Pochettes
Music For The Masses

Music For The Masses

Depeche Mode

par Gatman le 29 mai 2007

paru le 6 octobre 1987 (Mute Records)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Produit par Dave Bascome (dont le groupe avait apprécié la production pour Tears For Fears) et enregistré à Paris dans un ancien cinéma, Music For The Masses est l’album du tournant majeur de Depeche Mode, encore plus que Black Celebration. On pourrait gloser à l’infini sur l’utilisation du sampling, les guitares de plus en plus présentes de Martin Gore, le chant impeccable de Dave Gahan ou les arrangements d’Alan Wilder. Mais malgré ses excellents titres (Never Let Me Down Again, Behind The Wheel), l’album n’aurait sans doute pas explosé sans son formidable visuel axé sur le haut-parleur et tout ce qui allait en découler.

Depuis sa première apparition sur la pochette de Music For The Masses en 1987, le haut parleur est en effet devenu le symbole de Depeche Mode. Il a depuis été décliné ad nauseam sur les pochettes, dans les clips, dans les films projetés en tournée ou encore sur sur les albums tributes dédiés au groupe. Toute première apparition ? En tout cas, disons une utilisation massive, le haut-parleur, en l’occurrence un porte-voix, était déjà présent sur le single But Not Tonight issu de l’album précédent Black Celebration.

Mais le groupe n’est pas le premier à avoir utilisé un symbole aussi fort dans le monde du rock. Ainsi en 1982, le travail de l’illustrateur Gerald Scarfe et du réalisateur Alan Parker sur le mythique film floydien The Wall avait donné lieu à une utilisation assez terrifiante du haut-parleur, vecteur de la haine fascisante et de la misanthropie la plus absolue avec un apprenti dictateur Bob Geldof dans le rôle de Pink, totalement déshumanisé, puis repris dans un effrayant ballet de marteaux réalisé en animation.

JPEG - 68.6 ko
Bob Geldof et les animations de Gerald Scarfe dans le film d’Alan Parker The Wall

Depeche mode s’adresse également aux masses mais le message est beaucoup moins terrifiant comme l’indique la chanson Sacred : « Spreading the news around the world....trying to sell the story of lust eternal glory » : tenter de vendre la gloire éternelle de la luxure (pour faire court : le sexe fait vendre). Même si la politique et la propagande ne sont pas loin, car au début de To Have And To Hold, un homme dit « V dokladah rassmatrivayutsya evolyutsiya yadernyh arsenalov i sotsial’no-psihologicheskiye problemy gonki vooruzheniy » . Traduit du russe, celà donne : « ...les rapports prennent en compte l’évolution des arsenaux nucléaires et les problèmes sociaux-psychologiques de la course aux armements... ». Alan Wilder ne connaissait pas le sens du message lorsqu’il l’a intégré à la chanson. Admettons. Depeche Mode a toujours joué avec les symboles et pas toujours avec une grande légèreté, comme le marteau de Construction Time Again et la faucille de A Broken Frame. Ils ont désormais fait place à un autre élément de la vie collective des anciennes dictatures communistes de l’Europe de l’Est. Mais le contenu des paroles a changé, et s’oriente désormais principalement sur les relations humaines. Ce n’est pas un contenu « politique » (gros guillemets) comme sur New Dress, Everything Counts ou People Are People ou Get The Balance Right : désormais il ne s’agit plus de vouloir changer le monde mais de changer soi-même.

Mais pour mettre en scène et vendre un concept au plus grand nombre, il faut laisser place aux « pros » de l’image.

JPEG - 117.6 ko
Le symbole du haut-parleur décliné ad nauseam

Martyn Atkins, habitué du groupe, a donc conçu la pochette : « On savait qu’on devait faire quelque chose de fort pour avoir un impact sur le merchandising. J’ai repensé aux icônes et aux symboles de l’Europe de l’Est. Et j’avais l’impression que les hauts-parleurs avaient toujours été très présents dans ces pays. J’imaginais de grands espaces avec des hauts-parleurs diffusant de la propagande. L’idée est venue du titre lui-même, Music For The Masses. »

Ce titre si frappant vient d’une idée de Martin Gore : « Un jour, je cherchais des disques classiques et je suis tombé sur un album appelé Music For The Millions. J’ai trouvé cela vraiment drôle. Nous pensions qu’un titre comme Music For The Masses était très ironique, car on estimait qu’on était pas vraiment grand public (!) »
Martyn considère que la réalisation de la pochette « est l’un des boulots les plus agréables que j’aie fait. On a loué une camionnette, on a peint les hauts-parleurs en orange, on les a chargés sur le camion, et on les a emmenés près d’une énorme centrale électrique pour prendre les clichés de la pochette de l’album. »

Ces symboles ont ensuite été déclinés pour plusieurs pochettes de 45 tours et de maxis, comme celui de Never Let Me Down Again avec une carte d’Europe de l’Est froissée, puis recouverte de polaroïds avec les images des hauts-parleurs censées être prises aux 4 coins du continent, très loin du Basildon natal du quatuor. Mais c’est pas tout de trouver une bonne idée visuelle, il faut maintenant la décliner et enfoncer le clou pour l’imposer définitivement auprès du grand public. Et c’est là qu’entre en scène Anton Corbijn, un photographe hollandais (U2, Lou Reed, Jimmy Page, Bowie et la moitié du monde de la musique) et réalisateur de videos (Front 242, Joy Division, Echo And The Bunnymen, David Sylvian, Propaganda, Metallica).

Il avait déjà travaillé avec le groupe sur le clip de A Question Of Time et avait réalisé des photos pour le NME du groupe mais à partir de Music For The Masses, il devient quasiment le 5e membre du groupe. Toute l’identité visuelle du groupe, ce mélange de luxure et de noir et blanc granuleux, de femmes fatales et de créatures dignes de Jerome Bosch va changer radicalement l’image des « pédés moches », comme les appellent alors leurs subtils détracteurs. Le clip de Strangelove, tourné à Paris, va donner bien sûr une place prépondérante au fameux haut-parleur et va permettre le réel lancement de l’album, en particulier sur la chaîne américaine MTV qui commence à avoir une réelle influence sur le monde de la musique.

Désormais, rien ne pouvait plus arrêter le rouleur-compresseur visuel et sonore qu’est devenu Music For The Masses. Le lancement de cet album fut suivi d’une immense tournée mondiale dont le point d’orgue fut un concert à Pasadena (avec plus de 80000 personnes, une sacré masse de kids) et immortalisé dans l’album et le film 101. Les Masses d’Amérique et d’Europe sont désormais acquises à Depeche Mode , mais il faudra attendre l’album suivant, Violator pour imposer le groupe auprès de la critique « rock » et faire rentrer le groupe définitivement dans la légende.

PS : Et si je m’occupais d’un site web sur la musique, je n’hésiterais pas à utiliser également le haut-parleur dans mes graphismes pour inciter les gens à réagir à un article aussi fouillé...

JPEG - 223.3 ko
Cliquer pour agrandir


Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Sources :
 
-* Document vidéo : documentaire Sometimes You Do Need Some New Jokes présent sur l’édition 2006 du disque
-* Web : Wikipedia