Films, DVD
A Very British Gangster

A Very British Gangster

Donald McIntyre

par Yuri-G le 25 février 2008

2,5

sorti le 18 juillet 2007 (Bac Films)

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Donald McIntyre est un reporter anglais. Pendant trois ans, il a suivi la pègre de Manchester, filmé un de ses « parrains », Dominic Noonan, en vue d’un documentaire. Une pointure, Noonan. À 37 ans, le type en a passé 22 en prison, soldés par une évasion retentissante. Lorsque McIntyre vient à son rencontre, il semble avoir renoncé à ses frasques les plus périlleuses, sans toutefois refermer la porte sur ses activités. A Very British Gangster dresse le portrait de ce truand tout à fait réel, tout comme celui de ses hommes de main, de sa famille, de son milieu, de son fief natal. Avouons que c’est diablement alléchant : on nous propose rien de moins que pénétrer l’intimité d’un vrai gangster. Infiltrer le mauvais côté, là où sont les pourris et les braquages, les courses poursuites, le fric sale, la drogue, les trahisons. Oui, comme dans les films de Scorsese, Coppola et les autres. McIntyre sait très bien ce que l’on attend de cette réalité. On souhaite, en quelque sorte, qu’elle corresponde aux images des films de mafieux, tapageuses et un peu bavardes, clinquantes et brutales. Comment pourrait-il en être autrement ?

Alors, le réalisateur se plie aux attentes. Sans aucune ambivalence, son documentaire a des allures de fiction. Le portrait de ce vrai gangster se construit par l’image : mouvements de grue sur les environs, travellings circulaires pendant que Noonan se confie à McIntyre, photographie léchée, montage expressif, musique omniprésente. La mise en scène s’attache aux bons mots et anecdotes de Noonan (on devine la quête d’un certain bagout tarantinien, servi dans des phrases du type : « Je reste dangereux. Tout le monde est dangereux. Mais certains plus que d’autres. »). Tout renvoie très consciemment aux figures fantasmées acquises par le cinéma de genre. On suit faits et gestes de ce bad-guy, on découvre ses comparses un peu comme dans n’importe quel polar. Voilà un premier problème. Jamais ce postulat de mise en scène ne cherche à imprimer sa marque. On applique, on imite. L’efficacité prévaut et une certaine lourdeur s’installe. Enfin, McIntyre sait aussi qu’il s’agit d’une optique maligne pour s’interroger. C’est vrai, à l’heure qu’il est, peut-être qu’aucun film ne pourrait mieux montrer les rapports d’influence entre réalité et fiction. Ici, la fiction s’invite dans la réalité, c’est clair... mais l’inverse est tout aussi prégnant : ainsi cette impression tenace que Noonan agit et parle comme un Tony Soprano mancunien, se référant ostensiblement à ces mêmes modèles, figures fantasmées. Et ses jeunes apprentis, qui ont l’air d’avoir beaucoup intégré l’allure des loulous de Guy Ritchie. Comment faire la part entre le mime et le naturel ? Où commence l’un, où finit l’autre ? Pour cela, A Very British Gangster constitue déjà un passionnant objet filmique.

Seulement, en vertu de sa méthode, de sa représentation fondamentalement viciée de la réalité, on ne peut que devenir circonspect face au côté « documentaire ». En restant collé au plus près de Noonan, comme d’un personnage principal, le réalisateur se place davantage dans le compte-rendu que dans l’investigation. Que ce soit assister à ses déplacements dans son quartier natal alors qu’il répond aux problèmes de chacun (on préfère faire appel à lui plutôt qu’à la police), l’écouter dévoiler ses faits de guerre, le voir se débattre avec la justice lors de nombreux mais mineurs procès ; à cela, McIntyre n’oppose aucune résistance, sans prendre de la hauteur par rapport à son sujet. Il est dans la pure constatation, c’est tout. La construction se révèle même anarchique, car soumise aux aléas du quotidien. Refus d’aller au-delà du gangster, de soulever les possibles dilemmes du personnage. Et plus, le ton se fait douteusement complice. Il est gênant de voir le frère de Noonan pouffer lorsque McIntyre met sur le tapis les meurtres que la police lui attribue. Le frère guette du coin de l’oeil les rires de Dominic, tout en ironisant : non, ça ne peut pas être lui le coupable. C’est un bon catholique, il réprouve l’homicide. Limite, la scène. Savoureux dans un polar cynique, beaucoup moins en vrai. Évacuer les questions morales en donnant à la réalité les attributs de la fiction ; le travers à éviter, c’était celui-là. Ici, pas de questionnement. McIntyre, fasciné par son dispositif, en oublie le propre d’un documentaire - mettre en examen la réalité, pour échafauder une réflexion, un propos.

Malgré tout, ce qui reste, c’est un regard sur Manchester. Ses murs, ses rues plombées, ses nuages. Son accent, ses tronches... « Manchester, j’y suis né, j’y vis et j’y mourrai », déclame Noonan dès le début. Et nous de rester figé lorsque son neveu de dix ans plante fugitivement son regard dans le notre. Impitoyable, dur, déterminé autant qu’innocent, quelque chose de durablement plus impressionnant que toutes les anecdotes couillues que Noonan pourra bien dévoiler.



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