetta (3’23")
9- J’Aimerais Tant (3’54")
10- Sex Is Dead (2’23")
11- D’Un Coup (2’51")
12- Bravache (3’22")
13- Du Feu (4’09")
14- Chien Caillou (4’29")
 
Durée totale : 47’11"