Pochettes
Dark Side Of The Spoon

Dark Side Of The Spoon

Ministry

par Parano le 18 novembre 2008

Paru en juin 1999 (Warner)

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« Nous avons regardé la pochette, et décidé que ce n’était pas une chose que nous pouvions vendre. » Lorsque Ministry sort Dark Side Of The Spoon, en juin 1999, la direction de KMart, le géant américain de la distribution, fait la grimace. L’album est, certes, produit par le très respectable label Warner, mais le cover art est… dérangeant.

On y voit une femme, obèse, nue, assise face au tableau noir d’une salle de cours. Elle est affublée d’un bonnet d’âne, sur lequel on peut lire : « cancre ». L’ardoise est couverte d’inscriptions, maladroitement tracées à la craie : « Je serai Dieu ». La scène est portée par un éclairage cru, violent, qui met la chair à nue, et laisse le décor dans une pénombre inquiétante.

Ministry n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, en mettant en scène ce simulacre. Difformité, nudité, et châtiment corporel, sont autant d’outrances, associées ici aux valeurs de l’Amérique puritaine (Dieu, l’école, la bannière étoilée). Des thèmes que l’on retrouve communément dans le cinéma d’épouvante, réputé pour être subversif, et touchant le même public que Ministry. La satire sociale est donc explicite. Impossible de mettre ça en rayon, sans se mettre à dos les ligues de vertu. La nudité, en particulier, est taboue. KMart refuse le produit.

Bien sûr, ceux qui connaissent Ministry ne sont pas étonnés. Le gang de Al Jourgensen est réputé pour ses agressions sonores et visuelles. Son rock industriel, bardé de guitares, d’électronique et de hurlements, carbure à l’héroïne depuis 1981. Sur scène, le groupe projette des images chocs. Snuff movies. Films de propagande. Tout ce qui peut choquer l’Amérique puritaine est un régal pour Jourgensen, le bad boy du rock alternatif. Ministry est d’ailleurs considéré comme le père du métal roboratif et malsain, ayant influencé les pires/meilleurs groupes des 90’s (Nine Inch Nails, Marilyn Manson, Rammstein…).

En 1999, Ministry est sur le déclin, et doit frapper un grand coup. Histoire de rappeler qui est le patron. Le titre de son album est autant un clin d’œil à Pink Floyd qu’à l’addiction à l’héroïne (The Spoon, c’est la cuillère, qui sert à faire chauffer le produit). La pochette, elle, illustre le concept imaginé par le groupe.

Mais quel est ce concept ? Qui est cette grosse femme, ainsi montrée du doigt ? On peut y voir une métaphore de l’Amérique elle-même. Le cancre des nations, opulente, surpuissante, mais totalement indigne de son rang. Certains observateurs on également cru reconnaître la coiffe ridicule du KKK, sur le crâne de l’obèse. L’image serait alors une critique du racisme WASP. On peut aussi imaginer que le groupe rend un hommage aux réprouvés de la société américaine, les « monstres », flanqués d’un bonnet d’âne, sur les bancs d’une école de la vertu. Difficile de privilégier l’une ou l’autre interprétation. Après tout, la cible est la même : La société bien-pensante de l’Oncle Sam.

Face à la censure, le groupe persiste et signe, refusant de diffuser une pochette alternative. Paul Barker, le bassiste de Ministry, juge l’artwork « joliment fait, et conforme au message que le groupe souhaite faire passer ». Wall-Mart, l’autre géant de la distribution, se démarque de son concurrent, et décide de vendre le disque. Fin de la controverse.

L’album ne sera pas un grand succès commercial, en dépit d’un bon accueil de la critique. Un extrait du Dark Side Of the Spoon sera néanmoins utilisé pour le film Matrix, grand barnum paranoïaque des frères Wachowski. Au final, c’est bien la pochette qui marquera les esprits, par l’outrance de sa mise en scène. C’est déjà beaucoup.

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