Interviews
Eric La Blanche

Eric La Blanche

par Le Daim le 20 février 2007

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 « Maintenant les mecs c’est à vous de bosser... »

BS : Tu disais à l’occasion d’une interview accordée à un autre webzine que sur scène tu n’interprètes pas un rôle, mais que tu laisses libre-champ à certains aspects de ta personnalité. Finalement ça reste un travail de comédien ?

ELB : Oui, tu rentres dans la peau d’un personnage et après tu fouilles. J’imagine qu’un autre artiste qui interprèterait la même chanson incarnerait un personnage différent. De plus, cela peut évoluer. Je ne vais pas interpréter le personnage de La Folle tous les soirs de la même façon. Parfois ce mec-là est cynique, parfois transi, parfois violent... C’est quelque chose qui vient sur le moment. C’est bien d’être capable de se laisser porter sans savoir ce que tu vas dégainer. C’est une alchimie assez étrange et intéressante. Mais, en fait, un spectacle ne se fait pas tant sur scène que dans la salle, il fonctionne entre les deux oreilles des gens. Si l’imagination de chaque spectateur fonctionne, c’est gagné. L’artiste est un vecteur. Le spectateur construit le personnage avec lui. Ça amène de l’exigence dans la relation avec le public, comme si on lui disait : « Voilà les mecs, maintenant c’est à vous de bosser ! ».

BS : Tu travailles ta gestuelle ?

ELB : Oui. Tu peux te contenter de vivre le personnage intérieurement, sans bouger, mais il faut arriver à le transmettre, à le faire sortir. La gestuelle se travaille de deux façons. Il y a des passages obligés pour appuyer certains mots, certaines intentions, et d’autres choses sortent spontanément sans qu’on sache pourquoi : des choses nulles, ou des choses bien qu’on garde pour plus tard. C’est un mélange d’inné et d’acquis.

BS : Votre reprise des Canuts d’Aristide Bruand m’a fait penser à la Marseillaise revue et corrigée par Gainsbourg.

ELB : Je suis lyonnais, et c’est un peu la chanson de la ville, celle que les gamins apprenent à l’école. J’imagine que pour les petits toulousains ça doit être la chanson de Nougaro. Je trouvais ça rigolo de faire un petit clin d’œil mais quand on a fait cette reprise je n’avais pas complètement perçu le message politique de la chanson. Elle parle d’évènements qui se sont produits en 1831, mais 180 ans après on en est toujours là. Un ouvrier chinois pourrait parfaitement chanter Les Canuts parce qu’il fabrique des trucs dont tout le monde profite sauf lui. Rien n’a bougé. C’est assez affligeant.

BS : Je vais encore te faire chier avec Gainsbourg...

ELB : Non, non, attends, ça va !!!

BS : OK. Je suis Une Maison Close m’a fait penser à L’Hotel Particulier sur l’album Melody Nelson.

Et ben, pas du tout ! Je vais te dire, c’est étrange... Après Michel Rocard je me suis rendu compte qu’il y avait plusieurs chansons qui parlaient d’eau... La Piscine, Sous Marine, L’Ennui et une autre chanson qu’on a pas pu mettre sur le disque, La Rivière (on peut écouter ce titre sur le site officiel du groupe). Je ne sais pas pourquoi à ce moment-là j’étais plutôt attiré par la mer, la flotte... Même chose sur Disque D’Or : je me suis rendu compte après-coup que plein de textes parlaient de la solitude. Le Bocal, Alcoolique, Tout Est Parfait, Allongé Dans un Pré, Le Martien À Grosse Tête, La Croisée, Les Animaux... et aussi Je Suis Une Maison Close. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé de quoi parlait vraiment cette chanson : de la maladie mentale. « Je suis une maison close » : il y a le bordel dans ma tête. Relis le texte et tu verras, c’est cohérent.

BS : Dans le même ordre d’idée, j’ai pensé que La Croisée était peut-être une métaphore du plantage avec Universal, quand tu écris par exemple que « le diable est radin ».

ELB : Non, parce que la chanson était déjà écrite avant. Mais de toute façon la métaphore faustienne est incontournable pour moi. Si tu la traduis dans la vie de tous les jours, ça donne « le mieux est l’ennemi du bien ». La volonté d’aller loin t’oblige à revenir sur des principes. La Croisée est un mélange entre deux histoires. Un jour, je me suis retrouvé dans une boîte parisienne qui s’appele La Coupole. C’est un endroit plein de gigolos. Je danse, et soudain une vieille nana se pointe et commence à me coller... Je me suis dit : « si je lui propose de passer la nuit avec elle, elle va accepter, elle va me demander mes tarifs ». En gros j’étais en situation de prostitution. La Croisée fait aussi une allusion à l’histoire de Robert Johnson qui a vendu son âme au diable à la croisée des chemins pour mieux jouer de la guitare. D’où la chanson Crossroads, reprise par Clapton. Et puis je trouvais ça marrant : le gars qui veut vendre son âme, et le diable qui lui répond qu’il n’en veut pas... C’est un peu l’humiliation suprême.

JPEG - 111.5 ko
© lablanche.org


Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom