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We Have Come For Your Parents

We Have Come For Your Parents

Amen

par Sylvain Golvet le 28 février 2011

3,5

Paru en 2000 (Virgin Records).

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“Like when your sister suck your own cock.”

“Get up and set fire to your church.”

“I fuckin’ hate youuuuuu !”

Adepte de la nuance et de la chronique douce-amère, passe ton chemin. Il faut dire que dès la pochette, il y a de quoi se méfier, avec ces quatre garçons d’église armés de hache et de leur regard le plus hostile. « We Have Come For Your Parents ! » [1] Le message est clair : vous les adultes (ou toute autre forme d’autorité), faites gaffe, les enfants vont vous en faire baver. Sur la pochette, le macaron Parental Advisory devient alors totalement pertinent. Et je vous passe les photos du livret avec sa jeune écolière équipée de jouets sexuels. Bref, on a beau s’appeler Amen, on ne racole pas le fan de rock chrétien.

WHCFYP sort en octobre 2000, alors que le rock est censé être mort et enterré. Enfin il paraît. Pourtant, le cadavre bouge encore pas mal, en témoignent les 45 minutes intenses et éreintantes de l’engin. Car la musique d’Amen se nourrit à deux mamelles. D’un côté le punk-hardcore, pour les compositions, les rythmes, limites rock’n’roll parfois (on pense aux 80’s Matchbox B-Line Disaster), l’esthétique revendicatrice. De l’autre un son plutôt metal, lié à la production musclée de Mr Neo. Et puis il y a même deux guitares, ce qui exclue automatiquement l’opus de la section punk.

Amen n’est finalement pas très connu. Le groupe a du succès en Angleterre, grâce à une réputation scénique gagnée à coup de prestations explosives via la personnalité remuante du leader Casey Chaos. On peut le constater sur ce passage à NPA, présenté par un Philippe Vandel et une Emmanuelle Gaume (souvenir...) légèrement perturbés par l’état un peu « autre » du frontman.

Toujours est-il que le combo est entièrement personnifié par ce Casey Chaos, le bien nommé, qui est à la fois la tête pensante, le compositeur et le musicien quasi unique de tous les albums d’Amen (exceptée la batterie). Cet ancien skater s’est mis à la musique suite à la découverte de Black Flag. Il a ensuite multiplié les projets musicaux (Disorderly Conduct, Scum,…) et s’est fait quelques amis non négligeables dans le milieu, comme Daron Malakian de System of a Down, avec qui il aurait écrit B.Y.O.B. En 2003, il se joint à Josh Homme, Nick Oliveri et Twiggy Ramirez pour former The Headband, un des nombreux side-project de QOTSA. L’aventure ne donnera rien de concret, si ce n’est que sur les démos musclées, on peut entendre celle d’un morceau qui deviendra Medication sur le Lullabies for Paralyze du combo de Palm Springs. La participation de Chaos y est assez discrète.

Alors qu’avec Amen, Chaos se lâche. Il est sur tous les fronts, il monopolise l’attention, hurle comme un dératé, multiplie les provocations. Cette prestation hallucinante pour le Henry Rollins Show, où Chaos se trémousse devant un drapeau palestinien, avant de se rouler par terre, la tête ensanglantée l’atteste.

Dès la piste 1, Amen sue par tous les pores son image white trash, rejoignant ses collègues Jonathan Davis, Slipknot et Eminem, pour qui la haine de soi n’a d’égale que la haine des autres. Sans compter cette obsession pour la Bible, cette institution américaine incontournable même chez ses détracteurs. Ici cela donne les brûlots anticléricaux que sont Mayday ou Dead on the Bible. Ensuite, Casey Chaos fait aussi feu de toutes les revendications provocatrices habituelles du punk, s’en prenant à la mode (CK Killer), aux patrons (In Your Suit), aux politiques. Cette haine collective, limite caricaturale, alliée à une image de clown scénique fait irrémédiablement penser à une sorte de petit frère de Jello Biaffra, le second degré en moins, les hurlements en plus. D’autant que musicalement, les Dead Kennedys ne sont d’ailleurs pas très loin. On pense aussi aux sympathiques albums de Jello Biaffra avec les Melvins.

Musicalement non plus, on n’atteint pas des sommets, et on ne s’éloigne jamais vraiment de la doxa punk-hardcore, si ce n’est que le son compact et lourd permet un décrassage des oreilles bien plus efficace que chez nombres de groupes sous-produits. Plus étonnant, le fait que la quasi-totalité des instruments soit enregistrée par Chaos n’altère en rien l’énergie brute que l’album dégage. C’est le piège dans ce genre de montage de studio, où la dynamique de groupe peut s’effacer derrière le travail de pur re-recording. Ici pourtant le rythme haletant ne s’arrête jamais vraiment, laissant l’auditeur sur les rotules au bout des 45 minutes de l’album. L’atout principal est l’emploi des deux guitares, partant régulièrement en vrille, multipliant larsens, feedbacks et glissando tordus, comme si elles voulaient systématiquement saboter toute envie de construction. Bref, c’est le bordel. Autre bon point, la hargne rythmique de ce disque peu mélodique, dont les rafales de guitares de Here’s the Poison sont les exemples parfaits. À tout cela s’ajoute l’abattage vocal de Chaos, hurleur hallucinant qui met toutes ses tripes dans les climax orgasmiques de ses morceaux. Cela donne le rouleau compresseur Piss Virus ou le final dément de Dead On The Bible.

Bref, 14 morceaux, autant d’uppercuts grisants ou fatigants selon l’humeur, mais d’une vitalité qui fait plaisir à entendre. Il en devient même plutôt sympathique cet album, avec sa fronde adolescente et sa colère sans retenue. Et s’il n’atteint jamais le niveau d’inventivité d’autres collègues (SOAD en tête), ce deuxième opus d’Amen reste un excellent défouloir, à l’énergie galvanisante, idéal pour vos soirées pogo. Quoi, vous n’en faites pas vous ?



[1 Référence à We Have Come for Your Children des Dead Boys, qui situe bien l’ascendance punk.

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Setlist
 
1. CK Killer
2. Refuse Amen
3. Justified
4. The Price Of Reality
5. Mayday
6. Under The Robe
7. Dead On The Bible
8. Too Hard To Be Free
9. Ungrateful Dead
10. Piss Virus
11. The Waiting 18
12. Take My Head
13. In Your Suit
14. Here’s The Poison
 
Durée totale : 44:12